L'ONF

La commissaire Sandra Macdonald est en poste depuis cinq ans et, sous sa gouverne, les principes établis dans son plan d’action sous-tendent toutes les décisions prises par l’ONF. En production, les efforts sont concentrés sur ce qui fait la force et la réputation de l’Office, soit le documentaire unique d’auteur et l’œuvre d’animation. La capacité de production a été préservée et, depuis 1995, plus de 500 documentaires et une centaine de films d’animation ont été réalisés. La politique en ce qui concerne la coproduction avec le secteur indépendant est claire : pour chaque projet, l’ONF doit miser sur une participation financière qui lui assure une influence réelle au niveau du contenu et des décisions de production.

Le plan vise aussi à ce que le quart des productions de l’Office soient signées par de jeunes cinéastes, particulièrement chez les Autochtones et aux minorités visibles. Et le résultat montre une production à l’image de la mosaïque ethnoculturelle du Canada. Cette année, par exemple, Unwanted Soldiers (Soldats de seconde classe), de Jari Osborne, un documentaire qui lève le voile sur une période importante de l’histoire du Canada et rend un hommage émouvant à l’héroïsme des soldats sino-canadiens, a reçu le prix Canada financé par le Programme du multiculturalisme du ministère du Patrimoine canadien. Deep Inside Clint Star, dans lequel Clint Alberta et ses amis parlent des 500 ans d’oppression des peuples autochtones, a récolté le prix Donald Brittain pour le meilleur documentaire à caractère social ou politique à la remise des prix Gemini décernés par l’Académie canadienne du cinéma et de la télévision.

En animation, les cinéastes ont toute latitude de produire de véritables œuvres d’auteur, dont la qualité artistique est reconnue. En janvier, When the Day Breaks, de Wendy Tilby et Amanda Forbis, a remporté le prix Génie du meilleur court métrage, et en février, ce film ainsi que celui de Torill Kove, My Grandmother Ironed the King’s Shirts (Ma grand-mère repassait les chemises du roi) se sont retrouvés dans la course aux Oscars® de l’Académie des arts et des sciences du cinéma dans la catégorie Meilleur court métrage d’animation.

Fin mai, à Ottawa, l’Association des cadres professionnels de l’administration publique fédérale a décerné son prix de Leadership à la présidente Sandra Macdonald « pour avoir mené l’ONF à travers un processus de revitalisation qui, tout en respectant les préoccupations des employés, a permis de faire d’importantes économies, d’accroître la productivité et de maintenir sa tradition d’excellence. »

Les cinéastes et leurs œuvres

Un grand événement se produit cette année; il s’agit du tournage du premier long métrage filmé en inuktitut et entièrement réalisé par des cinéastes inuits. Atanarjuat : la légende de l'homme rapide, de Zacharias Kunuk, coproduit par Igloolik Isuma Productions et l’ONF, fait revivre une ancienne légende inuite de façon exceptionnelle. Tournée à Igloolik, au Nunavut, cette fiction a nécessité une recherche minutieuse pour recréer fidèlement le mode de vie inuit. Le film obtient un succès critique et public retentissant. Il remportera la Caméra d’Or au Festival de Cannes en 2001, et le cinéaste recevra également le prix Génie de la meilleure réalisation et le prix Claude-Jutra décerné au réalisateur du meilleur premier long métrage de fiction.

Les documentaires d’auteur suscitent souvent des débats d’idées qui font avancer la société. C’est le cas encore cette année avec, entre autres, Mourir pour soi, de Lina B. Moreco, sur la polémique entourant le choix des malades gravement atteints de mourir au moment voulu; l’opposition de la population de l’île de Saltspring à la coupe à blanc est le sujet de “Ah… the Money, the Money, the Money” – The Battle for Saltspring, de Mort Ransen; dans le documentaire provocateur In the Flesh, Gordon McLennan aborde avec franchise la transsexualité; les mégaprojets nucléaires et la montée d’un mouvement écologique sont au cœur de Nuclear Dynamite, de Gary Marcuse.

En partant du film Through a Blue Lens (La vie en bleu), un percutant documentaire dans lequel des toxicomanes parlent ouvertement d’eux-mêmes, Moira Simpson a réalisé pour le milieu de l’éducation l’adaptation Flipping the World – Drugs Through a Blue Lens, qui a récolté trois Leo Awards, soit celui de la meilleure série pour jeunes ou enfants, celui de la meilleure réalisation et celui du meilleur scénario dans cette catégorie.

Le cinéma donne aux gens de toutes les nationalités l’occasion de prendre la parole et d’exprimer leurs sentiments face à leur pays d’adoption et à leur lieu d’origine, comme dans Mediterraneo sempre - Méditerranée pour toujours, de Nicola Zavaglia. Ces gens venus d’ailleurs emportent avec eux tout un héritage culturel qu’ils dévoilent, par exemple, dans Tango in a Cold City, d’Alastair Brown et Who is Albert Woo?, de Hunt Hoe.

Pour leur part, Speakers for the Dead (Au nom des morts), de Jennifer Holness et David Sutherland, Journey to Justice, de Roger McTair, Raisin’ Kane: A Rapumentary, d’Alison Duke, et Âme noire/Black Soul, de Martine Chartrand, aident à mieux connaître le passé des Noirs et à comprendre leur vécu. Dans l’Ontario agricole des années 1930, les pierres tombales d’un cimetière pour gens de race noire furent ensevelies par un agriculteur qui voulait y cultiver des pommes de terre. Cinquante ans plus tard, Au nom des morts, les descendants des premiers colons, Blancs et Noirs, unissent leurs efforts pour restaurer ce cimetière. Journey to Justice se passe à la même époque, alors qu’un groupe de Canadiens ont porté le racisme devant les tribunaux et se sont battus pour la reconnaissance des droits civiques de la population noire. Aujourd’hui encore, les jeunes Noirs doivent lutter pour sortir du ghetto et Raisin’ Kane témoigne de leur acharnement à le faire avec le groupe hip-hop Citizen Kane. L’animation peut aussi servir à transmettre la culture d’un peuple, tel que le démontre Âme noire/Black Soul, un exaltant voyage à travers les lieux qui ont marqué l’histoire des Noirs. En 2001, le film remportera l’Ours d’or du meilleur court métrage au Festival international de Berlin, en Allemagne.

Préoccupé par l’image de la guerre et de la violence dans les films, le réalisateur Colin Low retrace, dans Moving Pictures, l’évolution des images dans les médias de masse. Hanté par les images puissantes qu’il a vues au cours de ses 50 ans de carrière cinématographique, il réfléchit à l’histoire, aux événements et aux gens qui l’ont marqué depuis sa jeunesse.

Pour réaliser Traître ou patriote, Jacques Godbout s’est lui aussi interrogé sur la mémoire, surtout par rapport au destin de son grand-oncle Adélard Godbout, premier ministre du Québec de 1939 à 1944, complètement disparu de la mémoire collective et même de celle des historiens. Jacques Godbout est aussi écrivain, et il était certainement le mieux placé pour réaliser un film sur Anne Hébert, une coproduction de l’ONF avec Télé Images Création, France 3 et le Studio Via le Monde inc., qui a remporté le prix Téléfilm Canada décerné à la meilleure œuvre canadienne au Festival international du film sur l’art.

Le 4 mai, le documentaire de Marquise Lepage, Des marelles et des petites filles..., coproduit par les Productions Virage et l’ONF, reçoit le Grand Prix du jury – Communications et Société qui vise à reconnaître une production médiatique exceptionnelle. En juin, le gouvernement du Canada et l’honorable Hedy Fry, secrétaire d’État, Condition féminine Canada, ont organisé une projection du film à New York à l’occasion de la Session spéciale de l’Assemblée générale des Nations Unies, intitulée « Beijing 5, Les femmes en l’an 2000 : égalité entre les sexes, développement et paix pour le XXIe siècle ». Depuis son lancement, Des marelles et des petites filles a remporté de nombreux prix, entre autres trois Gémeaux de l’Académie canadienne du cinéma et de la télévision, la Gerbe d’or décernée au meilleur documentaire social au Festival du court métrage et de la vidéo de Yorkton, le prix de l’État du Valais et le prix Jeunesse au Festival médias nord-sud en Suisse.

Sept premières œuvres, sept cinéastes, et un regard neuf sur le monde, telle est la description sommaire de la série Libres courts produite au Programme français. De C'est comme ça - jeux, peines et paroles d'enfants à Mai en décembre (Godard en Abitibi), de La loi et l'ordure à Mon père, de Ojigkwanong - Rencontre avec un sage algonquin à Opération Dantec, on s’aperçoit que, finalement, il n’y a que six degrés de séparation entre chaque habitant de la planète et que les terriens forment une grande chaîne humaine comme dans le film www.six.lemondeestpetit.ca.

Avec l’arrivée du premier bouquet de chaînes spécialisées, dont le réseau APTN (Aboriginal Peoples Television Network), et la plus grande ouverture des réseaux conventionnels, particulièrement aux heures de grande écoute, le nombre de télédiffusions des productions de l’ONF augmente considérablement. Pour accentuer ce mouvement, l’Office devient partenaire de Corus Entertainment, CBC et quatre maisons de production indépendantes pour mettre sur pied le Canadian Documentary Channel, qui offrira une fenêtre additionnelle pour les documentaires en langue anglaise. La programmation de ce nouveau réseau sera lancée officiellement le 7 septembre 2001 avec deux grands succès de l’ONF : Cinéma Vérité: Defining the Moment (Cinéma vérité : le moment décisif), et Manufacturing Consent – Noam Chomsky and the Media.

