L'ONF

Le commissaire Ross McLean est remplacé au mois de février par W. Arthur Irwin, qui était rédacteur en chef du magazine Maclean’s. Sa double mission est de réorganiser l’ONF et de lui restituer la confiance du public. Mais les employés trouvent bizarre cette nomination, puisque Irwin n’a aucune expérience cinématographique et que son journal appartenait au groupe Maclean-Hunter Publications, également possesseur du Financial Post, dont les révélations sur l’existence d’éléments communistes à l’intérieur de l’Office avaient causé tellement de tort à l’organisme.

Le personnel craint que Irwin n’achève de démanteler l’organisme, et leurs appréhensions sont compréhensibles dans un contexte où trois enquêtes différentes ont comme mandat d’examiner la fiabilité et l’avenir de l’ONF : celle de la Gendarmerie Royale concernant la sécurité de l’État, celle de la commission Massey qui évalue la légitimité de la mission de l’ONF et celle du cabinet Woods & Gordon sur son organisation et la gestion financière de son activité.

La commission Massey, qui avait comme principale préoccupation l’expression de l’identité nationale à travers la culture, remet son rapport. Il y est mentionné que « de l’avis général, il faut que l’Office étende son activité actuelle dans les domaines de la distribution, de la production, de l’acquisition et de l’évaluation des films, ainsi que dans les domaines de la recherche et de la production expérimentale. C’est à bon droit que l’on considère ses fonctions comme essentielles à l’information du public, en temps de paix aussi bien qu’en temps de guerre. » En réponse aux attaques formulées par les producteurs du secteur privé qui dénoncent le fait que l’ONF produise avec des fonds publics auxquels eux n’ont pas accès et qu’il devrait se contenter de jouer un rôle de conseiller auprès du gouvernement, la Commission réaffirme le droit de l’Office à poursuivre son activité de production, en justifiant que « pour être capable de conseiller, de coordonner et de distribuer des films, utilement et en connaissance de cause, l’ONF doit d’abord en produire lui-même. » Elle recommande également l’augmentation de la production de films en langue française.

Dès son arrivée, Arthur Irwin constate les dysfonctionnements qui affectent l’organisme. Il se dit particulièrement choqué par des conditions de travail et de sécurité déplorables dans des locaux totalement inadaptés. En mars, la firme Woods & Gordon remet au gouvernement un rapport intitulé « The National Survey of Organization and Business Administration ». Traitant de l’administration et du fonctionnement de l’ONF et, dans l’ensemble favorable à celui-ci, ce rapport propose des réajustements structurels pour renforcer l’ONF.

Le gouvernement demande à Arthur Irwin de réécrire la loi de 1939 et, en juin 1950, le ministre Winters présente à la Chambre des communes un projet de loi inspiré du rapport Woods & Gordon. Le Parlement sanctionne, le 14 octobre, la Loi nationale sur le film, relative à l’Office national du film, qui dit notamment : « L’Office est établi pour entreprendre en premier lieu et favoriser la production et la distribution de films dans l’intérêt national, et notamment : a) pour produire et distribuer des films destinés à faire connaître et comprendre le Canada aux Canadiens et aux autres nations, et pour en favoriser la production et la distribution; b) pour représenter le gouvernement du Canada dans ses relations avec des personnes exerçant une activité cinématographique commerciale, au sujet de films pour le gouvernement ou l’un de ses départements; c) pour faire des recherches sur les activités en matière de films et mettre les résultats à la disposition des personnes qui s’occupent de la production de films; d) pour émettre des avis auprès du gouverneur en conseil en matière d’activité cinématographique; et e) pour remplir, en ce qui concerne l’activité cinématographique, les autres fonctions que le gouverneur en conseil peut lui demander d’entreprendre. »

Cette loi soustrait l’ONF de la tutelle de l’État afin d’écarter tout risque d’ingérence politique. La constitution du bureau de direction de l’Office est modifiée et désormais, la présidence est transférée au commissaire qui voit ainsi son autonomie renforcée. Le bureau est composé de neuf membres, dont quatre sont au service de l’État et cinq de l’extérieur. L’Office, par l’entremise de son président, relève du ministre des Ressources et du Développement.

Les rapports Woods & Gordon et Massey avaient tous deux souligné l’urgence d’attribuer à l’ONF un lieu unique pour regrouper toutes ses activités. Tout le monde était d’accord sur ce point : il fallait trouver à Ottawa un nouveau lieu pour l’ONF. Mais Arthur Irwin, lui, arrive à la conclusion que l’Office ne devrait pas rester à Ottawa, car une partie des problèmes qu’il a connus était due à la confrontation entre la population conservatrice et conventionnelle de la capitale et la minorité marginale des artistes qui constituaient l’essentiel du personnel de l’ONF. Deux villes étaient possibles : Toronto et Montréal. Mais pour tenir compte des recommandations du rapport Massey qui encourageait l’ONF à un effort accru en faveur du bilinguisme canadien, Montréal s’imposait. La proposition est acceptée au cours d’une réunion du Conseil des gouverneurs de l’ONF tenue le 30 mai 1950.

L’autre argument d’Arthur Irwin en faveur du déménagement à Montréal est que l’une des deux chaînes du premier réseau de télédiffusion au Canada y serait prochainement inaugurée. La présence de l’ONF à Montréal favoriserait donc sa participation à l’élaboration de programmes pour la télévision conformément aux vœux de Ross McLean.

Les cinéastes et leurs œuvres

Le mandat de l’ONF étant de faire connaître et comprendre le Canada à la population canadienne et aux autres nations, ses documentaires présentent donc divers aspects de la vie au pays. En 1950, les secteurs couverts par la production étaient aussi variés qu’agriculture et économie rurale, arts et culture, défense nationale, films pour enfants, films sur l’instruction, développement industriel et technologique, relations internationales, actualités, anthropologie, sports et loisirs, ressources naturelles, régionalisme, sciences, sociologie, tourisme.

L’ONF a réalisé 187 films durant l’année pour la distribution commerciale et non commerciale. Le laboratoire a traité 11 millions de pieds de pellicule, ce qui constitue un record. Bien que la plupart des films soient encore en noir et blanc, on utilise de plus en plus la couleur. La production de films, de films fixes et de photos exige la parfaite coopération de deux catégories d’employés : les artistes et les techniciens. Tous dépendent intimement les uns des autres, si bien que, le produit fini, il serait presque impossible de dire quelle est la part de chacun.

Dix-huit films de 1’Office ont été primés au Canada, en Europe et aux États-Unis, dont deux à la Mostra Internazionale del Cinema, à Venise : Caprice en couleurs/Begone Dull Care a reçu le Premier Prix dans la catégorie des films artistiques, et Challenge: Science Against Cancer (Alerte : science contre cancer) le Premier Prix dans la catégorie des films scientifiques.

La diffusion des films

Dans le sens de la politique inaugurée en 1946, les représentants locaux de l’ONF laissent de plus en plus aux organismes communautaires le soin de procéder à la distribution à leur place. Si bien, qu’à la fin de l’année budgétaire, tous les circuits, sauf de rares exceptions, s’administraient eux-mêmes, ce qui a permis aux représentants de se livrer à un travail de surveillance, d’intéresser plus de gens à l’éducation visuelle, de conseiller et d’aider les groupes communautaires dans leur travail de distribution, d’activer la vente et la location et d’encourager l’utilisation plus efficace du documentaire cinématographique.

Au cours de l’année, on a créé 40 nouvelles cinémathèques, portant leur nombre à 305. Les conseils du film, pour leur part, réunissent tous les groupes qui utilisent le documentaire afin de conjuguer leurs efforts et d’obtenir de meilleurs résultats. Leur nombre a augmenté de 30 au cours de l’année et s’établit maintenant à 338. Les clubs, les associations confessionnelles, les syndicats ouvriers, les associations communautaires et autres qui les composent, se chiffrent à 6 670. Douze villes canadiennes ont donné l’exemple d’une organisation de ciné-clubs dont les membres se réunissent à la maison pour voir des films. Cela représente en tout 206 groupements.

Le cinéma de l’ONF se rend même dans les régions éloignées, où on peut voir régulièrement des programmes de films dans les écoles ou autres établissements du Yukon, de la région du Mackenzie, des Territoires du Nord-Ouest, de l’Ungava et du Labrador canadien. Esquimaux et Indiens assistent à ces représentations organisées avec le concours du gouvernement fédéral et, s’il y a lieu, du gouvernement provincial.

Recherche et applications technologiques

L’ONF a adopté la bande magnétique pour tout enregistrement sonore original. Auparavant, on avait recours à l’enregistrement optique du son. De plus, les techniciens de l’ONF ont perfectionné l’appareil d’enregistrement magnétique sur bande 16 mm et réduit la vitesse de 90 à 36 pieds à la minute. On a ainsi diminué l’usure que causent la vibration et les parasites, en plus d’économiser 60 % du matériel.

L’ONF touche déjà à la microcinématographie. Afin de protéger la vie des spécimens filmés, on adopte un système de défilement à entraînement Selsyn à synchronisation automatique (24 images à la seconde) et des obturateurs synchronisés.

Une découverte en photographie a eu beaucoup de retentissement. Elle permet d’obtenir de meilleures copies en réglant le temps d’exposition des trois couches de couleur. À la demande des représentants de l’industrie, des rapports ont été présentés à ce sujet à des réunions de la Society of Motion Picture and Television Engineers (SMPTE) et de la Photographic Society of America. Par ailleurs, on est aussi parvenus à rendre les négatifs quatre fois plus sensibles à la lumière, ce qui a permis, par exemple, de réaliser du métrage dans des pénitenciers canadiens, où il était impossible de se servir d’un éclairage spécial.

L'ONF

La visite au Canada et aux États-Unis de la princesse Elisabeth et du duc d’Édimbourg crée beaucoup d’effervescence à l’ONF, puisque c’est l’occasion de mettre l’expertise de l’ensemble du personnel au service de cet événement diplomatique. Les cinéastes David Bairstow, Roger Blais et Gudrun Parker réalisent Royal Journey (Voyage royal), le premier long métrage au monde à être tourné sur pellicule négative couleur Eastman 5247, un procédé de couleurs dit négatif-positif. Cette pellicule Kodak, pas encore commercialisée à l’époque, est peu coûteuse comparativement au procédé Technicolor. Elle se distingue du film couleur standard (nécessitant un plein soleil), en assurant la qualité des couleurs malgré un temps couvert, la pluie ou la neige. Jusqu’alors, les films en couleurs étaient surtout tournés en 16 mm, tandis que les films en noir et blanc l’étaient en 35 mm.

