La diversité culturelle : un regard en quatre temps

By Marc St-Pierre

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La façon dont les communautés ethnoculturelles ont été représentées dans les documentaires de l’ONF a considérablement évolué au cours des 70 ans d’existence de l’organisme.

Dans les années 1940 et 1950, les films sont plutôt folkloriques et s’attardent surtout aux coutumes ancestrales, aux croyances religieuses, à l’artisanat, aux costumes, danses et musiques traditionnels. Réalisés dans le contexte de la Deuxième Guerre mondiale, ils véhiculent des messages de propagande en affirmant que le Canada est un pays ouvert, tolérant, où peuvent coexister plusieurs cultures, où chacun peut parler sa propre langue, vivre selon ses coutumes et traditions tout en étant citoyen canadien à part entière. Le message d’unité nationale est omniprésent.

À la fin des années 1950, l’apparition de caméras plus légères, plus mobiles et l’utilisation d’équipes de tournage restreintes rapprochent les cinéastes de leur sujet et leur permettent d’aller au-delà du folklorique. L’utilisation d’un matériel son léger et la possibilité de capter la voix en direct et en simultanée avec l’image permettent aussi de donner la parole aux communautés filmées. Cependant, les cinéastes, issus des majorités anglophone et francophone du pays, se sentent obligés d’interpréter cette parole en faisant appel à une narration. Quoi qu’il en soit, le message d’unité nationale des films de propagande fait place à un regard plus sympathique sur l’immigrant et sa communauté.

En 1971, le gouvernement canadien met en place une nouvelle politique de multiculturalisme. À la suite de l’établissement de cette politique, l’ONF veut faire plus de place aux cinéastes issus des communautés ethnoculturelles. Ces cinéastes venus d’ailleurs proposent une vision de l’intérieur de l’expérience immigrante et un regard intime de leur communauté. La narration fait place aux témoignages des participants, parfois dans leur langue maternelle. Les défis d’intégration et l’attachement à la mère patrie sont des thèmes récurrents.

Dans les années 1990 et 2000, la façon de représenter les communautés culturelles prend une nouvelle tournure. La démarche des cinéastes issus des communautés ethnoculturelles devient plus personnelle, plus intimiste. Il ne s’agit plus de braquer l’objectif sur les membres de sa communauté, mais de tourner la caméra vers soi, de faire entendre sa propre voix, de raconter sa propre histoire. Ce faisant, les cinéastes racontent l’histoire d’autres compatriotes. En somme, il s’agit de passer par le personnel, l’individuel pour atteindre l’universel.

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Marc St-Pierre

Marc St-Pierre has a background in cinema, theatre and philosophy. He has been a collection analyst at the National Film Board since 2004.