À l’ère d’Internet, l’ONF développe un projet d’envergure, celui du Système électronique de gestion des droits d’auteur (SEGDA), un système novateur pour suivre les droits concernant quelque 10 000 productions, les plans d’archives, le matériel de promotion, les produits multimédias et les pièces musicales, l’ONF étant également un éditeur de musique. Il permettra aussi à l’Office de fournir aux détenteurs de droits, aux auteurs et aux artistes tous les renseignements concernant leurs œuvres. Les progrès dans le développement du SEGDA sont examinés de près par d’autres organismes culturels qui font face aux mêmes impératifs, soit le suivi de tous les droits liés à un produit dans le nouveau contexte de diffusion sur le Web.

En octobre, une équipe composée de représentants des différents secteurs de l’Office travaille à l’implantation du système de commerce électronique intégré GRC (Gestion des relations avec la clientèle). L’objectif de ce système est de traiter tous les aspects des ventes en ligne, de la mise en marché, de la gestion optimale des commandes et des opérations de service à la clientèle, en intégrant entièrement ces fonctions, en réduisant la duplication dans le travail et en maximisant le partage des données entre les divers secteurs.

La diffusion des films

Le garçon qui a vu l'iceberg/The Boy Who Saw the Iceberg, de Paul Driessen, remporte le FIPA d’argent au Festival international des programmes audiovisuels à Biarritz, en France. Paul Driessen recevra plusieurs autres prix pour ce film, dont le Prix spécial du jury international au prestigieux Festival international de l’animation de Hiroshima, au Japon, en 2002; la même année, le cinéaste sera honoré pour l’ensemble de son œuvre par le Festival mondial du film d’animation de Zagreb, en Croatie.

D’autres films d’animation sont à l’honneur au cours de l’année : Through a Blue Lens, (La vie en bleu), de Veronica Alice Mannix, reçoit deux prix importants au Concours du Japon organisé par le diffuseur NHK, dont le Grand Prix du Japon; Village of Idiots (Le village des idiots), un conte folklorique yiddish adapté par Eugene Fedorenko et Rose Newlove, a remporté un total de 19 prix, incluant le prix Génie du meilleur court métrage d’animation et le prix spécial du jury au Festival international du film d’animation d’Annecy, en juin.

Mon oncle Antoine et Voisins/Neighbours sont sélectionnés pour faire partie des Œuvres magistrales soutenues par le Trust pour la préservation de l’Audiovisuel du Canada, un programme qui reconnaît douze classiques canadiens tirés des archives de production des industries canadiennes du cinéma, de la radio, de la télévision et de l’enregistrement sonore.

Recherche et applications technologiques

Le projet-pilote CinéRoute entreprend une nouvelle phase de son développement. En partenariat avec CANARIE (Réseau canadien pour l’avancement de la recherche, de l’industrie et de l’enseignement), il diffuse aux membres du réseau Internet à large bande CA*Net3 une sélection de 800 films de l’Office numérisés selon le standard MPEG1 et diffusés en continu (sans téléchargement) à 30 images/seconde. Selon une évaluation faite par une firme extérieure à l’ONF, les utilisateurs prisent beaucoup la qualité de ces visionnages. Même si les résultats actuels sont probants, l’Office commence à numériser la collection selon le standard MPEG2, qui offrira une qualité d’image encore supérieure, comparable à celle des télédiffuseurs. Le projet CinéRoute a été présenté dans le cadre de INPUT 2000, à Halifax, haut lieu d’innovation télévisuelle, et à la conférence Net 2000, à Ottawa.

L'ONF

La commissaire Sandra Macdonald quitte l’Office en juin. Elle est honorée par l’Association canadienne de production de film et télévision (ACPFT), qui lui décerne le prestigieux Jack Chisholm Award for Lifetime Achievement.

Le 18 du même mois, Jacques Bensimon est nommé commissaire du gouvernement à la cinématographie et président de l’ONF. Pour lui, c’est un retour à l’Office, puisqu’il y avait travaillé durant plusieurs années à titre de cinéaste, de producteur, de chef du comité de programmation du Programme français et de directeur de la distribution internationale.

Grâce au programme de contenu canadien en ligne, et plus particulièrement au Fonds Mémoire canadienne, l’Office peut moderniser sa distribution en poursuivant la numérisation de sa collection de 10 000 titres. Le Fonds vise à rendre accessibles à la population canadienne les grandes collections du patrimoine culturel du pays, dans les deux langues. Les objectifs de l’Office pour 2001-2004 comprennent, notamment, l’accès à du matériel d’enrichissement numérisé et à des ressources destinées aux jeunes et aux éducateurs par l’entremise du microsite Médiasphère; l’accès à des extraits numérisés de 7 000 films; l’élargissement du banc d’essai de CinéRoute à 2 000 utilisateurs ainsi que l’augmentation des titres offerts sur ce réseau.

L’Office lance un programme de mentorat à l’intention des cinéastes de la relève en organisant des ateliers de maîtres offerts par des documentaristes et des animateurs réputés. Le coup d’envoi est donné par Peter Watkins, réalisateur du film La Commune, et « vedette » de la production L'horloge universelle - La résistance de Peter Watkins, réalisée par Geoff Bowie. Deux autres ateliers suivent : celui de Jean-François Jung, qui réalise Ce que dit la bouche d'ombre à l’ONF en coproduction avec ARTE France, et celui du vétéran de l’ONF Paul Cowan, qui signe cette année Westray, dans lequel il relate la tragédie minière qui a causé la mort de 26 hommes en Nouvelle-Écosse le 9 mai 1992, film qui lui vaudra un prix Génie. Une autre série d’ateliers est planifiée pour l’année 2002. Le premier aura lieu en avril dans le cadre de Vues d’Afrique, avec la réalisatrice africaine Fanta Régina Nacro; Christopher Hinton donnera un atelier sur le cinéma d’animation au Festival du film d’animation d’Ottawa; en septembre, les participants au Festival du film de l’Atlantique profiteront de l’expérience de la cinéaste Alanis Obomsawin, laquelle parlera du rapport entre l’image et le son et de l’importance de l’écoute sur le plan éthique, atelier qu’elle reprendra, en octobre, au Festival international du film de Calgary; à ce même festival, le cinéaste Colin Low donnera un atelier sur les nouvelles technologies et l’évolution du cinéma grand écran; en février 2003, le directeur de la photographie Michel La Veaux transmettra sa passion du métier avec les jeunes cinéastes de Vancouver et, quelques jours plus tard, avec ceux de Moncton.

Les cinéastes qui ont fait leur carrière à l’ONF ont été honorés de plusieurs façons cette année. Alanis Obomsawin a reçu le Prix du Gouverneur général en arts visuels et médiatiques, et elle est aussi devenue la première lauréate du prix-hommage Dr Bernard-Chagnan-Assiniwi, remis au festival Présence autochtone de Montréal. La plus haute distinction du Québec a été décernée, une fois de plus, à un cinéaste de l’ONF; il s’agit du pionnier de l’animation René Jodoin, lauréat du prix Albert-Tessier (cinéma). Anne Claire Poirier a reçu le Prix du Gouverneur général des arts de la scène et le prix Jutra-Hommage, par lequel le Québec a reconnu sa contribution exceptionnelle au développement de la cinématographie.

Au Festival international de programmes audiovisuels (FIPA), à Biarritz, en France, un Euro FIPA d’honneur a été décerné à l’ONF « en reconnaissance de sa production exemplaire et pour être resté, au fil des années, toujours fidèle à un idéal de qualité et d’innovation ».

Les cinéastes et leurs œuvres

Comme toujours, l’ONF aborde des thèmes importants dans ses documentaires. Avec Drug Deals: The Brave New World of Prescription Drugs, les réalisatrices Elise Swerhone et Erna Buffie examinent les avantages de la recherche médicale et les problèmes liés à la mise en marché hâtive des médicaments. Deux films évaluent la politique agricole : dans Quelque chose dans l'air..., Sylvie Dauphinais analyse le haut taux de maladies respiratoires dues à l’augmentation massive de l’usage de pesticides à l’Île-du-Prince-Édouard; avec Bacon, le film, Hugo Latulippe ramène l’ONF à son époque militante en dénonçant la nouvelle industrie du porc au Québec et ses nombreuses conséquences sur l’environnement. Au moment de sa diffusion à Télé-Québec en novembre, Bacon, le film avait déjà suscité autant de débats que les réalisateurs Richard Desjardins et Robert Monderie l’avaient fait en 1999 avec L'erreur boréale.

Et pourtant, Fernand Dansereau donne Quelques raisons d'espérer en avançant que menacé par l’humain, l’environnement sera sauvé par l’humain. C’est en tout cas la conviction de son frère Pierre Dansereau, génie optimiste et sommité mondiale de l’écologie. Pour retracer les temps forts d’une vie aussi foisonnante, le film entraîne le spectateur de la terre de Baffin à la mégapole new-yorkaise, en passant par la Gaspésie et le Brésil.

En quête d’un avenir meilleur, l’exil est devenu une expérience de vie pour beaucoup de gens depuis le siècle passé. Toutefois, ses répercussions peuvent être grandes sur l’état d’âme des individus. C’est ce que démontre John Paskievich dans My Mother’s Village, qu’il a tourné à partir de sa propre expérience comme enfant d’une réfugiée. Pour sa part, Linda Ohama a demandé à Asayo Murakami, âgée de 103 ans, de se rappeler sa vie au Japon, son arrivée au Canada en 1923 à la suite d’une entente de mariage par correspondance, sa détermination de marier l’homme de son choix, le bombardement d’Hiroshima et le déménagement forcé de sa famille au cours de la Deuxième Guerre mondiale. Cela a donné le film très touchant Obãchan’s Garden.

