L’ONF

L’année précédant la création de l’ONF, Vincent Massey, haut-commissaire du Canada à Londres, et son secrétaire, Ross McLean, discutent de la nécessité d’améliorer les productions du Bureau de cinématographie du gouvernement canadien (Canadian Government Motion Picture Bureau) pour qu’il puisse remplir efficacement son rôle en matière de promotion du commerce et du tourisme au Canada et à l’étranger.

McLean, que le travail du documentariste britannique John Grierson impressionne, convainc son patron de faire parvenir au gouvernement de Mackenzie King un rapport sur le cinéma canadien. Il propose qu’on invite Grierson à venir étudier les activités cinématographiques gouvernementales qui, à l’époque, sont divisées en quatre catégories : le film éducatif, le film promotionnel, le film ministériel et le film de prestige destiné à véhiculer des idées ou à susciter le loyalisme à l’égard d’un pays, d’un ministère ou d’un organisme.

Après analyse, Grierson fait le point sur les faiblesses de cette activité, lesquelles se résument à un manque de moyens et à l’absence de politique centralisée. En effet, le Bureau de cinématographie servant presque uniquement les intérêts du ministère du Commerce, certains autres secteurs ont mis sur pied leur propre service de film. En juin, Grierson dépose un rapport concluant à la nécessité d’un organisme de coordination de la production.

Quelques mois plus tard, soit le 2 mai 1939, la Loi créant une Commission nationale sur le cinématographe — connue bientôt sous le nom d’Office national du film —, dont l’activité doit compléter celle du Bureau de cinématographie du gouvernement, est sanctionnée. Au moment de sa création, son mandat est de veiller à « la production et la distribution de films nationaux destinés à aider les Canadiens de toutes les parties du Canada à comprendre les modes d’existence et les problèmes des Canadiens d’autres parties ». L’ONF, dont le siège social se trouve à Ottawa, doit également coordonner l’activité cinématographique de tous les ministères fédéraux.

La Loi prévoit l’organisation d’un conseil composé de deux membres du Conseil Privé du Roi pour le Canada, de trois personnes choisies en dehors des cadres du Service civil et de trois fonctionnaires civils ou fonctionnaires des Services de guerre du Canada. La première réunion du nouveau conseil a lieu le 21 septembre 1939.

Le même mois, le Canada entre en guerre, ce qui favorise l’orientation de la production de films vers l’effort patriotique. Reconnu comme étant un pionnier du documentaire, mais aussi un spécialiste en psychologie de la propagande et un fervent partisan de l’utilisation du film comme outil de changement social, John Grierson est tout désigné pour prendre la tête de l’ONF. Il devient donc, en octobre, le premier commissaire du gouvernement à la cinématographie. Il influera grandement sur le cours des choses à l’Office, et ce, même après sa démission, en novembre 1945, jusqu’à son décès, en 1972.

Les cinéastes et leurs œuvres

En dépit de sa courte existence, l’ONF commence à produire dès 1939. Le cinéaste Guy Glover réalise un court film d’animation, Lining the Blues, en traçant ses dessins directement sur la pellicule; ce film sera restauré en 1984.

La nature a toujours inspiré les cinéastes et dans A Study of Spring Wild Flowers, on présente une variété des plus belles fleurs printanières qu’on retrouve au Canada. On ne sait toutefois pas qui a réalisé cette production, car aucun crédit n’est mentionné au générique. Ce cas n’est pas unique, puisqu’à l’époque plusieurs films du Bureau de cinématographie ne portaient que la signature du Bureau, les cinéastes étant considérés comme des fonctionnaires du Service public et non comme des créateurs.

Le troisième très court film, Scherzo, est réalisé par Norman McLaren peu après son arrivée en Amérique du Nord en 1939. Ce film s’est toutefois perdu, mais en 1984 le matériel a été retrouvé, ce qui a permis de reconstituer la version originale d’une durée d’une minute 25 secondes. Avant, Norman McLaren avait travaillé, entre autres, pour le General Post Office of Great Britain et pour la British Gas Corporation où il avait réalisé The Obedient Flame, son dernier film au Royaume-Uni avant d’émigrer en Amérique du Nord.

La diffusion des films

Jusqu’à 1939, c’était le Bureau de cinématographie du gouvernement canadien qui voyait à la distribution de ses propres films et d’un nombre restreint d’autres, produits pour d’autres services gouvernementaux. L’adoption de la Loi créant la Commission nationale sur le cinématographe — qui deviendra l’ONF — vient toutefois changer les choses en établissant un service central de distribution. Désormais, les deux organismes doivent distribuer aussi bien qu’accroître la diffusion de tous les films du gouvernement canadien, à l’exception d’un petit nombre servant à des fins spéciales du ministère du Commerce de qui relèvent les deux entités.

Le tout premier film distribué par l’ONF est The Case of Charlie Gordon, réalisé par Stuart Legg et produit par le Bureau de cinématographie pendant la période de transition entre les deux organismes. D’une durée de seize minutes, ce documentaire social raconte l’histoire d’un jeune chômeur qui a pu se faire une place dans la société grâce aux efforts d’un organisme communautaire soutenu par le gouvernement fédéral.

Dès le départ, l’ONF vise à rejoindre le plus large public possible. En ce sens, il conclut un accord pour la distribution de ses films aux États-Unis avec une des plus importantes maisons américaines de production d’actualités, The March of Time, propriété de Time-Life. Ces actualités sont vues hebdomadairement par 20 millions de personnes. L’ONF négocie également avec Famous Players du Canada, qui accepte de diffuser ses films dans 800 salles.