Le film est vu par plus de deux millions de personnes en deux mois au Canada et à l’étranger. La British Film Academy lui décerne le titre de meilleur documentaire en 1952 et le Canadian Film Awards, celui du Best Theatrical Feature.

De son côté, la Division de la photographie de l’ONF, qui joue le rôle d’agence photographique officielle du gouvernement canadien, s’est surpassée durant ce voyage. Le directeur de la division est le coordonnateur officiel de la photographie. Un représentant de la division des actualités filmées s’occupe de la partie film, cependant qu’un photographe de l’Office réalise des photos qu’il distribue à ses collègues de l’entreprise privée accrédités pour la circonstance. Deux techniciens de l’ONF développent à mesure les photos prises en commun. Ils ont traité ainsi quelque 10 000 négatifs. Au nom du Secrétaire d’État, les employés de l’Office ont choisi les meilleures photos qu’ils ont réunies en dix albums-souvenirs, qui ont ensuite été présentés à la princesse et à son époux. Le technicien-chef de la division a remporté le premier et le deuxième prix accordés par la presse canadienne aux meilleures photos réalisées lors du voyage princier.

Vingt-cinq autres réalisations de l’ONF obtiennent des prix ou mentions honorables au cours de l’année, dont Canada’s Awakening North (L’éveil du Nord), qui a remporté le premier prix dans la catégorie films géographiques au Festival de Venise.

L’excellence des films de l’ONF est régulièrement reconnue dans les festivals canadiens et étrangers, mais cette année, c’est à l’organisme lui-même qu’on a attribué deux prix : une mention d’honneur pour avoir présenté la meilleure sélection de films au 4e Festival international du film de Brescia, en Italie, et la coupe décernée également à la meilleure sélection de films par l’Institute of National Light au Festival du club de ski de Sestrieres, en Italie.

Les cinéastes et leurs œuvres

La mise au point d’un système de caméra, d’impression offset interoculaire et de projecteur couplé pour le 35 mm et le relief permet à Norman McLaren de réaliser deux films en relief pour le Festival de Grande-Bretagne : Around Is Around et Now Is the Time. Les 488 000 participants au Festival ont pu voir ces films en trois dimensions, lesquels ont aussi été vus par un quart de million de spectateurs à Berlin, Bruxelles, Anvers et Liverpool.

En plein cœur de la guerre froide, le gouvernement accorde à l’ONF une somme de 250 000 $ pour mettre sur pied le programme Freedom Speaks, destiné aux films qui appuient les objectifs de la démocratie. Voisins/Neighbours, de Norman McLaren, sera réalisé à même ce fonds.

La diffusion des films

On distribue chaque mois dans les cinémas canadiens, par l’intermédiaire de la société Columbia Pictures, quatre séries de films : En avant Canada et Coup d'œil en français, Canada Carries On et Eye Witness en anglais. Au cours de l’année, on a de plus distribué trois productions spéciales dans les cinémas commerciaux : Oyster Man (Sous dix pieds d’eau), A Friend at the Door (Un ami est venu) et Opera School (La classe d’opéra). Flying Skis (Du côté de Ste-Agathe), un film de la série En avant Canada (Canada Carries On) réalisé avec la coopération de la société Columbia, a été abondamment distribué dans la série World of Sports, de Columbia.

La diffusion des films non commerciaux de l’Office se fait d’après un système de bénévolat. Les groupes de Canadiens qui acceptent de distribuer des films de l’ONF les reçoivent des 343 conseils du film et des 334 cinémathèques. Un conseil du film réunit tous les genres d’associations; il alimente les cinémathèques, d’où l’on traite ensuite avec les différents groupes régionaux. On a vu se constituer des fédérations provinciales de conseils du film pour l’achat en groupe de films et d’appareils de projection. Près de 8 000 organismes au pays bénéficient directement des services de l’ONF, et en retour, ils en font bénéficier des milliers d’autres groupes.

À l’étranger, l’ONF utilise 4 modes de distribution de ses documentaires : par l’intermédiaire de 61 missions diplomatiques et commerciales dans 45 pays; par d’autres agences gouvernementales; par des associations éducatives et culturelles auxquelles on prête ces films; par des représentations aux États-Unis, organisées par l’ONF et le Bureau fédéral du tourisme, afin d’encourager la venue de visiteurs chez nous. Au cours de l’année, les réalisations de l’ONF ont été vues dans les cinémas commerciaux des États-Unis, du Royaume-Uni, d’Europe continentale, d’Afrique, d’Asie, d’Amérique du Sud, d’Amérique Centrale et d’Océanie.

À la fin de l’année, des représentations sont organisées en Pologne et en Yougoslavie. Des films sont transportés au-dessus de la Cordillère des Andes vers les régions les plus éloignées de l’Amérique du Sud, cependant que l’on projette d’en distribuer un peu partout en Birmanie. Une nouvelle cinémathèque est mise sur pied à Helsinki. La distribution des films est réorganisée au Moyen-Orient, alors que, du Caire, on expédie des films dans dix pays dont l’Irak, l’île de Chypre et l’Éthiopie où des groupes mobiles du British Information Service distribuent les films canadiens.

Recherche et applications technologiques

Outre la fabrication du système de caméra, d’impression offset interoculaire et de projecteur couplé pour le 35 mm et le relief utilisé par Norman McLaren, l’ONF met au point le premier système de composition et d’enregistrement de musique synthétique ainsi qu’un système de commande de caméra de prises de vues multiples, l’une des premières applications des techniques de production télévisuelle (pour la série Canadian Talent Showcase).

Afin de faciliter les versions de films, les Services techniques fabriquent un système capable de lire deux pistes de son optique distinctes sur les copies, avec commutateur de sélection de version et modules de lecture pour projecteurs.

L'ONF

Le 6 septembre, on inaugure la télévision canadienne avec le réseau bilingue CBFT à Montréal et, deux jours plus tard, le réseau anglais CBLT à Toronto. Le gouvernement approuve l’entente de collaboration entre la Société Radio-Canada et l’ONF, signée par leurs dirigeants respectifs, Arthur Irwin et Davidson Dunton, dans le but d’éviter les dédoublements de services ou de productions. Cette entente ne sera jamais aussi efficace qu’on l’espérait. Bien que la Loi nationale sur le film semble accorder à l’ONF l’exclusivité des droits de production de toutes les actualités ainsi que des films commandités par les ministères et Radio-Canada, les cinéastes craignent d’être obligés de tourner des actualités pour la télévision, au détriment de leurs propres projets.

Au cours de l’année, les films de l’ONF ont remporté 33 prix, dont un Oscar® décerné par l’Académie des arts et sciences du cinéma à Hollywood, en Californie, au film Voisins/Neighbours, de Norman McLaren, dans la catégorie meilleur court métrage. Ce film a reçu également le premier prix de la British Film Academy pour le meilleur documentaire de l’année. Voisins/Neighbours sera le film le plus populaire de l’histoire de l’ONF.

Le choix des films présentés par l’ONF dans les festivals se fait toujours en fonction de critères de qualité et de pertinence, et l’excellence des sélections est souvent reconnue par les jurys des festivals. Cette année, l’ONF a reçu deux prix : le Festival des films d’art d’avant-garde, qui a lieu à Caracas, au Venezuela, a remis à l’Office 1 000 bolivars pour les meilleurs films d’imagination de l’année, et le 6e Festival annuel de films documentaires lui a décerné le prix de la Ville de Salerne, en Italie, pour les meilleurs films en couleurs.

Les cinéastes et leurs œuvres

La présence de la télévision dans les foyers canadiens amène l’ONF à créer plusieurs séries télévisées. Une d’entre elles, Silhouettes canadiennes, dresse le profil de personnages typiques de la vie au pays, tels le notaire, le bedeau, le photographe, l’encanteur, le chauffeur de taxi, la femme de ménage, l’éclusier, le maréchal-ferrant, le marionnettiste. Le matériel de cette série constitue un inestimable trésor anthropologique que les Archives de l’ONF préservent jalousement.

La production des reportages pour les séries En avant Canada (Canada Carries On) et Coup d'œil (Eye Witness) se poursuit. Tout comme l’an dernier, le nombre de ciné-reportages qui ont été incorporés à des bulletins présentés dans les cinémas ou à la télévision, a plus que doublé. En effet, le nombre de ces ciné-reportages s’est établi à 451 en comparaison de 225 l’année précédente. Autant d’événements canadiens que l’on a présenté aux auditoires du pays ou de l’étranger.

Organisme

Au mois de mai, le commissaire W. Arthur Irwin démissionne. À l’ONF, tout le personnel, à l’exception des francophones, est opposé au déménagement des locaux à Montréal, décision prise par Irwin et approuvée par le Bureau des gouverneurs en mai 1950. Son départ déclenche une importante campagne de protestation menée tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’institution.

En juillet, Arthur Irwin est remplacé par le président de l’Université du Nouveau-Brunswick, Albert W. Trueman, qui siège déjà au Bureau des gouverneurs. Dès son arrivée, il doit gérer le climat de contestation, dont l’ampleur justifie l’intervention personnelle du premier ministre Louis St-Laurent, qui confirme la décision du gouvernement de déménager l’ONF à Montréal.

Lorsque le projet avait été approuvé en 1950, on avait confié à la division des Services techniques le mandat de la coordination générale de l’entreprise. Le choix de l’emplacement du nouveau siège social demandait réflexion. Montréal occupe le côté sud d’une île, qui s’étend sur 32 milles de longueur et 11 milles de largeur. Sept ponts y donnent accès. Trois grands aéroports, situés à l’intérieur et à l’extérieur de l’île, forment un triangle grossier : un cercle d’un rayon de dix milles centré sur chaque aéroport couvre efficacement tout le territoire. Par conséquent, le bruit des avions devenait un problème sérieux sur toute la superficie de l’île et présentait des difficultés d’isolation acoustique particulières dans la construction de l’édifice. Sur 22 emplacements étudiés, 5 furent retenus et soumis à des essais de vibration, de résistance au bruit d’avions (ces essais ont été effectués avec le concours d’un avion à réaction volant à 500 pieds d’altitude) et à des analyses d’eau, etc. On dressa un rapport final et on fixa le choix de l’emplacement à Saint-Laurent, une banlieue au nord de Montréal.