Le Programme anglais a ajouté trois films à sa série Talespinners (Les petits conteurs), une série de courts métrages d’animation pour les enfants de cinq à neuf ans. Tiré d’un livre, chaque film reprend un célèbre conte interculturel qui amène les jeunes à suivre des personnages fascinants et une trame dramatique dynamique. Cette année, ils connaîtront l’araignée qui en avait assez de se faire snober par les animaux de la jungle dans The Magic of Anansi (La magie d'Anansi); ils feront la connaissance d’un enfant très désordonné dans Christopher, Please Clean Up Your Room! (Christopher, je t'en prie, nettoie ta chambre!), et ils assisteront à un beau festival dans Lights for Gita (Des lumières pour Gita).

Internet occupe de plus en plus de place à l’ONF et plusieurs cinéastes sont tentés d’expérimenter ce nouveau médium, soit en réalisant des produits destinés uniquement au Web ou en produisant du matériel en marge du tournage. Par exemple, pendant le Sommet des Amériques, qui a eu lieu à Québec du 20 au 22 avril, sept cinéastes, sous la direction de Magnus Isacsson, ont tourné un documentaire en direct sur les coulisses de l’événement. Coproduit par les Productions Érézi et les Programmes français et anglais de l’ONF, Vue du sommet (View from the Summit) suit des participants et observateurs du Canada, des États-Unis, du Pérou et du Brésil. Fait intéressant, grâce au Web, le public a eu accès en direct au journal de bord de l’équipe de tournage.

Ayant perdu un œil dans son enfance, le cinéaste Denys Desjardins décide de se faire implanter un œil-caméra et de relater son aventure dans Mon œil pour une caméra. La réalisation donne lieu à une première à l’ONF, soit la diffusion publique sur la grande toile d’une « Chronique virtuelle du Ciné-Œil », une aventure interactive multiplateforme qui comprenait également un volet performance et culminait avec la diffusion du documentaire à Télé-Québec.

Salt, acclamé par la critique, a été diffusé sur le Web et sur le grand écran à l’occasion de la Semaine internationale de la femme. Réalisé par quatre jeunes femmes cinéastes d’une école secondaire montréalaise, Salt jette un regard neuf sur la culture des jeunes d’aujourd’hui, vue de l’intérieur.

Le site Internet de l’ONF est restructuré pour mettre notamment en valeur les cyberboutiques et les portails Animation et Documentaire. Plusieurs sites de promotion des films et activités de l’ONF connaissent beaucoup de succès. En tout, une cinquantaine de sous-sites ont été lancés en rafale au cours de l’année et plusieurs réalisations d’envergure ont été élaborées spécifiquement pour le Web : des productions originales telles que la courte animation Being Ben, des séquences attrayantes ou éducatives pour les jeunes, comme Ludovic, une expérience multimédia captivante pour les enfants d’âge préscolaire, et La mission/The Mission, dans lequel des hôtes guident les jeunes internautes sur la voie de découvertes, de jeux interactifs et de jeux-questionnaire.

L'ONF

Dès janvier, le commissaire Jacques Bensimon présente au conseil d’administration, qui l’approuve, son plan stratégique pour la période 2002-2006. Les objectifs de l’ONF pour cette période sont résumés en six énoncés : définir le rôle essentiel de l’ONF dans le paysage audiovisuel canadien et le positionner dans le nouveau contexte de la mondialisation; favoriser le rapprochement entre le public canadien, l’ONF d’aujourd’hui et son patrimoine audiovisuel; refléter davantage et de manière plus pertinente la société canadienne; confirmer le rôle de l’ONF à titre d’incubateur d’excellence et d’innovation; maintenir et développer le capital humain de l’ONF; augmenter de façon significative le rendement sur le capital investi.

L’ONF, qui entend jouer un rôle de leader dans l’espace public mondial, crée l’Unité de coproduction internationale (UCI) pour optimiser ses ressources financières, techniques et créatives et entreprendre des projets d’envergure. Des ententes-cadres sont conclues pour le développement et la coproduction de programmes audiovisuels avec des partenaires tels INA France (Institut national de l’audiovisuel), ARTE, Film Australia et LARK International, un consortium regroupant quatre stations de PBS aux États-Unis. L’UCI participe activement aux diverses étapes de la production des projets : conception, définition de la ligne éditoriale, montage financier, réalisation, diffusion et exploitation. Un des avantages de ces ententes est de donner aux productions de l’ONF un accès à des diffuseurs étrangers. L’Office s’engage dans une vingtaine de coproductions, ce qui représente un volume de près de 27 millions de dollars. L’Unité sera intégrée aux activités régulières des Programmes français et anglais en décembre 2005.

Sur l’initiative de l’ONF, une entente intervient entre le UK Film Council, la British Broadcasting Corporation (BBC) et l’Office pour créer le World Documentary Fund destiné à la production de longs métrages documentaires pour diffusion en salles commerciales. Deux projets sont entrepris grâce à cette entente : Game Over: Kasparov and the Machine (Les jeux sont faits : Kasparov et l'Empire), sur le tournoi d’échecs disputé par Garry Kasparov contre l’ordinateur Deep Blue, et Diameter of the Bomb, sur l’attentat suicide contre le Bus 32 à Jérusalem en juin 2002.

Au fil des ans, dans le but de consolider son image de marque le symbole social de l’ONF a subi quelques modifications. La toute dernière a été conçue par Paprika Communications et a été dévoilée sur la couverture du Rapport annuel 2001-2002. Paprika a d’ailleurs remporté le Grand Prix Grafika 2003 dans la catégorie Rapport annuel pour la conception graphique de ce rapport, et a gagné un prix d’excellence ainsi qu’un prix du jury au prestigieux concours national « Graphex’03 » pour la même réalisation. Quant à la version animée du logo, qui apparaîtra au début de toutes les productions de l’ONF, elle a été confiée au talent des cinéastes d’animation Wendy Tilby et Amanda Forbis.

En novembre, l’ONF inaugure la Médiathèque de Toronto. À la fine pointe de la technologie, la Médiathèque est un centre de diffusion et de consultation ouvert au grand public, qui offre une fenêtre interactive sur la culture et le cinéma canadien. Ce centre comprend des postes de visionnage individuels permettant de voir sur demande des courts et longs métrages de l’ONF, une salle de cinéma, une salle de conférence et un espace multifonctionnel utilisé notamment pour des ateliers d’animation.

Pour une deuxième fois, l’animateur Cordell Barker est sélectionné pour un Oscar® par l’Académie des arts et des sciences du cinéma pour son court métrage Strange Invaders (Tombé du ciel), une pétillante comédie sur l’arrivée inopinée d’un enfant dans la vie paisible d’un couple. Le film récoltera seize prix dont un prix spécial au Festival international d’animation à Hiroshima, au Japon, en 2002. Cordell Barker est l’auteur du fameux The Cat Came Back (Le chat colla...), un classique de l’animation.

Le travail de deux autres cinéastes chevronnés en animation a été couronné de succès. Christopher Hinton a remporté onze prix pour Flux, dont le prix FIPRESCI décerné par la critique au Festival international du film d’animation à Annecy, en France; ce court métrage d’animation fantaisiste parle de la vie, l’entropie et la marche inexorable du temps qui se répercute sur deux générations d’une famille. John Weldon, qui a réalisé The Hungry Squid, l’histoire humoristique d’une petite fille qui vit plusieurs mésaventures avec les animaux, a reçu cinq prix dont le prix Génie décerné au meilleur court métrage d’animation.

Les cinéastes et leurs œuvres

Deux des objectifs du plan stratégique, refléter davantage et de manière plus pertinente la société canadienne, et confirmer le rôle de l’ONF à titre d’incubateur d’excellence et d’innovation, se retrouvent au cœur de la production de l’année. Les initiatives prises par les Programmes français et anglais sont orientées en ce sens et les résultats sont probants, puisque la grande majorité des films sont effectivement réalisés par de nouveaux cinéastes, par des gens issus des communautés culturelles ou des minorités visibles, et les sujets traités touchent l’ensemble de la grande mosaïque culturelle du pays.

Le concours Reel Diversity du Programme anglais, jusqu’alors organisé à une échelle régionale, devient désormais un événement national. Ce concours offre aux cinéastes de la relève issus de minorités visibles la possibilité de réaliser des documentaires diffusés par la suite sur CBC Newsworld. En mai 2002, le Programme français vise le même objectif avec son concours « Nouveaux Regards » grâce auquel trois nouveaux cinéastes verront leur projet devenir réalité.

D’autres initiatives sont mises sur pied afin d’aider les cinéastes de la relève : le projet Hothouse du Studio d’animation du Programme anglais qui invite de jeunes cinéastes à créer un court métrage, le concours de documentaires Picture This organisé en collaboration avec BC Film, et le projet pilote Momentum, qui présente une façon inédite de produire des films de grande qualité à petit budget.

Plusieurs nouveaux cinéastes ont tourné des films remarquables au Programme français. Outre Elisapie Isaac qui a réalisé Si le temps le permet dans le cadre du concours « Cinéaste autochtone », Dan Bigras a signé Le ring intérieur, un documentaire sur des hommes qui pratiquent les arts martiaux ou les combats extrêmes pour canaliser la colère qui les habite. Bruno Boulianne a pu poursuivre l’apprentissage de son métier dans une deuxième œuvre intitulée Des hommes de passage. De leur côté, Karina Goma et Stéphane Thibault ont signé conjointement le film Les justes, et Paul Bossé a réalisé Kacho Komplo, une première expérience dans chaque cas. En animation, cinq premiers films ont vu le jour : Rumeurs, du Groupe Kiwistiti; Les ramoneurs cérébraux, de Patrick Bouchard, Antagonia, de Nicolas Brault; Parfum de lumière, de Serge Clément et Nuit d'orage, de Michèle Lemieux.