L’ONF fait l’acquisition des terrains où seront construits les nouveaux locaux, d’une superficie de 20 400 mètres carrés, qui seront inaugurés le 25 septembre 1956.

Un autre honneur pour l’ONF cette année : le film The Romance of Transportation in Canada (Sports et transports!), réalisé par Colin Low, remporte le prix du meilleur film d’animation au prestigieux Festival du film de Cannes, en France.

Les cinéastes et leurs œuvres

L’avènement de la télévision en septembre 1952 a modifié en profondeur et durablement le visage de l’ONF et ses habitudes. Au printemps, on ajoute deux équipes de production supplémentaires : le studio E, confié à Bernard Devlin, est chargé des productions pour la télévision, et le studio F, dirigé par Roger Blais, est destiné aux films en langue française.

Durant cette première année d’existence de la télévision, l’ONF produit les séries On the Spot, dont l’équivalent en français est Sur le vif, qui explorent des thématiques pancanadiennes avec des émissions sur l’industrie pétrolière de l’Alberta, Oil (1953), sur la danse, Winnipeg Ballet (1954), sur la 25e Brigade canadienne en Corée, Korea, After the War (1954), sur L’or de l’Abitibi (1954), sur le Trappeur indien (1954). Elles seront suivies, de 1953 à 1956, des séries Les reportages et Window on Canada, des compilations des meilleurs films réalisés par l’ONF, présentés et commentés. Opening of Parliament (1949) dans Window on Canada No. 4 (1953), Les anciens Canadiens (1950) dans Regards sur le Canada no 6 (1954), L’homme aux oiseaux dans Regards sur le Canada no 24 (1954) et Germany, Key to Europe (1953) dans Window on Canada No. 54 (1955) sont des documents dignes de mention.

La production pour les salles se poursuit avec les films de la série En avant Canada (Canada Carries On), qui mettent en vedette des sujets et problèmes très divers : la crise du charbon en Nouvelle-Écosse, le rôle vital d’un navire de la mission côtière en Colombie, le portrait d’un maire dans une ville du Québec, la contribution des Canadiens aux progrès qui se font jour au Ceylan grâce au plan Colombo, le problème allemand en regard des tensions européennes, les services juridiques que fournit gratuitement l’Association canadienne du barreau; un dessin animé a retracé les moyens de transport employés au Canada à travers les siècles.

Dans la série Coup d'œil, les sujets mis à l’écran portent sur l’industrie canadienne de la fourrure, l’établissement d’une famille d’immigrants hollandais à l’Île du Prince-Édouard, l’école d’instruction militaire de Saint-Jean, dans le Québec, les troupes en Europe, les spécialistes canadiens travaillant auprès des fermiers arabes.

La diffusion des films

L’auditoire canadien aux représentations non commerciales de films de l’ONF a été de 14 millions. Ce chiffre représente des spectateurs, non des individus. En d’autres termes, une personne qui assiste à dix représentations différentes compte pour dix spectateurs. Ainsi, il y eut 200 900 représentations de films de l’Office au cours de l’année; des personnes ont assisté à plusieurs de ces représentations et elles étaient comptées alors chaque fois comme spectateurs. Au Canada, la distribution non commerciale est possible grâce aux 419 conseils du film qui regroupent plus de 10 000 organisations.

À l’étranger, l’auditoire global des films de l’Office a aussi été de près de 14 millions. Cette distribution non commerciale se fait par l’intermédiaire du ministère des Affaires extérieures et du ministère de l’Industrie et du Commerce, de même qu’avec le concours d’organismes culturels dans divers pays, et enfin, par l’intermédiaire des cinémathèques, surtout aux États-Unis.

L’Office a mis ses documentaires à la disposition des postes de télévision d’État et de l’entreprise privée, avec comme résultat que les locations à la télévision ont plus que triplé.

Dans les salles commerciales, la distribution accuse une hausse, et ce sont les films de la série En avant Canada qui ont été loués le plus souvent. Toutefois, après 1953, avec l’arrivée du cinémascope et le regain de popularité du programme double, cette distribution diminuera constamment.

Recherche et applications technologiques

Au cours de l’année, le département du son a simplifié et perfectionné deux appareils d’enregistrement magnétique synchronisé pour 16 mm. Il s’agit d’appareils portatifs qui fonctionnent sur voltage ordinaire. Les employés de ce département ont également aménagé un laboratoire où les enregistrements faits sur bande magnétique sont transcrits sur bande permanente.

On a mis au point un mécanisme d’entrée Datatablet pour banc d’animation, qui permet de tracer les mouvements en secondes, ce qui élimine des heures de fastidieux calculs.

Au département de Recherches, on a développé le procédé de « latensification » par lequel on expose de nouveau en laboratoire une pellicule qui a été délibérément sous-exposée pendant le tournage, ce qui permet de filmer en couleurs même dans de médiocres conditions d’éclairage; on élimine ainsi de coûteuses installations d’éclairage et on économise l’électricité. L’application au film en couleurs de ce procédé, qui sert depuis un certain temps déjà pour le noir et blanc, est un progrès considérable qui a d’ailleurs fait l’objet d’une communication au congrès annuel de l’American Society of Motion Picture and Television Engineers (SMPTE), à Washington. D’importants studios américains et britanniques se sont intéressés à ce procédé.

L'ONF

L’année 1954 en est une de transition à l’ONF. La construction du nouveau quartier général à Ville Saint-Laurent, au nord de Montréal, est commencée. Tous les services doivent faire des préparatifs en vue du déménagement prévu pour 1956. On prépare la répartition du personnel et de l’outillage dans le nouvel immeuble. Les employés de la Production et des Services techniques, en particulier, se livrent à des travaux de dessin et de construction. Le département du génie met à l’épreuve un nouvel outillage de laboratoire alors que, de son côté, le département du son prépare et met à l’essai de nouveaux instruments. D’autre part, le service du Personnel établit un département qui recueille, au bénéfice des employés, tous les renseignements utiles sur Montréal et sa banlieue : logement, transport, taxes, etc.

Pour marquer son opposition à la présence fédérale et son désir d’autonomie, et aussi parce qu’il estime que l’ONF recèle des éléments « communistes », le gouvernement du Québec, qui avait bloqué certains films de l’ONF dans les organismes de sa compétence depuis 1948, interdit leur utilisation dans les écoles du Québec. Il veut aussi lui imposer des frais de censure, mais recule quand Ottawa intervient.

Au cours de l’année, 31 films distribués par l’Office ont reçu des prix dans des festivals; quelques-uns ont même remporté plusieurs prix chacun. Pour sa part, le Palmarès canadien du film a proclamé « Film de l’année » L’An 1 d’un festival (version anglaise) et lui a accordé le premier prix dans la catégorie des films commerciaux. Le Festival de Venise a décerné au film Corral, réalisé par Colin Low, le premier prix dans la catégorie documentaire.

Les dépenses faites par l’Office pour l’administration, la production et la distribution de films et autre matériel visuel en exécution de son programme principal se sont chiffrées à 3 381 447 $. À la fin de l’exercice, l’Office comptait 567 employés réguliers.

Les cinéastes et leurs œuvres

Jusqu’aux années 1950, les cinéastes tournaient des films très professionnels selon les besoins et les disponibilités budgétaires, mais les résultats étaient souvent un peu trop conventionnels. L’équipe du Studio B est tentée d’explorer de nouvelles avenues et l’aspect esthétique prend de plus en plus d’importance. En 1954, Colin Low et Wolf Koenig sacrifient aux usages aussi respectés que l’utilisation du trépied et le recours au documentaire. Ils tournent Corral, le premier film de l’ONF sans commentaire ou effet sonore. L’expérience est suivie de Paul Tomkowicz: Street Railway Switchman (Paul Tomkowicz : nettoyeur d'aiguillages), réalisé par Roman Kroitor; c’est la première fois où on utilise la voix du sujet filmé en bande sonore plutôt qu’un commentaire. Les mêmes cinéastes réaliseront plus tard deux films qui figureront au palmarès des films les plus distribués dans le monde : City of Gold (Capitale de l’or) de Wolf Koenig et Colin Low en 1957, et Universe (Notre univers), de Roman Kroitor en 1960.

Pierre Juneau, en poste au bureau de Londres où il travaille à la distribution européenne des films de l’ONF, devient secrétaire du Bureau des gouverneurs et conseiller français auprès du commissaire. À ce titre, il acquiert la responsabilité générale de la Production française et présidera à son développement. Jusqu’à ce jour, aucun Canadien français n’avait joui d’une telle autorité à l’ONF.

Il est encore trop tôt pour prévoir jusqu’à quel point la télévision influera sur la production de documentaires tant pour les cinémas que pour les représentations non commerciales. Chose certaine, les cinéastes se posent la question et suivent de près l’évolution de ce nouveau médium. Le nombre de postes se multiplie et l’Office a donc préparé spécialement pour les 25 réseaux plusieurs séries de programmes, ce qui occasionna un surcroît de travail considérable.

Durant l’année, l’Office a réalisé 235 films, dont 117 pour la télévision, soit 51 de plus pour ce médium que durant l’exercice précédent. La proportion de films en noir et blanc et de films en 16 mm a augmenté, et cela s’explique par les besoins de la télévision. En effet, au Canada et aux États-Unis, la plupart des films pour ce médium sont tournés en 16 mm alors que ceux tournés pour les salles commerciales le sont en 35 mm.

Dans les laboratoires de l’Office, on a développé plus de 5 millions de pieds de métrage de 16 mm en noir et blanc, une augmentation de 19 % en comparaison de l’exercice précédent. Afin d’accélérer l’impression en 16 mm, sans pour cela augmenter le personnel ni acheter de nouvel outillage, on a fait des expériences de développement dans des solutions à température plus élevée. On a constaté que, dans une solution de 72 degrés au lieu de 68, on réduisait le temps d’impression du négatif de 8 minutes et demie à 5 minutes et demie, et que dans une solution de 75 degrés au lieu de 68, on pouvait développer le positif en 3 minutes au lieu de 4. Un nouveau sensitomètre, contrôlant plus exactement la température et l’exposition, a permis d’éliminer la granulation et d’augmenter la production de 50 % sans perte de qualité. Le développement à température plus élevée avait déjà servi avec plus ou moins de succès pour les films de télévision, mais il n’avait jamais été employé avec envergure pour d’autres films. Par un procédé d’électrolyse, on a pu récupérer l’argent qui entre dans la solution de fixage, faisant ainsi une économie importante.