Au Programme anglais, plusieurs des premières œuvres sont signées par des cinéastes issus de diverses cultures : dans Bollywood Bound, Nisha Pahuja s’intéresse à l’industrie cinématographique de l’Inde; Earth to Mouth (De la terre à la bouche), de Yung Chang, porte sur la culture de légumes asiatiques; Flemingdon Park: The Global Village, de Andrew Faiz, est un ensemble de logements subventionnés accueillant des réfugiés et des immigrants; Joe, de Jill Haras, trace le portrait de Seraphim « Joe » Fortes, un artiste originaire de la Barbade; The Journey of Lesra Martin, de Cheryl Foggo, raconte comment un jeune illettré a joué un rôle important dans la libération du boxeur Rubin « Hurricane » Carter; Thierry Le Brun s’est demandé quelle était la signification de la devise inscrite sur les plaques d’immatriculation du Québec dans A License to Remember: Je me souviens (Un certain souvenir); Showa Shinzan, de Alison Reiko Loader, est un court métrage d’animation dont l’action se passe au Japon; Solo, dans lequel l’artiste Atif Siddiqi joue son propre rôle.

Deux films traitent du même sujet épineux, soit la lutte qui oppose les Acadiens et les Mi’kmaq de Burnt Church : Ceux qui attendent, réalisé par Herménégilde Chiasson, fait connaître les gens qui vivent ce drame au quotidien, dans ce qui les unit comme dans ce qui les sépare, alors que dans Is the Crown at war with us? (La Couronne cherche-t-elle à nous faire la guerre?), la réputée cinéaste Alanis Obomsawin fouille l’histoire pour replacer les événements dans leur contexte history.

La course effrénée des adultes qui doivent se partager entre famille et travail est le thème abordé par Sylvie Groulx dans L'homme trop pressé prend son thé à la fourchette, sujet d’actualité s’il en est; la réalité des femmes, en particulier, fait l’objet d’un court métrage d’animation humoristique, Fair Phyllis, de Beth Portman; les hommes prennent de plus en plus les enfants en charge et Life with Dad, de Ray Harper, soulève des interrogations sur les notions de paternité et de famille.

L’écologie est aussi un sujet très d’actualité et la réalisatrice Iolande Cadrin-Rossignol propose une rencontre privilégiée avec Hubert Reeves : conteur d'étoiles. Cette personnalité de la communauté scientifique internationale met les gens en garde contre la destruction actuelle que subit la planète et rappelle la responsabilité des humains dans la survie de la Terre.

Il y a beaucoup d’activité sur le site Internet de l’Office. Depuis la création de la Médiasphère, un centre de ressources sur l’utilisation des films de l’ONF en classe, deux sous-sites sont venus s’y intégrer : La crise du cyberterrorisme et Vivre l’histoire, le Canada contemporain. Le site de La mission – Une grande aventure scientifique! s’est enrichi de huit nouvelles activités, alors que Le Cliposcope Ultrabug, exploitant le ludiciel Ez-Toons, élaboré par la compagnie québécoise Sabarkan de Québec, encourage les enfants à inventer leurs propres animations. En 2003, ces deux sous-sites recevront ex æquo un MIM D’OR au Marché international du multimédia de Montréal.

L'ONF

En juillet, l’ONF crée l’Alliance sur la diversité culturelle (ADC), laquelle regroupe les dirigeants des organismes relevant du portefeuille du ministère du Patrimoine canadien. L’ADC a pour but de partager les compétences, ressources et modèles de pratiques en matière de diversité culturelle, ainsi que la mise sur pied d’initiatives communes.

Le même mois, l’ONF met sur pied un Conseil consultatif composé de personnes influentes de milieux connexes à l’Office, dont le mandat est de conseiller le commissaire sur la mise en œuvre du plan stratégique et sur les meilleurs moyens de jouer son rôle au sein des secteurs public et privé. Deux rencontres du conseil ont lieu durant l’année. Les neuf membres qui en font partie apportent un point de vue extérieur et établissent des liens avec les communautés clés.

Le programme d’Aide au cinéma indépendant – Canada (ACIC) fête ses 30 ans d’existence. Créé au Programme français en 1973 sous le nom d’Aide artisanale au cinéma et à la formation, il a comme mandat de permettre à des cinéastes indépendants, dont les projets sont particulièrement novateurs, de compléter la production de leur film. Trois événements ont servi à souligner l’apport de ce programme au fil des ans : le premier hommage a eu lieu lors d’une rencontre-atelier aux Rendez-vous du cinéma québécois, en février, le second à l’occasion des Rencontres internationales du documentaire de Montréal, à l’automne, et finalement trois jours de projections gratuites de films produits grâce à l’ACIC ont clôturé les festivités au Cinéma ONF à Montréal, en décembre. L’équivalent de l’ACIC au Programme anglais, le Filmmaker Assistance Program (FAP) existe lui aussi depuis plusieurs années, sa création remontant à 1980.

Les cinéastes et leurs œuvres

Plusieurs productions témoignent cette année du renforcement de la programmation axée sur les enjeux sociaux et politiques. Les cinq films de la série Mission Arctique, mise en œuvre par Jean Lemire, sensibilisent le public aux conséquences du réchauffement de la planète. Ils connaissent un énorme succès à leur présentation en salle et à la télévision. Pendant six mois, l’équipage du Sedna IV a voyagé dans l’archipel Arctique afin d’étudier ce milieu fragile grandement affecté par les changements climatiques. Le tournage de la série a été suivi en direct sur le Web par les internautes du monde entier et a donné lieu à une aventure interactive virtuelle entre ceux-ci et les membres de l’expédition, ainsi qu’à une mission éducative, des programmes ayant été conçus spécialement pour la clientèle scolaire. La série a été projetée durant le Congrès des Partis (CoP-9), une conférence internationale sur l’accord de Kyoto réunissant quelque 3 000 experts, représentants gouvernementaux et membres d’organisations environnementales. Les seigneurs de l'Arctique, l’un des films de la série, a reçu le Earthwatch Award – la plus haute distinction pour un film à caractère environnemental – durant le Environmental Film Festival à Washington.

Autre sujet important et d’actualité dans tous les pays : l’évacuation des déchets toxiques dans les égouts. Filmé en Italie, en Inde, en Suède, aux États-Unis et au Canada par Jeff McKay, le documentaire Crapshoot: The Gamble with Our Wastes fait le tour de la question. Les jeunes cinéastes sont préoccupés eux aussi par l’environnement, à preuve le court métrage System Error, d’Anouk Préfontaine, une critique mordante de la commercialisation de l’eau.

Éveiller les consciences et bousculer les idées reçues, c’est ce que l’ONF fait également avec, entre autres, No Place Called Home, dans lequel Craig Chivers relate les difficultés éprouvées par une famille nombreuse cherchant à se loger convenablement. Teaching Peace: In a Time of War, de Teresa MacInnes, raconte la création d’un organisme pour la paix par une mère dont le fils est décédé, victime d’un acte de violence à l’école. La société est en profonde mutation, et ce changement se fait sentir dans les relations hommes-femmes, sujet du documentaire provocateur Women and Men Unglued (Elle et lui aujourd'hui) tourné par Katherine Gilday avec les célibataires urbains de la génération X. Par ailleurs, avec le DVD Médiation de quartier : deux expériences citoyennes, le cinéaste Stéphane Drolet porte un regard sur les différentes étapes liées à l’implantation de projets pilotes axés sur une approche dynamique dans la résolution de conflits.

Deux autres documentaires, Totem: The Return of the G’psgolox Pole (Le totem d'origine de G'psgolox), de Gil Cardinal, et Kainayssini Imanistaisiwa – The People Go On, de Loretta Sarah Todd, ont donné lieu à de nombreux échanges sur la place et le rôle des populations autochtones du Canada. Ces soirées-débats ont été organisées en partenariat avec le Musée canadien des civilisations, le Musée des beaux-arts du Canada et la First Nations House of Learning, sur les questions relatives au rapatriement des artefacts autochtones dans les musées et galeries. Toujours aussi engagée, la cinéaste Alanis Obomsawin montre, dans Our Nationhood (La survie de nos enfants), la détermination des Autochtones à gérer les ressources naturelles de leur territoire.

Les productions visent aussi à informer le public de ce qui se passe au pays et dans le monde. La cueca sola, par exemple, ramène la cinéaste Marilù Mallet dans son pays natal, le Chili, où les femmes dansent maintenant seules la cueca, puisqu’elles sont sans partenaires, des milliers d’hommes ayant disparu ou ayant été exécutés après le coup d’État de 1973. The World Stopped Watching (Le monde a cessé de regarder), la suite du documentaire The World is Watching produit en 1988, suit le retour au Nicaragua du cinéaste Peter Raymont déterminé à savoir ce qu’il est advenu de ce pays duquel les médias se sont désintéressés. Sélectionné dans plusieurs festivals, le film a remporté une Mention d’honneur – catégorie : Guerre et paix, au Columbus International Film and Video Festival (Worthington, États-Unis), ainsi que deux Mentions spéciales au FIPA à Biarritz.

La politique canadienne fait également l’objet d’interrogations, et avec Les héritiers du mouton noir, le cinéaste Jacques Godbout a retrouvé cette année les protagonistes de son film Le mouton noir (1992) pour discuter avec eux comment ils envisageaient maintenant l’avenir du pays. Le débat sur ce sujet et sur plusieurs autres est ouvert à tous et à toutes sur le site Internet de l’ONF avec la section consacrée à Parole citoyenne, un espace de participation démocratique animé du même esprit que le programme Société nouvelle/Challenge for Change l’était trente ans auparavant. Depuis septembre, des cinéastes, des professionnels de divers milieux et des gens du public y échangent sur des sujets aussi divers qu’être citoyen au 21e siècle, vivre sa différence en tant que gai, la situation des enfants et du système d’éducation.

Un autre lieu de rencontre, en plein cœur de Montréal celui-là, est le Marché Jean-Talon, le plus grand marché public à ciel ouvert en Amérique du Nord et véritable métaphore du nouveau visage multiculturel du Québec. Pendant six mois, Jean-Philippe Duval et Hélène Choquette ont filmé au naturel les personnages chaleureux et authentiques qui peuplent cet univers coloré. La série de six épisodes a reçu deux prix Gémeaux pour la meilleure série documentaire et le prix du Multiculturalisme. Un autre film, Le cabinet du docteur Ferron, a été honoré aux Gémeaux en recevant le prix du meilleur documentaire culturel. Le cinéaste Jean-Daniel Lafond livre un portrait du fondateur du Parti rhinocéros Jacques Ferron, un être contestataire, humaniste, profondément engagé dans les luttes d’une société qu’il a tenté de rendre meilleure.

En multimédia, les séries Cinéweb ONF du Programme français et Webworks du Programme anglais permettent aux cinéastes de la relève de réaliser pour Internet, à très peu de frais, de courts films d’animation novateurs sur des sujets sérieux ou drôles. La cuvée de cette année a produit Flip, de Luigi Allemano, Mémoire, de Catherine Lafortune, Mount Real, de David Abu Bacha et James Richards, Pulse, de Marie Renaud, et Whiskey Oblivion, de Paul Morstad.

La plateforme de courts métrages Silence, on court!, développée à Radio-Canada, est maintenant hébergée sur le site Internet de l’ONF. On y diffuse plus de 250 films ainsi que des webzines originaux. Il s’agit de la seule plateforme francophone consacrée à la diffusion du court métrage au Canada. Le taux de fréquentation annuel est de plus de 200 000 visionnages, et ce taux est en constante progression.

Recherche et applications technologiques

Sur le plan technologique, le projet de recherche sur le développement d’un banc de test sur l’indexation et la recherche, basée sur le contenu de documents audiovisuels utilisant la norme MPEG7, a été réalisé avec succès en partenariat avec le Centre de recherche informatique de Montréal (CRIM) et l’Université McGill, avec l’aide financière de CANARIE (Réseau canadien pour l’avancement de la recherche, de l’industrie et de l’enseignement). L’objectif du projet est d’améliorer l’indexation des films de l’Office afin qu’ils puissent être recherchés par des éléments de contenu audiovisuel tels la reconnaissance faciale, le mouvement, la reconnaissance vocale et le regroupement sémantique. Une présentation relatant l’expérimentation et les résultats du projet a été faite à la conférence internationale Internet Imaging V de la SPIE (The International Society for Optical Engineering) en janvier, à San Jose, Californie.

Avec la copie DVD, l’ONF a mis en place la première phase d’un modèle évolutif, souple et intégré de production automatisée de DVD à la demande, répondant spécifiquement à ses besoins. La prochaine phase offrira le sous-titrage pour malentendants des titres produits depuis 1990, et éventuellement les pistes sonores Dolby 5.1 des titres récents.

En matière de production, l’ONF a innové avec le court métrage June. Cette production est une installation d’animation stéréoscopique née d’une collaboration avec le Musée des beaux-arts de l’Ontario. Le réalisateur Munro Ferguson recourt à la technologie SANDDE (Stereoscopic Animation Drawing Device), mise au point par la Corporation IMAXMD, laquelle donne à l’animateur la possibilité de dessiner dans l’espace à l’aide d’une baguette. June est une nouvelle forme d’art, un hybride de dessin et de sculpture auquel on a incorporé du son et du mouvement. C’est aussi un nouveau média « cinématographique », puisque la création, la production et la livraison se font entièrement en numérique.

L'ONF

Dans le Rapport annuel de l’année financière 2004-2005, le message du commissaire Jacques Bensimon est un véritable plaidoyer adressé au gouvernement en faveur d’une augmentation du budget alloué à l’ONF. Depuis 1995, les fonds ont été réduits de 32 %, comparativement à une diminution de 6 % et de 18 % respectivement pour Téléfilm Canada et Radio-Canada durant la même période.

Certes, l’Office aide la jeune génération à prendre la parole en lui offrant plusieurs programmes, comme Hot House et Momentum, qui fournissent aux artistes émergents un milieu créatif et stimulant. Il travaille aussi avec d’autres institutions pour des programmes comme Déclic, ou First Stories, créé par le Programme anglais en partenariat avec CBC, Film Manitoba et Téléfilm. Grâce à cette collaboration, quinze jeunes cinéastes autochtones du Manitoba ont participé à une semaine intensive d’ateliers pratiques en cinéma documentaire. En Colombie-Britannique, le projet Our City, Our Voices a ouvert des horizons nouveaux aux jeunes cinéastes autochtones et à leur communauté. Au Québec, le studio du Wapikoni mobile, conçu conjointement par l’ONF et la cinéaste Manon Barbeau, des Productions des Beaux jours, est allé à la rencontre de jeunes Autochtones des nations atikamekw, anishinabe et montagnaise, qui ont pu s’initier aux technologies numériques, produire leurs premiers films et partager ainsi des visions de leur univers. À peine éclose, l’aventure accouchait d’un pendant urbain, Vidéo Paradiso, qui lui, a ouvert les portes de la création à des jeunes de la rue, à Montréal et à Québec.

Mais parallèlement à tout ce travail de mentorat, l’Office doit explorer les nouvelles voies offertes par l’e-cinéma, la numérisation des images liées à Internet, la propagation rapide de l’utilisation du satellite et de la téléphonie comme moyens d’atteindre la population. À l’heure où la distribution est plus que jamais dominée par les grandes compagnies américaines, l’affirmation culturelle du pays exige de prendre en mains un réseau de distribution numérique. Grâce à une collaboration avec Daniel Langlois, l’Office a pu jeter les bases d’un réseau d’e-cinéma qui permettrait au Canada de suivre les traces de pays comme la Grande-Bretagne, l’Irlande, la Chine et le Brésil. Mais les choses progressent lentement, faute de moyens. En attendant les fonds suffisants pour établir un réseau numérique fonctionnel, mais en se tenant prêt pour ce moment crucial, l’ONF produit de plus en plus de films en haute définition et entreprend la diffusion de ses œuvres en DVD.

En avril, en collaboration avec Téléfilm Canada, l’ONF organise le premier Sommet sur les politiques régissant le documentaire, dans le cadre du Festival canadien Hot Docs. À cette occasion, il est notamment décidé d’entreprendre un ambitieux programme de recherche dans le but de mieux connaître la place et la performance du documentaire au Canada. Le programme examinera divers aspects, dont la performance économique, le financement et les auditoires. Les résultats des travaux seront présentés à l’occasion du deuxième Sommet, qui aura lieu en avril 2005.

Au mois de mai, quatre films de l’ONF représentent le Canada à Cannes, dont le film-choc Ce qu'il reste de nous, de François Prévost et Hugo Latulippe, qui a suscité un large débat dès sa sortie. Tourné sur le territoire du Tibet à l’insu des autorités chinoises, ce documentaire montre la réaction des Tibétains au message vidéo que leur adresse leur chef spirituel, le dalaï-lama, par le truchement d’un ordinateur.

Deux autres films, sélectionnés par l’Académie des arts et des sciences du cinéma, ont beaucoup fait parler d’eux, mais sur un tout autre registre. Dans Hardwood (Rebond), le cinéaste Hubert Davis, fils de l’ancien joueur de basketball Mel Davis, des Harlem Globetrotters, explore les conséquences des décisions de son père sur sa vie. Quant à Ryan, de Chris Landreth, il est inspiré de la vie de Ryan Larkin, un animateur qui trente ans auparavant avait réalisé à l’ONF des œuvres d’animation les plus marquantes de son époque. En quelques mois, ce film a récolté plus d’une quarantaine de prix dans des festivals canadiens et étrangers, dont le Oscar® du meilleur court métrage d’animation. Il s’agit du onzième Oscar® au palmarès de l’ONF.

Le milieu audiovisuel québécois a souligné l’importante contribution de l’ONF à la popularité croissante du documentaire, en décernant le titre « Personnalité de l’année », catégorie cinéma, à son président, Jacques Bensimon, et à l’équipe du documentaire du Programme français.

Trois sous-sites Internet ont aussi récolté des honneurs. Celui de Mission Arctique a reçu le prix Gémeaux du meilleur site, tandis que celui d’Engrenage a obtenu le Grand Prix et le Prix de la catégorie Art et culture de l’édition 2004 des prix Boomerang décernés par les Éditions Infopresse. Le site Coucou a, quant à lui, récolté un prix Boomerang dans la catégorie Jeunesse.

En décembre, l’International Documentary Association a honoré Alanis Obomsawin pour son importante contribution au cinéma documentaire international, en lui remettant un Pioneer Award à l’occasion d’une soirée mémorable. William Greaves, un cinéaste ayant appris le métier à l’ONF avec l’équipe de cinéma vérité, a également reçu un Career Lifetime Achievement Award au cours de cette soirée.

L’ONF est un organisme bilingue et, cette année, une Mention d’honneur pour sa remarquable contribution à la promotion du français lui a été décernée par l’Office québécois de la langue française, à la suite de l’élaboration d’un guide sur les normes d’écriture en français, destiné au personnel.