La télévision a accentué une certaine tendance à réaliser des films avec dialogue, intrigue, enregistrement sonore et visuel simultané, tendance qui s’était manifestée précédemment dans des films tels que L’homme aux oiseaux, The Son (Le fils), A Musician in the Family (Un musicien dans la famille), Opera School (La classe d’opéra). Par exemple, dans la série Sur le vif, contrairement à la pratique courante de la postsynchronisation en studio, on enregistrait en même temps le son et l’image. On a produit 25 films originaux pour Sur le vif et 39 pour la série On the Spot. Pour les programmes Regards sur le Canada et son équivalent anglais Window on Canada, on a présenté des films déjà existants, mais révisés expressément pour la télévision; pour qu’ils aient toute leur efficacité, on les a fait présenter par un commentateur et des discussions étaient organisées après les projections.

L’Office a fourni à la télévision étrangère des ciné-actualités canadiennes. Ainsi, pour la fête de la Confédération, l’Office, avec le concours du ministère des Affaires extérieures, a préparé pour usage aux États-Unis un Salut au Canada. Pendant que l’orchestre symphonique de Toronto jouait O Canada, les images montraient diverses scènes du pays. Cent onze postes de télévision américains ont présenté ce court film.

Depuis plusieurs années, la série Coup d'œil (Eye Witness) fait partie de la production courante de l’Office. Ces films, réalisés au rythme d’un en français et un en anglais, chaque mois, sont de brefs reportages sur divers aspects de la vie canadienne d’un océan à l’autre. On les montre dans les cinémas par l’intermédiaire de Odeon Theatres (Canada) Limited. À la fin de l’exercice budgétaire, on en était au film no 73 de cette série.

La diffusion des films

Accueillie partout au pays avec enthousiasme, la télévision a considérablement modifié l’emploi des loisirs de milliers de personnes. Il reste cependant que l’ONF a atteint, cette année, par la distribution non commerciale – celle qui se pratique autrement que par les cinémas et la télévision – un auditoire global de plus de 14 millions de spectateurs. Un accroissement léger par rapport à l’année précédente, mais qui démontre que les Canadiens et les Canadiennes veulent continuer à se servir de films documentaires et éducatifs tant pour l’enseignement que pour l’éducation populaire.

C’est la compagnie Columbia Pictures of Canada Limited qui assure, par contrat, la distribution des films des séries En avant Canada et Canada Carries On dans les cinémas du pays. Ces films sur des thèmes exclusivement canadiens sont à peu près les seuls à présenter un reflet de la vie de notre pays sur les écrans de nos cinémas qui s’approvisionnent largement à l’étranger. Toutefois, l’avènement du cinémascope et de « l’écran géant » dans les salles de cinéma a contribué à la baisse des locations des films de la série; les programmes étant longs, spécialement depuis la mode de présenter un programme double, on a eu tendance à éliminer les documentaires.

L'ONF

Une grande partie de l’année est consacrée aux préparatifs du déménagement de l’Office, d’Ottawa à Ville Saint-Laurent, une distance de 120 milles. La seule élaboration des horaires de déménagement du personnel et de l’outillage exige beaucoup de travail de la part de l’Administration et des Services techniques. Il faut aussi prévoir que, de leur côté, la Production et la Distribution poursuivront leurs tâches quotidiennes avant et durant le changement.

En 1954, un service spécial avait été créé afin de conseiller et de renseigner les employés. Ce service s’est occupé de tous les aspects pratiques du déménagement : achat de propriétés, recherche de logements, enquêtes sur les moyens de transport des localités environnantes, etc. D’ailleurs, on avait autorisé les employés de l’ONF à effectuer des voyages à Montréal dans le but de se trouver des logements.

Quelques mois avant le gros du déménagement, les membres du Personnel et du service spécial ont été répartis en deux groupes afin de répondre aux besoins essentiels des employés déjà établis à Montréal, tout en s’occupant de ceux qui poursuivaient leur travail à Ottawa. C’est aussi durant ce temps que l’organisation des principaux services a eu lieu dans le nouvel immeuble. L’Institut national canadien pour les aveugles, concessionnaire de la cafétéria, a collaboré étroitement à son établissement. Pour sa part, en fournissant certains meubles et accessoires, le ministère des Travaux Publics a grandement contribué à la rapidité du déménagement.

À la fin de l’année, l’Office compte 561 employés en comparaison des 567 de l’année précédente. Cependant, il y a un plus grand nombre de postes vacants, ce qui s’explique par la difficulté à recruter des commis disposés à travailler à Montréal.

L’ONF a reçu un prix pour sa sélection de films au Scholastic Teacher Magazine Annual Film Awards à New York. Un autre film du réputé Norman McLaren s’est distingué cette année. Il s’agit de Blinkity Blank, une animation gravée sur la pellicule à la lame de rasoir et au stylet, qui a remporté la Palme d’or au Festival de Cannes dans la catégorie court métrage ainsi que le Premier prix dans la catégorie animation, de la British Film Academy. La musique de ce film est signée Maurice Blackburn.

Les cinéastes et leurs œuvres

De plus en plus, la télévision bouleverse l’équilibre des productions. Près de la moitié des films de l’ONF est destinée au petit écran; le troisième quart va aux commandites pour les différents ministères, et le dernier relève du programme général.

Cette année marque la fin des séries Regards sur le Canada et Window on Canada. Les séries Passe-Partout et son équivalent anglophone Perspective (1955-1958) succèdent à Sur le vif et On the Spot avec un corpus de films dramatiques sur des thèmes canadiens à caractère social et sur des événements importants. On y trouve Les Canadiens français dans l’Ouest, Banff, Monkey on the Back (La drogue), The Longer Trail, un film sur les autochtones, Wolfe and Montcalm (1957), une reconstitution de la bataille des plaines d’Abraham. Les épisodes de 30 minutes de la série Perspective sont diffusés au cours de l’année alors que ceux de Passe-Partout le seront en 1956. Monkey on the Back remportera le 6 août 1956 une mention honorable dans la catégorie émission d’information aux prix Génie décernés par l’Académie canadienne du cinéma et de la télévision.

L’Office met en œuvre toutes les méthodes éprouvées de distribution afin d’assurer à ses films une diffusion aussi large que possible. Parmi les modes de distribution, les cinémas et la télévision viennent au premier rang. Par ailleurs, un système de collaboration avec les cinémathèques met des films à la disposition de 11 000 groupements affiliés à 500 conseils du film municipaux ou régionaux; en outre, des programmes mensuels, distribués par l’intermédiaire de circuits autonomes, atteignent 6 000 points de projection, dans les villes comme dans les campagnes.

S’il est impossible de connaître de façon tout à fait exacte le nombre de personnes qui, dans le monde entier, voient des films de l’ONF, on estime cependant qu’on atteint, par les divers modes de distribution, un auditoire global dépassant 200 millions de spectateurs.

Recherche et applications technologiques

Chester Beachell, ingénieur affecté aux recherches techniques à l’ONF, conçoit l’appareil d’enregistrement SprocketapeMD, un magnétophone portatif pour enregistrement en extérieur sur ruban 1/4 po perforé, qui servira au tournage des principales séries télévisées, notamment On the Spot et Perspective. L’appareil comporte un ruban d’enregistrement magnétique et plastique synchronisé avec la caméra. Dès le début, même dans des conditions de tournage difficiles, les résultats obtenus avec cet appareil ont été entièrement satisfaisants. Cet appareil sera probablement mis sur le marché par suite d’une entente qu’on se propose de conclure avec Canadian Patents and Development Lmited.

L'ONF

La construction du nouvel immeuble à Saint-Laurent est complétée et, le 31 mars, le déménagement commence. En quelques semaines, plus de 400 employés et leurs familles arrivent à Montréal. L’horaire avait été minutieusement préparé afin que le travail courant en souffre le moins possible. Le déménagement n’a causé qu’une perte de temps minime : en moyenne un ou deux jours par personne; certains employés n’ont même pas interrompu leur travail. On peut attribuer cette souplesse dans le déménagement du personnel au service spécial créé en 1954 afin de conseiller et de renseigner les employés.

Au cours du déménagement, on a transporté plus de 3 millions de livres d’outillage. L’emballage de ces multiples accessoires a exigé 92 000 pieds de planche, 2 150 boîtes de carton et 200 caisses à dactylographes.

Les nouveaux locaux font plus de 20 400 mètres carrés. L’immeuble de brique beige, dont la charpente est d’acier et de béton armé, est à l’épreuve du feu. La partie centrale abrite les bureaux de la direction, des divisions de l’Administration et de la Distribution ainsi qu’une salle de conseil; il y a là également un auditorium de 290 sièges, une clinique et une cafétéria. La Production et les Services techniques occupent deux ailes réunies par une série de bureaux et de salles de montage. Dans une de ces ailes, se trouve le plus grand studio en Amérique, hors Californie; son plateau mesure 120 pieds de largeur sur 70 de profondeur avec champ de 35 pieds en hauteur; salles d’accessoires et de décors, salle d’habillage et garde-robe avoisinent ce studio.

Un deuxième studio, plus petit, avec plateau de 70 pieds sur 50 servira surtout à l’enregistrement des partitions musicales et des effets sonores; c’est là aussi qu’on fera tous les travaux de réenregistrement et de fusionnement des diverses pistes sonores d’un film en une seule trame. Au rez-de-chaussée de l’aile ouest, sont logés les salles d’entreposage, l’équipe des films scientifiques, le département des recherches techniques et les ateliers. Les laboratoires de la Production et du Service de la Photo, les cinémathèques et les entrepôts de sécurité, l’atelier de mécanique sont installés à l’étage de cette même aile.

L’ouverture officielle du nouvel immeuble a lieu à l’occasion d’une cérémonie publique le 24 septembre, à laquelle prennent part des représentants du gouvernement fédéral, le commissaire du gouvernement à la cinématographie Albert W. Trueman, des membres du clergé, des fonctionnaires municipaux et quelque 500 invités et membres du personnel.