Les cinéastes et leurs œuvres

Quatre-vingt-cinq pour cent des œuvres produites au cours de l’année portent sur de grands enjeux sociaux. Un film audacieux, Zéro tolérance, de Michka Saäl, sur les relations entre policiers et groupes minoritaires dans une grande ville, a provoqué beaucoup de réactions à sa présentation durant la Semaine d’actions contre le racisme et à sa sortie en salle. La politique étrangère a souvent des répercussions au Canada, et Discordia, de Ben Addelman et Samir Mallal, couvre les événements survenus en septembre 2002 à l’Université Concordia de Montréal, alors que la visite de Benjamin Netanyahu suscitait la controverse. Ce document, qui pose un regard unique sur le conflit palestino-israélien, a été présenté dans 17 universités canadiennes et dans des salles de cinéma parallèles, suscitant de multiples débats.

Un autre documentaire qui a beaucoup fait réagir le public et le monde médical est celui de Lina B. Moreco sur les conséquences dramatiques de l’acharnement thérapeutique sur les nouveau-nés. Grâce aux courageux témoignages de quelques médecins et thérapeutes, et à la bouleversante prise de parole de parents dévoués, Médecine sous influence dénonce le manque de soutien accordé à ces petits « miraculés » de la science, plus ou moins abandonnés à leur sort à la sortie de l’hôpital. Un autre sujet sur la santé, l’obésité chez les jeunes, a fait l’objet d’un défi lancé à partir du film The Weight of the World (Le poids du monde), de Glynis Whiting. Il a connu un succès immédiat auprès des professeurs, des étudiants et des écoliers. À l’aide d’une trousse d’accompagnement, d’un site Web, et après s’être inscrits au défi, les jeunes ont pu découvrir leur univers alimentaire avec des activités pratiques d’analyse de leur quotidien, lesquelles ont donné des résultats souvent étonnants. Plus de 255 écoles et environ 46 000 étudiants ont participé à ce projet.

Un autre documentaire, The Ties that Bind, a été appuyé par un site Web tout au long de l’année qui a précédé son lancement, ce qui a permis de créer une véritable communauté autour de deux questions primordiales : Que se passe-t-il lorsqu’un jeune adulte qui souffre de déficiences graves exprime le souhait de quitter le domicile familial pour vivre de façon autonome? Et comment les parents de ces enfants planifient-ils la transition?

Les événements historiques marquants peuvent-ils nous mettre sur le chemin du sacré? Pour le jury du Festival international du film de Toronto, la réponse fournie par Velcrow Ripper dans ScaredSacred en fait l’un des dix meilleurs films canadiens de l’année. Ce long métrage documentaire entraîne le spectateur par le biais d’un pèlerinage stupéfiant vers les endroits les plus dévastés de la planète en quête d’histoires chargées d’espoir et de sens.

Le prestigieux prix Canada, remis dans le cadre des Gemini Awards, a été attribué à Cosmic Current, de Anand Ramayya, l’histoire de Penumaka Dasaratha Ramayya, aussi connu sous les noms de Ray, Jay Ran, Ramu et Père. Une aventure interculturelle qui montre comment ce réalisateur unique en son genre est devenu qui il est et comment il en est arrivé à cette singulière approche du cinéma et de la vie.

Le cinéaste Yves Dion s’est intéressé, lui, à ce que vivent deux familles d’immigrés, Les Elias et les Petrov ...pendant sept ans. Respectivement réfugiés du Guatemala et de la Bosnie, ils s’installent à Sherbrooke, où débute la chronique de leur adaptation à la culture du pays d’accueil. Alors que le Québec vit à l’heure du référendum de 1995 et se questionne sur sa propre destinée, ceux qui ont fui leur pays d’origine déchiré par la dictature ou la guerre doivent apprivoiser une réalité qui ravive d’anciennes blessures.

La mise en valeur des traditions et des cultures autochtones repose sur la sauvegarde des connaissances et la réappropriation par les peuples de leur propre histoire. À l’ONF, le travail accompli avec la relève autochtone et inuite donne d’excellents résultats, comme en témoigne Inuuvunga - Je suis Inuk. Je suis vivant. Encadrés par trois professionnels, à quelques mois de la fin de leurs études collégiales, huit jeunes prennent la caméra et offrent un portrait résolument contemporain de la vie dans le Nord canadien. Two Worlds Colliding relate la tragique histoire d’Autochtones abandonnés par des policiers à - 20 °C dans un champ en banlieue de Saskatoon et les tensions profondes qui marquent les relations entre les deux communautés. Pour réaliser Being Caribou, l’écologiste Leanne Allison et le biologiste de la faune Karsten Heuer ont suivi un troupeau de 120 000 caribous à pied, sur 1 500 kilomètres de toundra arctique accidentée. L’enjeu : l’habitat fragile du troupeau qui risque d’être dévasté si les projets d’exploitation pétrolifère et gazifière proposés sont mis de l’avant dans les terrains de mise bas situés dans l’Arctic National Wildlife Refuge, en Alaska. Caribou Kayak documente les techniques de construction d’un kayak utilisé par les Innus pour la chasse au caribou, que seuls deux anciens savent encore construire. Through These Eyes ramène une série de films éducatifs sur les Inuits Netsilik de Pelly Bay, coproduite avec un organisme américain dans les années 1960, mais qui avait été très vite retirée des écoles et soumise à l’examen d’un comité sénatorial à cause de la « différence » dans les valeurs dont faisaient preuve les sujets de ces films. Healing at Lac Ste. Anne nous fait découvrir le plus grand pèlerinage du genre sur le continent nord-américain, qui chaque année rassemble plus de 40 000 Autochtones dans le nord de l’Alberta.

Avec Histoire de sable, Hyacinthe Combary, immigrant québécois venu du Burkina Faso, a jeté un pont entre les Autochtones de la nation atikamekw, dont il explore les traditions animistes, et son ethnie d’origine, les Gourmantchés. Des cinéastes comme Tahani Rached, avec Soraida, une femme de Palestine, et Hagop Goudsouzian, qui a signé Mon fils sera arménien, ont aussi contribué à élargir la perspective sur le monde.

Les films d’animation connaissent un remarquable regain de popularité et sont toujours très appréciés du public et dans les festivals. À Cannes, cette année, Accordéon/Accordion, de Michèle Cournoyer, était le seul film canadien en compétition, toutes catégories confondues, alors que L'homme sans ombre, de Georges Schwizgebel, y était aussi présenté. Louise, d’Anita Lebeau, a reçu le prestigieux prix Hiroshima au Festival international d’animation de Hiroshima, tandis que Nuit d'orage, de Michèle Lemieux, a récolté pas moins de dix prix, au Canada, aux États-Unis, en Corée et au Japon.

Le site Internet de l’Office joue plus que jamais un rôle essentiel. Cette année, les séances de l’utilisateur ont enregistré une hausse de 25 % alors que les sous-sites Parole citoyenne et son pendant anglophone CitizenShift, lancé à l’automne, sont devenus des lieux d’échanges et de débats très animés. Le site Web Engrenage, par lequel les œuvres de jeunes auteurs sont diffusées, a obtenu le Prix Boomerang 2004 de la meilleure réalisation interactive et multimédia du Québec.

L'ONF

Le 25 avril, a lieu le second Sommet annuel sur la politique du documentaire, organisé par l’ONF, Téléfilm Canada et le Fonds canadien pour la télévision. L’événement attire plus de 100 documentaristes, des responsables des politiques et de la programmation ainsi que des distributeurs. Ensemble, ils élaborent un plan d’action en vue d’harmoniser les programmes et les politiques qui appuient la production de films documentaires canadiens. Plusieurs éléments importants font l’objet d’un large consensus, à commencer par la création d’un Fonds pour la production et la distribution de documentaires en salle. On souligne aussi que les délais de soumission, les critères d’acceptation et les exigences vis-à-vis des projets adoptés devraient être harmonisés afin de simplifier le travail des producteurs et d’assurer un suivi des objectifs fixés.

Les pourparlers autour du plan d’action se poursuivent au Sommet de Banff, en juin. C’est aussi à cette occasion qu’est annoncée la création du Fonds ONF/Documentary Channel, dans lequel chacun des partenaires a affecté 400 000 $, somme consacrée à la production de longs métrages documentaires destinés aux salles.

L’année a marqué pour l’ONF un tournant décisif dans la production d’œuvres audiovisuelles pour de nouvelles plateformes de diffusion, ce qui lui a valu d’être considéré comme un leader mondial dans ce domaine au Festival de Cannes. En effet, dans le cadre du projet Shorts in Motion, réalisé en partenariat avec la Fondation Bravo!FACT, de CHUM Television, quatre cinéastes ont réalisé dix mobimétrages pour téléphones cellulaires : deux d’entre eux, I’m Sorry et Phone Call from Imaginary Girlfriends, étaient en nomination pour le meilleur contenu aux Mobile TV Awards du MIPCOM 2005.

En partenariat avec la BBC et la Korean Broadcasting Commission, l’ONF a aussi lancé un appel de projets d’œuvres d’animation pour des plateformes mobiles, dans le cadre d’un nouveau concours international intitulé « Content 360 ». L’événement est organisé par le MIPTV/MILIA, le plus grand marché mondial de contenus audiovisuels et numériques, où les finalistes iront défendre leur projet.

Durant l’été, à l’occasion du concours pancanadien de films d’animation pour le Web, In Vivo : vues sur la diversité, organisé par l’ONF en collaboration avec un éventail de partenaires du secteur privé, 4 700 internautes ont voté pour leur film préféré. Le lauréat, Olivier Breton, a pu se rendre à l’Expo universelle d’Aichi, au Japon, où son film, Sagesse de la diversité/Wisdom of Diversity a été diffusé au Pavillon du Canada, tout comme celui des quatre autres finalistes.