Pour la première fois dans ses 17 années d’existence, l’Office réunit sous un même toit ses Divisions de la production, des services techniques, de l’administration et de la distribution. Près de 500 personnes, dont un bon nombre sont des techniciens et des artisans spécialisés, travaillent dans cet immeuble.

Toutefois, le bureau du commissaire demeure à Ottawa, dans l’immeuble Kent-Albert. En plus du bureau du commissaire et de certains membres du personnel administratif du bureau principal, on y trouve : le Service de liaison qui s’occupe des relations entre les ministères et les autres organismes du gouvernement et les services de l’Office; le chef du Service de la photographie, des photographes et des rédacteurs, la photothèque; une petite cinémathèque d’avant-premières de films en 16 mm; une salle pourvue des appareils nécessaires pour la projection de films 16 mm et 35 mm ainsi que d’outillage de synchronisation; des représentants de la Division de la distribution pour les régions de l’est de l’Ontario et de l’ouest du Québec.

L’Office a aussi des bureaux régionaux à Saint-Jean, Fredericton, Toronto, Saskatoon et Vancouver. Dans 37 autres localités à travers le pays, des représentants de district s’efforcent de faire croître l’intérêt porté aux films canadiens et d’en stimuler l’emploi. À l’étranger, l’ONF a des bureaux à Londres, à New York et à Chicago.

Le personnel régulier de l’Office est passé de 561 à 593. L’augmentation est attribuable en grande partie à l’expansion des services de production et des services techniques à la suite du déménagement dans le nouvel édifice. Il est à noter qu’il y a eu un roulement anormalement élevé de personnel durant l’année (20,4 %) et cela est dû au déménagement. Plusieurs employés ont refusé de venir travailler à Montréal et d’autres, qui avaient accepté, ont changé d’idée au bout de quelques mois.

L’ONF ne s’est pas occupé seulement de son déménagement, mais a poursuivi ses activités courantes comme celle de présenter les meilleurs films de sa production dans les festivals. La qualité de sa sélection a été reconnue à deux événements : les organisateurs de la 3e Conférence de l’International Union for Sanitary Education, qui a eu lieu à Rome, en Italie, ont décerné à l’ONF la coupe d’argent pour le meilleur choix de films, alors que ceux de l’International Exhibition of Electronics, Nuclear Energy, Wireless, Television and Cinema lui ont remis une plaque pour sa sélection de films.

Les cinéastes et leurs œuvres

En dépit de la désorganisation inévitable des services occasionnée par le déménagement d’Ottawa à Montréal, le nombre des productions terminées cette année (261) accuse une diminution de 47 seulement en regard de l’année précédente. On crée un deuxième Studio francophone, le Studio G, dirigé par Jacques Bobet, pour prendre charge de toutes les versions françaises.

Deux films de la série En avant Canada (Canada Carries On) remportent beaucoup de succès : Carnaval de Québec raconte comment la ville de Québec continue, selon la tradition, de prendre plaisir aux sports d’hiver, et comment ces événements sont devenus une grande attraction qui attire un grand nombre de visiteurs; Déneigement raconte d’une façon dramatique comment Montréal organise ses ressources en hommes et en outillage pour assurer la circulation ininterrompue pendant l’hiver en dépit de lourdes chutes de neige.

La série Passe-Partout, en langue française, et la série Perspective, en langue anglaise, sont revenues à la télévision canadienne pour une deuxième année. Perspective comprend 39 épisodes d’une demi-heure, et Passe-partout, 26 programmes d’une demi-heure chacun. La distribution non commerciale des films de ces séries a aussi été fort étendue, tant dans les circuits de distribution que par la vente de copies.

En 1956, le mouvement insurrectionnel qui sévit en Hongrie force des milliers de personnes à quitter leur pays. Le sort de ces réfugiés est devenu pour le monde entier un sujet de graves préoccupations. On demande à l’ONF de fournir des films qu’on présenterait à des auditoires composés de gens qui pourraient éventuellement émigrer au Canada, ou encore de Hongrois récemment arrivés au Canada afin qu’ils puissent faire plus ample connaissance avec le pays. Dans les 48 heures suivant cette demande, l’Office prépare des versions spéciales, en hongrois, des films Canadian Notebook (Aux quatre coins du Canada) et Physical Regions of Canada (Les grandes régions du Canada). Des copies sont expédiées en hâte à Paris, Vienne, La Haye et Londres, de même que dans onze bureaux régionaux de l’ONF au Canada, et elles reçoivent un accueil enthousiaste.

Les films canadiens seront employés dans une très large mesure pour faire connaître le Canada aux nombreux visiteurs qui sont attendus à l’Exposition universelle et internationale, qui aura lieu à Bruxelles, Belgique, en 1958. On a demandé au personnel des Services techniques de l’Office, qui agit comme conseil auprès de la Commission des expositions du gouvernement canadien, d’élaborer des plans et de préparer des devis pour les installations de projection à faire dans le pavillon canadien. Des membres du personnel de la Division ont effectué une étude poussée sur l’acoustique et l’emplacement du matériel dans le pavillon et ont soumis des recommandations; ils ont également rédigé les formules détaillées de soumission et de contrat qui sont requises pour permettre aux concurrents désireux de fournir du matériel pour le pavillon canadien de l’Exposition de soumettre leurs offres.

La diffusion des films

Partout au Canada, les représentants de l’ONF œuvrent auprès des groupes touchés par le cinéma. L’histoire de M. Damase Bouvier, l’un des cinq représentants de l’Office en Alberta, illustre bien le travail des employés de la Distribution. Deux fois l’an, M. Bouvier quitte son bureau d’Edmonton et entreprend une visite de son territoire, en voiture, lequel couvre un million de milles carrés, un périple qui dure six semaines. Il parcourt quelque 3 000 milles dans le nord de la province, s’arrête partout, rencontre des centaines de personnes. Ici, il discute avec un curé des films pour la paroisse, là il enquête sur la possibilité d’affilier un conseil du film à une fédération, ailleurs il initie quelques personnes au maniement d’un projecteur de 16 mm. D’un endroit à l’autre, son voyage le mène à Dawson Creek, à la frontière de la Colombie-Britannique. Sur le chemin du retour, il bifurque vers le nord et accomplira le même travail d’organisation jusqu’à Fort Vermillon afin que tous les groupes puissent voir facilement les films de l’ONF. Comme il ne reviendra pas dans cette région avant six mois, le réseau de distribution de films à travers ces vastes étendues aux populations éparses doit être organisé avec précision et souplesse. Au cours de l’année, il entreprendra plusieurs voyages d’une semaine ou de quelques jours vers d’autres districts.

Lorsque M. Bouvier est entré au service de l’ONF, en 1942, trois ans après la fondation de l’Office, seuls les centres populeux utilisaient le film documentaire, alors qu’aujourd’hui un immense réseau de distribution couvre le territoire qui lui est confié. Il répond à toutes les demandes, qu’elles viennent des milieux français ou anglais, il fournit des films aux missions, aux écoles indiennes. Par la poste, il alimente en films des groupes français de Vancouver et Prince George en Colombie-Britannique, de même que de Duck Lake et de Gravelbourg en Saskatchewan. Par avion, il fait parvenir des films à des endroits aussi reculés que Fort Chipewyan aux confins des Territoires du Nord-Ouest. Le résultat de tout ce travail peut se résumer ainsi : il y a chaque mois dans le territoire confié à M. Bouvier, 350 représentations de films, dont 75 devant des groupes de langue française; il y a 21 conseils du film groupés en 2 fédérations. La région dispose de plus de 450 films qu’on expédie d’un endroit à l’autre par blocs de 3 ou 4, soit par autobus, par train, par avion. C’est grâce à ce travail incessant, à ce contact entre le public et les représentants locaux de l’ONF dans tous les coins du pays que les films documentaires produits par le gouvernement peuvent atteindre un si vaste auditoire.

L’ONF ne rejoint pas les gens seulement au Canada, mais il exploite tous les circuits de diffusion possibles là où ils se trouvent. Il y a près de dix ans que des films de l’Office sont présentés sur les transatlantiques. Depuis trois ans, l’ONF cherche à diffuser ses films sur tous les navires qui visitent régulièrement le Canada ainsi que sur ceux qui desservent d’autres parties du monde. L’Office a particulièrement cherché à diffuser des films touristiques sur les bateaux de croisière. Citons, par exemple, les films distribués aux bateaux de la Canada Steamship Lines; à ceux du Pacifique-Canadien sur les Grands-Lacs et la côte ouest; aux transatlantiques de la Furness Withy, pendant les mois d’été; aux bateaux de passage entre le continent et l’Île-du-Prince-Édouard et entre l’État du Maine et la Nouvelle-Écosse; aux navires de la Royal Inter-Ocean Lines, qui font le trajet Japon-Amérique du Sud, en passant par l’Inde et l’Afrique, aux bateaux de l’Italian Line qui naviguent entre New York et les ports d’Italie, et à ceux de l’Orient Line qui assurent le service entre Vancouver et l’Australie. En collaboration avec le ministère de la Citoyenneté et de l’Immigration, des blocs de films spéciaux, la plupart en langue allemande, ont été fournis aux navires de l’Arosa Line à l’intention des groupes d’immigrants qui arrivent d’Europe chaque été.

L'ONF

Cette année, l’ONF a reçu dans son édifice de Montréal plusieurs visiteurs distingués tant du Canada que de l’étranger. Il faut souligner particulièrement la visite de Son Excellence le Gouverneur général, le très honorable Vincent Massey, dont l’intérêt à l’endroit de l’Office date de plusieurs années. En effet, si on se reporte à l’année précédant la création de l’ONF, alors qu’il était haut-commissaire du Canada à Londres, c’est lui qui, à la suggestion de son secrétaire Ross McLean, avait convaincu le gouvernement de faire venir le documentariste John Grierson pour étudier les activités cinématographiques au Canada, démarche qui avait mené à la création de l’Office. C’est aussi lui qui avait présidé la Commission royale d’enquête sur l’avancement des arts, des lettres et des sciences (commission Massey), dont le rapport déposé en 1950 était favorable à l’ONF.

Accueilli par le président, devant tout le personnel, M. Massey a prononcé l’allocution suivante : « Cette institution joue et doit jouer, je crois, un rôle important pour rendre les Canadiens conscients de ce qu’est leur pays et des événements qui modèlent son histoire. Le Canada est un pays vaste, aux multiples aspects. Peu de nous ont l’occasion de connaître l’ensemble du pays, mais, grâce à vos caméras, chacun peut pénétrer dans les endroits les plus reculés. Ainsi, vous mettez au service de l’unité nationale et de la personnalité de notre pays, votre imagination et votre habileté. Et avec quel talent vous le faites! The Sceptre and the Mace (Le sceptre et la masse), film merveilleux que j’ai vu récemment, est un exemple remarquable de la façon dont vous, de l’ONF, contribuez à dégager et à mettre en relief le sens des institutions canadiennes. (…) Le souvenir d’une foule d’événements importants de notre vie nationale serait perdu à jamais, n’étaient l’imagination et la sensibilité que vous mettez à les transformer en documents. (…) Je sais par ailleurs à quel point vos films contribuent à faire mieux connaître et comprendre le Canada aux Canadiens et je sais d’expérience combien ils ajoutent au prestige de notre pays à l’étranger. Je me demande parfois si les films de l’ONF ne sont pas mieux connus outre-mer qu’au pays même. Chacun sait que dans les festivals internationaux vos réalisations sont accueillies avec enthousiasme et décrochent souvent les plus grands honneurs. »

En juillet 1954, Pierre Juneau avait reçu comme mandat de présider au développement de la Production française, une première pour un Canadien français. Mais les francophones voudraient occuper une plus grande place et surtout jouir d’une plus grande autonomie au sein de l’ONF. Lorsque des rumeurs circulent à l’effet qu’à l’occasion du déménagement à Montréal, on annoncerait la nomination d’un commissaire-adjoint de langue française, tous les espoirs sont permis. En février 1957, lors de la réorganisation qui fait suite à l’installation dans les nouveaux locaux, c’est la déception. Le commissaire Albert Trueman opte plutôt pour la constitution d’un triumvirat d’adjoints : Donald Mulholland est nommé directeur de la Planification et de la Recherche, Grant McLean directeur de la Production, alors que Pierre Juneau assume le poste de directeur exécutif chargé des questions françaises.

Les fonctionnaires de langue française réagissent à cette annonce, tout comme la presse francophone qui se lance dans une campagne virulente pour dénoncer le sort des Canadiens français au sein de l’organisme fédéral. Cette question avait déjà été soulevée dans la presse l’année précédente, mais jamais aussi violemment. Les principaux griefs des francophones sont : leur maintien dans des emplois subalternes, l’absence d’une production française authentique et d’une section française autonome. Les rumeurs de l’annonce de la nomination prochaine d’un commissaire francophone fouettent encore plus les ardeurs.

Au même moment, le Parlement crée le Conseil des Arts du Canada et nomme Albert Trueman comme secrétaire. Cet événement offrira à la crise un dénouement opportun en permettant la nomination d’un premier commissaire francophone à la tête de l’ONF. Ancien procureur de la commission Massey – il avait contribué à la rédaction de la section du rapport concernant le cinéma – ancien représentant libéral à l’Assemblée nationale, membre du Bureau des gouverneurs de l’ONF, Guy Roberge est nommé commissaire en avril 1957. Son arrivée à ce poste début mai mettra fin à « l’affaire ONF ».

Les cinéastes et leurs œuvres

Le film auquel M. Massey faisait référence dans son discours, The Sceptre and the Mace (Le sceptre et la masse), a été tourné en octobre, lors de la visite de S.M. la reine Elisabeth II au Canada et sa présence à l’ouverture du Parlement, dirigé par le nouveau premier ministre John Diefenbaker. Onze jours plus tard, le document sur cet événement tenait déjà l’affiche des salles de cinéma d’un bout à l’autre du Canada. Ce documentaire, qui fait ressortir tout le relief et toute la beauté de cette cérémonie historique, possède également une valeur plus durable, car il situe l’événement dans le cadre de la longue évolution du parlementarisme britannique. La partie du film qui fait l’historique du Parlement a été réalisée longtemps à l’avance; quant au tournage de la cérémonie elle-même, il s’est effectué rapidement grâce à l’emploi de plusieurs caméras; enfin, au fur et à mesure que le travail avançait, des courriers apportaient la pellicule à Montréal, où l’on procédait immédiatement au montage et à l’impression. La première officielle du film a eu lieu à Ottawa en présence de Son Excellence le Gouverneur général et de 1500 invités. Peu de temps après, la première européenne a eu lieu à Londres et les spectateurs et les critiques ont accueilli le documentaire avec un plaisir évident.

Un autre film à succès, City of Gold (Capitale de l’or), de Wolf Koenig et Colin Low, offre une description bien vivante d’une ère légendaire dans l’histoire du Canada – le progrès et le déclin de Dawson-City, ville qui devait son origine à la découverte d’or dans le territoire du Yukon vers la fin des années 1890. Le film utilise largement les photographies historiques et emploie un arrangement captivant de musique syncopée dite ragtime. Le film, présenté dans sa version française au Festival international du cinéma à Cannes, en France, gagne le premier prix du documentaire et la presse française le qualifie de « chef-d’œuvre ». Peu de temps après, il remporte le premier prix des films d’intérêt général au Festival international de Cork, en Irlande, et est décrété film de l’année dans le 10e Palmarès du film canadien. Au Festival d’Irlande, Basil Wright, producteur britannique de films documentaires, qui faisait partie du jury, a loué « le charme et la douceur poétique » du film de même que « la perfection » de sa partition musicale (signée Eldon Rathburn) et de son commentaire. Le film City of Gold sera suivi peu après par Universe (Notre univers), de Roman Kroitor, produit en 1960. Ces deux films figurent au palmarès des films les plus distribués partout dans le monde.

Parmi les autres films qui ont remporté des prix au cours de l’année, il y a notamment Il était une chaise qui a remporté le premier prix dans la catégorie des films d’expérimentation au Festival international de Venise; la British Film Academy lui a aussi octroyé un prix spécial. Les auteurs de ce film sont Norman McLaren, cinéaste dont les œuvres suscitent presque toujours les éloges de la critique et font la joie des spectateurs du monde entier, et Claude Jutra, un cinéaste d’avant-garde dont le film Mon oncle Antoine est considéré comme le meilleur film canadien de tous les temps.

La production de programmes télévisuels francophones prend de l’envergure avec la série Panoramique, dont la première réalisation, Les brûlés, de Bernard Devlin, marque l’avènement de la fiction à l’ONF. D’autres films de cette série comme Il était une guerre de Louis Portugais (1958), Le maître du Pérou et Pays neuf de Fernand Dansereau (1958), présentent des études introspectives de l’histoire sociale du Québec des années 1930 jusqu’à la fin des années 1950, à partir d’événements qui ont modelé le destin du Canada : la dépression économique, les difficiles années de guerre, les métamorphoses de l’agriculture, la période de prospérité au lendemain du conflit mondial et la reprise de l’activité industrielle.

La production d’une série de treize films, The Commonwealth of Nations (Le Commonwealth), est peut-être la tâche la plus ardue jamais entreprise par l’ONF. On y fait l’histoire du Commonwealth et on s’efforce, en se plaçant surtout du point de vue canadien, de dégager le sens véritable de cette communauté de peuples. En vue de constituer un film en treize chapitres qui est une étude complète du Commonwealth, il a fallu visionner, choisir, monter des milliers de pieds de pellicule tournés par l’Office et par des producteurs étrangers. La télévision a permis de présenter ce panorama du Commonwealth par tranches hebdomadaires, ce qui convenait parfaitement au style de ce film beaucoup trop long pour qu’on songe à le montrer en une seule émission. Si les treize chapitres forment une vue d’ensemble où rien n’a été oublié, chaque film est un tout complet en lui-même. Un des titres de cette série, Ten Days that Shook the Commonwealth (Dix jours qui ébranlèrent le Commonwealth), réalisé par Ronald Dick, est une étude critique de l’histoire, des problèmes et de l’avenir du Commonwealth.

La diffusion des films

Comme moyen d’atteindre de vastes auditoires, la télévision a pris une importance remarquable. On estime qu’il y a maintenant de par le monde environ 60 millions d’appareils de télévision. De ce nombre, les États-Unis en ont 40 millions, le Royaume-Uni, 6 millions et demi, le Canada, 2 millions et demi et les pays d’Europe 2 millions. En outre, l’on en compte plus d’un million et quart en Russie et tout autant dans l’Amérique latine. Quant à l’Asie, au Japon surtout, il y en a environ un demi- million. Enfin, on en attribue à peu près 30 000 à l’Australie.

Le service de la distribution connaît une importante expansion dans le sud de l’Asie, grâce à l’ouverture d’un bureau à New Delhi. Il fermera en 1975. Dans le but de développer davantage les marchés étrangers, on produit des versions de 55 films en langues étrangères (ourdou, bengali, espagnol, allemand, etc.), ce qui constitue un record.

L’ONF participe à l’Exposition universelle et internationale de Bruxelles. Au Pavillon canadien, l’Office dispose d’une salle de cinéma de 280 places où on accueille chaque jour quelque 3 600 visiteurs. Ceux-ci viennent assister à des représentations de films canadiens, soit en français, soit en anglais. Au programme de ces représentations, offertes conjointement par l’Office et le ministère du Commerce, on inscrit également des films en versions allemandes ou hollandaises. On a puisé une grande partie de ces films dans la cinémathèque de l’Office, mais nombre d’autres proviennent de producteurs commerciaux ou de commanditaires.

Recherche et applications technologiques

Les Services techniques changent les bancs de mixage (reproducteurs du son) dans les studios : le ruban Sprocketape de 16 mm remplace le ruban magnétique de 35 mm. Cette amélioration devenait logique par suite de l’usage, depuis un an, sur les lieux de tournage, des appareils d’enregistrement légers Sprocketape. Tout comme eux, les nouveaux bancs de mixage permettent de réaliser une grande économie dans l’enregistrement de la trame sonore des films. Le ruban magnétique qu’on emploie dans ces nouveaux appareils de reproduction du son coûte 9 $ la bobine de 10 minutes, au lieu des 42 $ qu’il en coûtait auparavant. Outre l’économie, les nouveaux bancs Sprocketape offrent aussi l’avantage d’occuper moins d’espace. On loge maintenant deux des nouveaux bancs de mixage en moins d’espace qu’il en fallait auparavant pour un seul banc de 35 mm.