Tous ces moyens modernes de diffusion peuvent aussi servir à nourrir le rapport des jeunes à l’histoire. Dans cette optique, l’ONF a organisé le concours Faites des courts, pas la guerre! Près de 300 jeunes de 15 à 25 ans ont répondu à l’invitation de produire un court métrage porteur d’un message de paix. Pour les aider dans leur projet, ils avaient accès, notamment, à des images de la Première Guerre mondiale accessibles sur le site Images d’une guerre oubliée, mis en ligne grâce à une contribution du Fonds Mémoire de Patrimoine Canada.

La popularité des différentes initiatives de formation et des concours lancés par l’ONF, seul ou en collaboration avec des partenaires des secteurs public et privé, et la qualité des œuvres qui en découlent confirment la pertinence de tels programmes pour appuyer les cinéastes de la relève, spécialement les jeunes Autochtones et ceux issus des communautés culturelles. Cette année, Momentum, First Stories, Hothouse, le Programme de partenariat interministériel pour les communautés de langue officielle (PICLO) entre l’ONF et Patrimoine canadien, les ateliers Doc Shop, le projet Our City, Our Voices auxquels s’ajoutent les ateliers de maître de Jacques Drouin et Paul Cowan, sont autant de moyens de façonner une cinématographie accessible au plus grand nombre d’artistes au pays.

Les cinéastes et leurs œuvres

Les défis auxquels doit faire face l’Unité de coproduction internationale sont nombreux, dont celui de travailler avec des partenaires de différents fuseaux horaires. Malgré tout, plusieurs projets ont abouti cette année. Le dernier trappeur, coproduit avec la compagnie française MC4 et TF1, Pandora Film Produktion (Allemagne), Mikado (Italie) et les Productions Jean-Marc Henchoz SA (Suisse), a connu un retentissant succès en France, où il a fait 2,2 millions d’entrées. Lancé cette année, War Hospital n’est qu’un des nombreux fruits des liens de plus en plus étroits de l’ONF avec la Japan Broadcasting Corporation (NHK). Diameter of the Bomb est né du travail avec le UK Film Council et la BBC, alors que Prisonniers de Beckett n’aurait pu voir le jour sans l’effort concerté de l’ONF, de Quatre par Quatre Films et des partenaires français A.D.R. Productions. Tournés en haute définition, les cinq films de la remarquable série La planéte miracle sont le résultat d’un important partenariat entre l’ONF et NHK, la télévision publique japonaise. Tabac, la conspiration sillonne trois continents et révèle les dessous de la lutte aux parts de marché menée par les géants de l’industrie. Coproduit avec 13 Productions et Arte France, They Chose China (Des G.I.'s qui ont choisi la Chine) fait découvrir l’histoire méconnue de 21 soldats américains qui, au lendemain de la guerre de Corée, ont choisi de rester en Chine. L’ONF, les producteurs européens Folimage et Ciclope Filmes, et une foule de partenaires dont le ministère de la Culture français, Arte France et le Centre national de la cinématographie ont ensemble rendu possible la production d’Histoire tragique avec fin heureuse, réalisée au moyen d’une technique de gravure toute particulière.

Signe des temps, de nombreux cinéastes ont tourné leurs caméras vers les zones troubles de l’adolescence et de l’entrée dans la vie adulte. Pour Histoire d'être humain, Denys Desjardins s’est immergé pendant un an dans le quotidien de la polyvalente Saint-Henri, dans un quartier défavorisé de la métropole québécoise. Dans Le méchant trip, Ilan Saragosti accompagne deux jeunes en dérive entre Montréal et Vancouver, alors qu’Elizabeth St. Philip, elle, suit le parcours difficile de trois jeunes femmes en quête de célébrité dans Breakin’ In: the Making of a Hip Hop Dancer. Avec Au nom de la mère et du fils, couronné par le Jutra de la relève, Maryse Legagneur brosse un portrait du quartier Saint-Michel, à Montréal, où l’on suit pas à pas deux jeunes d’origine haïtienne dans leur quête d’espoir et de liberté.

Les 9-12 ans et leurs professeurs ont de leur côté accueilli avec enthousiasme la série Moi, je fais de l'art, six courts métrages déconstruisant les techniques de création d’artistes canadiens mondialement reconnus, dont Emily Carr, Marcelle Ferron et Ron Noganosh. Sur le site de l’ONF, les enseignants et les parents peuvent trouver, en lien avec chaque film, des activités qui initient les enfants aux techniques utilisées par les artistes et une série de ressources pour pousser plus loin les découvertes.

Les cinéastes issus des communautés culturelles ont véritablement pris leur place au sein de l’ONF. Germán Gutiérrez a remporté le Prix du public au Festival du nouveau cinéma de Montréal avec Qui a tiré sur mon frère?, un documentaire politique qui dévoile ce qu’est devenue la Colombie, ce pays où le militant Oscar Gutiérrez, frère du cinéaste, a été victime d’un attentat. La jeune réalisatrice d’origine turque Eylem Kaftan, dans Vendetta Song, s’est lancée sur la piste des meurtriers de sa tante, laquelle, trente ans auparavant, avait refusé d’épouser en secondes noces l’homme choisi pour elle. Me and the Mosque (Une femme dans la mosquée) est un questionnement de Zarqa Nawaz sur l’espace réservé aux femmes dans les mosquées nord-américaines. L’univers quasi secret des joueurs de cricket d’origine asiatique et antillaise, à Toronto, est dévoilé dans Cricket and the Meaning of Life, de Sanjay Talreja.

La production de l’année a également confirmé la vitalité de la cinématographie autochtone. Plusieurs voix se sont ajoutées à celle de la pionnière Alanis Obomsawin, qui cette année a réalisé Sigwan, l’histoire touchante d’une petite fille conseillée par les animaux de la forêt. Dans Mohawk Girls, Tracey Deer fait partager les questionnements et les doutes de trois adolescentes tiraillées entre les liens profonds qui les unissent à leur communauté et un désir d’émancipation. Avec My Father, My Teacher, de Ken Malenstyn et Dennis Allen, les conversations entre ce dernier et son père sont révélatrices des liens complexes et des tensions qui entourent la transmission d’un héritage profondément enraciné dans la tradition inuvialuit. The Gift of Diabetes raconte comment cette maladie endémique chez les Autochtones est devenue pour O. Brion Whitford l’occasion d’un retour aux sources culturelles et d’une reprise en main de sa vie; en quelques mois, lui et son coréalisateur John Paskievich ont reçu plusieurs prix pour leur long métrage, dont le Best Public Service Award du Annual American Indian Film Festival, qui avait lieu à San Francisco en novembre.

Les nouveaux outils informatiques continuent de favoriser le retour en force des œuvres d’animation. Sans paroles, Tête à Tête à Tête, de Marv Newland, rend son message sur la résolution de conflits accessible à tous les publics. Patrick Bouchard met des images poignantes sur la terrible histoire racontée par la chanson Dehors novembre du défunt groupe les Colocs. Tower Bawher, de Theodore Ushev, entraîne le spectateur dans une course folle à travers les pages d’un chapitre important de l’art moderne, le constructivisme russe. Produit en collaboration avec plusieurs syndicats canadiens et le ministère des Ressources humaines et Développement des compétences du Canada, Invasion of the Space Lobsters (L'invasion des crustacés de l'espace), de Janet Perlman, traite avec humour des problèmes causés par la langue de bois qu’affectionnent certains bureaucrates ou politiciens. Mind Me Good Now! (Fais bien attention!), de Chris Cormier et Derek Cummings, met en images la version antillaise de la fable bien connue de Hansel et Gretel.

La diffusion des films

L’année a été marquée par l’émergence d’un nouveau phénomène, celui de l’organisation par des particuliers, dans leurs salons, de visionnages de films de l’ONF, auxquels ils convient voisins et amis. Cette pratique est calquée sur les clubs du livre et favorisée par le passage au numérique et l’arrivée graduelle des équipements de cinéma maison. Cette tendance est nourrie par le resserrement des liens entre l’ONF et les communautés partout au pays, et par le sentiment d’appartenance développé par des membres du Cinéclub ONF, qui compte plus de 32 000 membres répartis entre 36 % de francophones et 64 % d’anglophones. Les adhérents reçoivent notamment le dépliant Focus et sont donc rapidement mis au courant des dernières nouveautés et activités de l’Office, et peuvent assister à certains lancements et visionnages organisés dans tous les coins du pays.

L'ONF

L’année 2006 marque le 65e anniversaire de l’animation à l’ONF, et c’est l’occasion de faire redécouvrir au monde entier l’œuvre du grand créateur Norman McLaren, le fondateur du premier studio consacré à l’animation à l’Office. Une compilation entièrement remastérisée de 13 de ses œuvres qui, ensemble, ont récolté 72 prix internationaux, est présentée au Festival de Cannes où, pour la première fois, l’animation prend la vedette de la section Cannes Classics. Quelques mois plus tard, le même programme est offert à Los Angeles, dans le cadre d’un hommage organisé par l’Académie des arts et des sciences du cinéma.

Mais c’est à Montréal, durant le Festival du nouveau cinéma, en octobre, qu’a lieu la première mondiale de Norman McLaren - L'intégrale, une filmographie du maître du cinéma expérimental réalisée par Éric Barbeau. L’événement sera suivi d’une tournée internationale qui débutera au Centre Georges-Pompidou, à Paris, et se poursuivra dans une vingtaine de grandes villes européennes, canadiennes et américaines. Pour le travail exceptionnel de restauration des films de cette intégrale, l’ONF reçoit le Focal Award for Archive Restoration or Preservation Project (prix Focal pour un projet de restauration ou de préservation de matériel d’archives) décerné par la société londonienne Focal International (Federation of Commercial Audiovisual Libraries International).