Une nouvelle table à dessins animés est mise en service. Ses caractéristiques principales sont sa facilité de changement du 16 mm au 35 mm, une adaptabilité supérieure, une plus grande précision dans les mouvements et une mécanisation partielle de plusieurs leviers de commande. Elle accélère la production des dessins animés et elle permet à la caméra d’évoluer avec plus de liberté.

Pour le ministère du Commerce, l’Office conçoit et construit un projecteur automatique de diapositives dont on se sert à l’Exposition universelle et internationale de Bruxelles. Le projecteur automatique déroule trois jeux de diapositives sur les thèmes suivants : Libertés dont jouissent les Canadiens, Gouvernement du Canada et Expansion du Canada. Les diapositives placées dans cet appareil retournent automatiquement au point de départ et repassent de nouveau sur l’écran.

L'ONF

René Clair, cinéaste de réputation mondiale, et Jacques Tati, créateur de Monsieur Hulot et de Mon oncle, viennent à Montréal en novembre à titre d’invités d’honneur à la Semaine du film français. Ce festival réunit de nombreuses vedettes du cinéma français de même que d’importants producteurs. À cette occasion, l’ONF a le plaisir d’accueillir à ses studios ces deux éminents représentants du cinéma et la direction en profite pour évoquer un accord de coproduction entre le Canada et la France.

Pour sa part, René Clair s’entretient pendant quelques heures avec un groupe de cinéastes de l’Office. Il témoigne dans les termes suivants de son admiration envers l’ONF : « Cet Office national du film auquel vous collaborez est une chose absolument unique au monde. Je ne dis pas cela pour vous faire des compliments, mais simplement parce que c’est la vérité. Vous faites un travail dont les résultats sont connus dans le monde et nous ont tous impressionnés. (…) Le Canada donne, par l’exemple de l’Office national du film, quelque chose que le monde entier devrait méditer, en tous cas qu’il admire. » De son côté, Norman McLaren présente à René Clair une copie de son film le plus récent, Il était une chaise. Ce dernier écrit à propos de ce film : « Il me rappellera que le cinéma n’est pas seulement une machine commerciale, mais qu’il est un instrument de création artistique. Je le savais sans doute mais il est réconfortant d’en avoir des preuves de cette qualité. »

Pour la production de la série Panoramique, l’équipe française travaille de concert et les cinéastes veulent poursuivre leur démarche cinématographique dans un lieu qui leur appartienne. Le Programme de production française est divisé en deux studios (F et H) avec les producteurs exécutifs Fernand Dansereau, Bernard Devlin, Louis Portugais et Léonard Forest. Jacques Bobet conserve toujours la responsabilité des versions. Toutefois, ces studios ne sont pas autonomes. En janvier, Léonard Forest et Fernand Dansereau adressent un mémoire à Pierre Juneau, dans lequel ils revendiquent la constitution d’une équipe reconnue ayant le droit d’élaborer son propre programme. Ils veulent aussi poursuivre leur travail en fiction et en long métrage.

Les cinéastes et leurs œuvres

Les cinéastes du Studio B Colin Low, Wolf Koenig et Roman Kroitor expérimentaient depuis déjà quelques années un tournage plus près des gens de même qu’une utilisation différente de la bande sonore. Avec la série Candid Eye, qui utilise l’approche du cinéma direct, le Studio B, dirigé par Tom Daly, atteint un sommet. Les films de la série Candid Eye s’inspirent du style photographie-reportages de Cartier-Bresson et ils s’inscrivent dans le nouveau courant du cinéma direct : l’absence de scénario, l’utilisation de caméras légères, le souci de représentation spontanée, empirique et réaliste en sont des traits particuliers. The Days Before Christmas (Bientôt Noël) (1958) de Terence Macartney-Filgate, Stanley Jackson et Wolf Koenig, Police (1958) de Terence Macartney-Filgate, Emergency Ward (1959) de William Greaves, Festival in Puerto Rico (1961) de Wolf Koenig et Roman Kroitor sur la cantatrice bien connue Maureen Forrester, constituent des documents qui reflètent bien ce courant important du documentaire canadien.

La démarche des cinéastes du Candid Eye se situe dans un contexte global de remise en question de la façon de réaliser des documentaires. En Grande-Bretagne, aux États-Unis, on préconise un traitement du réel basé sur la spontanéité. En France, Jean Rouch œuvre au changement au sein de son Comité du film ethnographique. Pour les Canadiens français qui participent aux expériences du Studio B, ils voient là l’occasion d’affirmer leur identité trop longtemps contenue. Les réalisateurs Michel Brault et Gilles Groulx et le preneur de son Marcel Carrière tournent Les raquetteurs, qui sera considéré comme le film-manifeste d’une partie de l’équipe française et le premier opus du cinéma direct québécois. Gilles Groulx déclarera aux Cahiers du Cinéma en 1966 : « Ce que l’on peut maintenant considérer comme étant du cinéma direct ne fut au départ qu’une expérience visant à abolir la pesanteur du documentaire que faisait peser sur nous la tradition ONF. » Les cinéastes présentent le film au Robert Flaherty Seminar en Californie. Le documentariste français Jean Rouch y assiste. Les participants reconnaissent la nouveauté de cette œuvre, qui influencera toute une génération de cinéastes du direct.

L’ONF présente, au réseau français de Radio-Canada et des postes privés, une série de 26 films sous le titre général Temps présent. Cette série se compose d’éléments variés sur des personnalités du Canada français, des portraits de Canadiens qui ont eu une influence marquante dans la littérature, la musique, la peinture, l’anthropologie, l’action sociale, l’agriculture. Il ne s’agit pas uniquement de biographies d’existences remarquables, mais plutôt une façon de montrer jusqu’à quel point le milieu géographique, social, humain peut modeler le destin des humains, et de mettre en relief l’influence que ces mêmes personnes ont eue sur leur milieu. Dans cette galerie de portraits, on retrouve les profils du comédien Fred Barry, de la romancière Germaine Guèvremont, de l’organiste Henri Gagnon, du curé acadien Charles Forest, du troubadour Félix Leclerc, du peintre John Lyman, de l’anthropologue Marius Barbeau, de l’agriculteur Pierre Beaulieu.

Dans la série Temps présent, on retrouve notamment le documentaire d’une heure en deux épisodes, L’essor féminin, rétrospective du mouvement féministe depuis le début du siècle, et un documentaire de 90 minutes, en trois épisodes, sur 50 ans d’aviation au Canada. L’essor féminin remporte à Cannes le grand prix Eurovision 59, soit la plus haute distinction dans la catégorie des documentaires destinés à la télévision.

Les champs pétrolifères de Leduc, les terres désolées de l’Arctique, la région de Rivière-la-Paix, la difficile maîtrise du froid, l’histoire de la mécanisation, les effets de l’automation sur l’industrie et sur la société : tels sont quelques-uns des thèmes qui retiennent l’attention des équipes de l’ONF affectées à la série Frontiers. Sous ce titre, l’Office réalise 15 films qui sont montrés au réseau de télévision de Radio-Canada et de 33 postes privés.

Avec l’approbation du ministère des Affaires extérieures, l’ONF entreprend en 1957 la production d’une ambitieuse série de treize films : The Commonwealth of Nations (Le Commonwealth). Comme l’Afrique du Sud s’objecte au film Black and White in South Africa (Le Noir et le Blanc) qui porte sur l’apartheid, le gouvernement en interdit la distribution à l’étranger.

La série En avant Canada (Canada Carries On) fête son 15e anniversaire. On présente ses films chaque mois dans environ 600 salles.

Recherche et applications technologiques

Les ateliers de mécanique ont travaillé à l’amélioration d’une des plus vieilles tables d’animation de l’Office. Cette table transformée permet d’accélérer considérablement la photographie des dessins d’animation qui se fait maintenant au rythme de 240 images à la minute en comparaison de 160 précédemment. À la suite de 1a modification de cette table, il a fallu réaffuter à une tolérance de 1/1000e de pouce une colonne d’acier haute de huit pieds, support principal de la table. Autre résultat : on pourra à l’avenir utiliser indifféremment le 16 mm et le 35 mm pour les films d’animation; auparavant on devait s’en tenir à la pellicule 35 mm.

Depuis peu, pour explorer un sujet en vue d’un film et dans les films eux-mêmes, on procède beaucoup par la méthode de l’interview. Cette pratique nécessite certaines transformations de l’outillage. On sait que les caméras et appareils d’enregistrement peuvent fonctionner sans interruption pendant dix minutes. Or, par des adaptations diverses, les Services techniques ont porté le rendement continu des appareils à une demi-heure. L’outillage de transfert magnétique a été modifié en conséquence au Service du son.

On emploie maintenant un nouveau genre de microphone. On le suspend au cou de la personne qu’on interviewe; on peut même le dissimuler sous une cravate. Ce microphone assure la plus complète liberté de mouvement.

L'ONF

La ministre responsable de l’ONF, Ellen Fairclough, affirme en Chambre l’indépendance de l’ONF; elle déclare qu’elle ne le supervise pas et qu’elle ne peut interférer dans sa production.

En ses 20 ans d’existence, l’ONF s’est vu attribuer un nombre considérable de prix, de trophées, de certificats, qui signalent l’excellence de ses films, de ses films fixes et de ses photos. Mais parmi tous ces témoignages, il en est un qu’il importe de mettre en relief. C’est que la mention qui l’accompagne définit de façon précise la mission même de l’Office et le sens de son œuvre. Il s’agit du certificat de mérite, gravé sur peau de castor, que le Conseil canadien de la citoyenneté lui a accordé. La mention dit que l’Office « a su illustrer, décrire, expliquer le Canada et son peuple, la géographie du pays, les problèmes et les réussites des Canadiens, le rôle de nos institutions, les multiples aspects de notre vie culturelle; il a su populariser l’usage du film canadien par des associations de tout genre tant dans les milieux urbains que ruraux; il a su traiter souvent avec courage problèmes difficiles et idées; il a su faire preuve d’imagination dans ses efforts pour permettre aux Canadiens de prendre conscience, grâce à des films de haute qualité, particulièrement des films documentaires, de cette réalité complexe : la nation canadienne. »

Un autre témoignage précieux, celui de l’actrice de cinéma Simone Signoret, a particulièrement retenu l’attention de la presse. En route pour Paris après avoir reçu la consécration d’Hollywood, qui lui a attribué un Oscar à titre de meilleure comédienne de l’année, Mme Signoret a déclaré aux journalistes, au cours d’une brève escale à Montréal : « Les courts métrages tournés au Canada par l’Office national du film sont les meilleurs qui soient au monde ». Plus tôt durant l’année, Simone Signoret avait visité les studios de l’Office et, à cette occasion, s’était procuré pour sa cinémathèque personnelle une copie du film City of Gold (Capitale de l’or).

À la fin de février, en collaboration avec l’ONF, l’Université de la Colombie-Britannique a fait une expérience peut-être unique en son genre au Canada. Au cours de séances d’études qui ont duré plus de dix heures, on a composé une rétrospective des relations entre le gouvernement canadien et le cinéma, depuis 1917 jusqu’à 1959. En cinq programmes de deux heures chacun, que présentait le cinéaste Guy Glover, les participants à ce marathon de films ont vu les œuvres cinématographiques les plus significatives produites à la demande du gouvernement fédéral, soit les meilleurs moments de 42 ans de cinéma. Si l’on s’imposait ainsi de revoir beaucoup de vieux films, plusieurs vénérables documentaires sur le tourisme ou l’industrie depuis longtemps dépassés par les événements et les besoins, c’est qu’on voulait constater jusqu’à quel point le cinéma témoigne, par ses œuvres, de l’évolution historique d’un pays à travers les années. En d’autres termes : le film, art éminemment social, a-t-il une valeur historique, et devient-il, avec le recul du temps, document d’archives? À l’ONF, on s’est souvent posé la même question. Ne pourrait-on relier les diverses étapes de l’existence de l’ONF à l’évolution du Canada? D’abord dans la période qui a précédé la guerre, ensuite durant le conflit, et enfin dans l’après-guerre et les années actuelles. À l’ONF, on a surtout conscience de travailler dans le présent, toujours selon les besoins de l’heure, mais il n’en reste pas moins que le cinéma est un miroir de l’histoire d’un peuple. Et encore plus quand ce cinéma se veut nettement documentaire.

Les cinéastes et leurs œuvres

À l’occasion de l’inauguration officielle de la Voie maritime du Saint-Laurent par Sa Majesté la reine Elisabeth II, l’ONF produit quelques documentaires sur cette réalisation canadienne d’envergure. Grâce à ces films, des millions de personnes à travers le monde peuvent se renseigner sur cette gigantesque entreprise. Sous le titre Royal River (Un fleuve souverain), on a fait d’abord pour les cinémas un film de 30 minutes mettant en relief la signification historique de cet événement, dont l’inauguration de la Voie maritime par Sa Majesté la Reine et par le président Eisenhower en est le point culminant. Moins de 48 heures après le départ de la Reine, ce film est déjà en distribution dans les cinémas du pays. On en tire une version de 20 minutes à l’intention des pays du Commonwealth et une autre de 10 minutes pour diffusion aux États-Unis. Dans les quelques mois suivants, 1 670 salles de cinéma au Canada, aux États-Unis et en 20 autres pays avaient retenu ce film. L’Office a fait des traductions en allemand, en grec, en danois, en norvégien et en suédois du film original d’une demi-heure.

Précédemment, l’Office avait produit un autre film d’une demi-heure intitulé The St. Lawrence Seaway (La Voie maritime du Saint-Laurent). C’est un document sur les travaux de la canalisation à diverses étapes. Ce film, mis en distribution avant l’inauguration officielle de l’ouvrage, connaît un très grand succès à la télévision. En une période de 6 mois, il fait l’objet, seulement aux États-Unis, de plus de 300 émissions. Par la suite, l’ONF préparera diverses versions de ce film pour des auditoires spécifiques, et celle pour les écoles sera particulièrement bien accueillie. Grâce à cette distribution mondiale, on estime que jamais aucun autre film de l’Office n’a atteint un auditoire aussi considérable que celui-là en une seule année. Et cela pour deux raisons. D’abord l’intérêt du public à l’endroit de la Voie maritime du Saint-Laurent; deuxièmement, la disponibilité du film dans un si grand nombre de langues.

Pendant la visite de la Reine et du prince Philippe, le Service de la Photo organise et coordonne tout le travail des photographes de presse canadiens et étrangers. Le Service est en cette circonstance comme un carrefour d’échanges et d’approvisionnement pour les photographes. De plus, l’Office prend un grand nombre de photographies pour les dossiers canadiens. Un album-souvenir à exemplaire unique – quelque 156 photos en couleurs et en noir et blanc – est offert en cadeau aux visiteurs royaux au nom du gouvernement canadien. Le Service de la Photo avait déjà préparé sur la Voie maritime du Saint-Laurent un photoreportage qui a été largement utilisé par les journaux tant au Canada qu’à l’étranger. Plusieurs mois après l’ouverture officielle de la Voie, ce reportage était encore très en demande.

Un autre film de l’ONF intitulé simplement Vincent Massey reçoit du public un accueil particulièrement chaleureux. Montré en première à la télévision peu de temps après que M. Massey eut résigné ses fonctions officielles de gouverneur général du Canada, ce documentaire d’une heure tourné à Batterwood House, près de Port Hope, en Ontario, retient l’attention de la critique. Au dire de l’Ottawa Citizen, il s’agit d’un « profil neuf et admirable » de M. Massey; le Montreal Star signale qu’on est en présence d’un « document inestimable pour l’histoire de notre époque ». Dans une conversation familière avec Blair Fraser, l’ancien diplomate et gouverneur général exprime ses opinions personnelles avec chaleur, avec sagesse aussi, sur des thèmes divers comme l’éducation, le Canadien, les relations entre éléments français et anglais, les relations entre le Canada, la Couronne et le Commonwealth.

L’Office produit également Georges-P. Vanier : soldat, diplomate, gouverneur général. Ce film est montré aux réseaux français et anglais de télévision de Radio-Canada. On tourne aussi le Compte rendu des cérémonies d'investiture du 19e gouverneur général du Canada, le major-général Georges P. Vanier . Le Droit, d’Ottawa, qualifie le film consacré à la carrière du major-général Vanier « de reportage excellent ... superbement réalisé », alors que La Patrie écrit que c’est « un des documentaires les plus attachants de la série Temps présent ».

À cette série Temps présent, l’Office ajoute sept études biographiques, dont deux d’une heure. La premier film, La grande aventure industrielle racontée par Édouard Simard relate l’avènement des Canadiens français parmi les grands producteurs industriels grâce au succès des compagnies créées par lui et ses frères : la Marine Industries et la Sorel Industries. Dans le deuxième film, Le chanoine Lionel Groulx, historien raconte lui-même le parcours qui l’a mené de la petite enfance à sa vie adulte d’écrivain dont l’action est liée à toute l’époque de la vie nationale du Canada français. Au sujet de cette série, le journaliste et critique Roger Duhamel, parlant en particulier des films consacrés au chanoine Lionel Groulx et au poète Alfred DesRochers, écrivait : « L’Office national du film est en passe de nous doter d’une iconographie littéraire qui prendra avec les années une très grande valeur… Grâce à la pellicule, nos petits-enfants pourront retrouver les grands noms de notre littérature… Je souhaite que l’Office du film poursuive cette anthologie d’un grand prix, pour aujourd’hui et surtout pour demain. »

L’Office lance une nouvelle série de films d’une heure sous le titre Comparaisons. Le réseau national de télévision de Radio-Canada montre les trois premiers films de cette série dans laquelle on établit un parallèle entre un aspect du mode de vie au Canada et le même aspect en d’autres pays. Dans le premier de ces films, Quatre enfants du monde, on peut observer le comportement face à l’enfant d’une famille rurale de type bien défini; la comparaison se fait entre le Canada, la France, l’Inde, le Japon. Pour les commentaires, l’ONF a retenu les services d’anthropologues réputés tels Margaret Mead et Marcel Rioux. Dans ce film, ils définissent le caractère national transmis à l’enfant dès le bas âge et analysent les diverses formes d’autorité familiale.

La diffusion des films

La distribution de films canadiens dans les pays d’Europe orientale prend un certain essor. Ainsi, le film The Romance of Transportation in Canada (Sports et transports!) est vendu pour distribution dans les cinémas en URSS et Sovexportfilm a ouvert des négociations en vue d’acheter Les pêcheurs et High Arctic: Life on the Land (L’Extrême-Nord canadien : la faune et la flore) que l’Office a inscrits au Festival du film de Moscou. En Yougoslavie, une entente est conclue visant la distribution gratuite par une agence d’État d’un ensemble de films de nature technique ou culturelle. En Tchécoslovaquie, où on avait déjà vendu trois films pour distribution dans les salles, la télévision met à l’affiche le documentaire Thousand Islands Summer (Quand vient l'été). À la Foire de Poznan en Pologne, 207 représentations de films canadiens ont lieu dans la langue du pays; de plus, sept films sont ajoutés aux trois que la Pologne avait déjà accepté de distribuer dans les cinémas. Enfin, le public de ces divers pays profite de plus en plus de la distribution gratuite de films par les cinémathèques des missions diplomatiques du Canada.

Introduction

The arrival of television and the operational headquarters move from Ottawa to Montreal were major upheavals. New shooting techniques were adopted and film duration was set to match TV slots. Although the National Film Act seemed to grant the NFB exclusive production rights for news and films sponsored by the government and Radio-Canada, filmmakers feared they would be compelled to produce for TV only, to the detriment of their own projects. Furthermore, as TV sets multiplied in Canadian houses, audiences for non-theatrical distribution plummeted.

However, where production was concerned, studios multiplied, and at the end of the decade the French team came together and took their first steps in cinéma direct. Finally, the NFB became even better known because of film versions in several languages.

Many films won prestigious awards in Venice, England and Cannes. Hollywood awarded a second Oscar® to the NFB in 1952 for best documentary short for Norman McLaren’s Neighbours/Voisins. This film was the most popular in the history of the NFB so far.

Among the many numerous technical innovations of the fifties, it was sound that attracted researchers most. The NFB introduced magnetic audiotape for all recordings of original sound. Previously, sound was recorded optically. The outstanding event of the decade was probably filming Royal Journey, the NFB’s first 35 mm colour film and first technical co-production with the U.S., in 1951.