À Cannes, l’ONF et les responsables du Festival finalisent l’entente statuant que, chaque année, le lauréat de la Palme d’or du court métrage recevra le prix Norman-McLaren doté d’une bourse et assorti d’une offre optionnelle de distribution internationale ou de coproduction de la prochaine œuvre de l’artiste. Dans le même esprit de stimuler la création d’œuvres d’animation et grâce à l’appui du Fonds Mémoire canadienne, l’Office lance le site Objectif Animation et démarre le concours « Anime tes clics! », grâce auquel près d’un millier de jeunes âgés de 9 à 20 ans s’initient à la technique de la pixillation chère à McLaren. À l’aide d’un appareil photo numérique ou d’un cellulaire, 170 d’entre eux soumettent une œuvre originale. Une autre démarche innovatrice de l’ONF en vue de faire découvrir l’animation, aux enfants de 5 à 8 ans cette fois, est La maison de Chanima, un site conçu en collaboration avec des enseignants, les responsables de l’animation auprès des enfants à la Médiathèque et à la CinéRobothèque et le Groupe de recherche sur les jeunes et les médias de l’Université de Montréal.

En animation toujours, une entente conclue en octobre avec l’Inuit Broadcasting Corporation, appuyée par l’Aboriginal Peoples Television Network (APTN), le Banff Centre, le National Screen Institute (NSI), Nunavut Film et le gouvernement du Nunavut, permet la création du Nunavut Animation Lab. Cette nouvelle initiative vient compléter l’éventail des programmes soutenus ou mis sur pied par l’ONF et spécifiquement destinés aux cinéastes autochtones, comme First Stories, Yukon Vérité, ou encore le Wapikoni mobile.

Au MIPCOM, à l’automne, l’ONF lance trois projets d’envergure, dont Connected, une première série de 8 mobimétrages de 60 secondes pour plateformes mobiles à l’intention des jeunes du primaire et du secondaire, réalisés avec Discovery Channel, NHK et Film Australia, partenaires du World Educational Consortium. Toute la richesse des fonds d’archives respectifs a été mise au service de la production de ces vignettes sans paroles, qui soulèvent les questions éthiques essentielles posées par la science moderne. C’est aussi au MIPCOM que l’ONF présente en première mondiale The Art of Seduction, série de dix microfilms réalisés par des cinéastes de partout au Canada et produits en collaboration avec Bravo!FACT de CHUM Television et marblemedia de Toronto. La qualité intrinsèque des œuvres de la série, signées par des personnalités, des cinéastes et des artistes connus, et l’avant-gardisme du projet lui ont valu le prix Best Made Mobile Video Service, décerné par la prestigieuse Groupe Speciale Mobile Association (GSMA). L’ONF présente aussi en avant-première deux courts métrages de la série Confessions, coproduite avec Film Australia, histoires intimes faites de secrets, de mensonges, de mystères et de révélations.

En décembre, la fin du Plan stratégique 2002-2006 coïncide avec celle du mandat du commissaire Jacques Bensimon, lequel quitte l’ONF le 17. Claude Jolicœur, directeur des Relations d’affaires et services juridiques, assurera l’intérim durant les six mois suivants.

Les cinéastes et leurs œuvres

Où vivons-nous? Dans Radiant City, les regards croisés que portent Gary Burns et Jim Brown sur les banlieues en constante expansion repoussent les limites du documentaire conventionnel et obligent à réfléchir sur ce qui sous-tend les choix de vie collectifs. D’un genre bien différent, mais témoignant de préoccupations somme toute voisines, WAL-TOWN The Film (WAL-TOWN le film), signé Sergeo Kirby, dissèque l’impact de la présence de ces magasins dans les communautés à travers la tournée effectuée par 6 jeunes militants dans 36 des magasins de la chaîne au Canada, pour sensibiliser la population à ces questions.

Un projet filmique intéressant, The Point, a été réalisé dans un milieu multiracial. Encadrés par des réalisateurs et des scripteurs, les participants ont été invités à collaborer à la création de personnages, à la production du scénario et à l’interprétation du film. The Point est une façon unique de présenter la réalité d’adolescents aux prises avec des difficultés qui leur sont propres. Mais plus qu’une difficulté, c’est un véritable drame qu’ont vécu des jeunes lorsqu’ils sont devenus aveugles. Pour le tournage de Acting Blind, le cinéaste Martin Duckworth a créé un climat de confiance qui leur a permis d’exprimer leurs états d’âme lors de la préparation de leur spectacle Dancing to Beethoven, qui représente un véritable défi pour eux.

Deux autres personnes vivant avec un handicap ont réussi à surmonter les difficultés et à jouer un rôle actif dans leur communauté. Avec son documentaire Shameless: the ART of Disability, la cinéaste Bonnie Sherr Klein fait un retour à la réalisation après un accident vasculaire cérébral survenu en 1987 pour faire découvrir le pouvoir transformateur de l’art sur cinq personnages étonnants. Quant à Joe Moulins, il a suivi la dure campagne électorale du maire de Vancouver Sam Sullivan, quadriplégique. Citizen Sam alterne entre l’univers mouvementé de la politique municipale et des moments de la vie intime de ce premier quadriplégique du monde à accéder au poste de maire.

Signe des temps peut-être, plusieurs films ont pris le corps pour sujet. Dans son premier documentaire, La peau et les os, après..., Hélène Bélanger-Martin, qui a personnellement lutté contre l’anorexie et joué en 1988 dans le film de Johanne Prégent, La peau et les os, porte un regard lucide sur les terribles ravages causés par les troubles de l’alimentation. Vieux comme Moïse mais toujours incurable, le bégaiement affecte un pour cent de la population mondiale. Lui-même bègue, John Paskievitch, dans Unspeakable, a décidé de prendre le sujet à bras le corps et de faire le point sur les recherches, les mystères et les difficultés de la vie quotidienne causées par ce défaut d’élocution.

Dans un autre registre, Rodrigue Jean célèbre l’œuvre de l’un des grands artistes acadiens avec L'extrême frontière, l'oeuvre poétique de Gérald Leblanc, tandis que la passion et la joie de vivre qui animent les protagonistes d’À force de rêves, âgés de 72 à 94 ans, prouvent à l’évidence qu’on peut vieillir heureux. L’éloquence de son propos et les qualités humaines qui émanent de l’œuvre ont valu à Serge Giguère le prix Jutra du meilleur documentaire. Dans sa 34e production, Waban-Aki: People from Where the Sun Rises (Waban-Aki : peuple du soleil levant), la cinéaste Alanis Obomsawin invite à un retour aux sources pour mieux comprendre les enjeux identitaires auxquels son peuple est aujourd’hui confronté.

Parmi les préoccupations sociales dominantes, il y a bien sûr l’environnement. En s’attachant au regard du photographe canadien Edward Burtynsky, au cours d’un voyage en Chine, Jennifer Baichwal offre, avec Manufactured Landscapes (Paysages fabriqués), un film percutant sur les ravages de l’industrialisation sur la nature dans cette puissance émergente; cette œuvre éloquente a reçu le prix Toronto City, décerné dans le cadre du Festival international des films de Toronto, et le prix Génie du meilleur documentaire. Avec Les réfugiés de la planète bleue, Hélène Choquette et Jean-Philippe Duval font découvrir la situation méconnue d’une nouvelle catégorie de déracinés : les réfugiés environnementaux. Le film remportera, en 2007, un prix Gémeaux décerné par l’Académie canadienne du cinéma et de la télévision.

Directement inspiré des traditions fondées dans les années 1970 par le programme Société nouvelle/Challenge for Change, le projet Filmmaker-in-Residence est une réinterprétation du concept de « journalisme intégré ». Il a permis à Katerina Cizek de s’immerger littéralement dans le quotidien des travailleurs de l’hôpital St. Michaels situé dans un quartier défavorisé de Toronto, pour créer des œuvres audiovisuelles et mettre les outils multimédias dans les mains des acteurs sociaux concernés. Elle a jusqu’à présent réalisé deux films. Le premier, The Bicycle: Fighting AIDS with Community Medicine, accompagne les médecins de St.Michaels qui sont à l’origine du projet Dignitas International au Malawi, où elle suit les efforts de Pax Chingawale, un travailleur communautaire qui lutte sur la ligne de front contre la pandémie du sida. Pour réaliser The Interventionists: Chronicles of a Mental Health Crisis Team, elle a passé des dizaines d’heures en compagnie d’une équipe formée d’une infirmière et d’un policier torontois qui répondent aux appels d’urgence suscités par des personnes troublées sur le plan émotionnel. Le site <www.nfb.ca/filmmakerinresidence> permet de suivre toute l’évolution de ce fascinant projet. En juin 2008, l’aspect novateur de ce site sera souligné par l’attribution du Rockie Award de la production diffusée sur Internet seulement au Festival de Banff et par le Webby Award de la meilleure série documentaire à New York.

Les contraintes parfois choquantes imposées aux femmes dans certaines sociétés arabes ont aussi interpellé les cinéastes. Dans Reema, allers-retours, Paul Émile d'Entremont a abordé ces tensions en suivant le parcours d’une adolescente, de mère canadienne et de père irakien, qui part à la rencontre de ce dernier qu’elle n’a jamais vraiment connu. Quant à Carmen Garcia, elle a coréalisé Le voyage de Nadia avec sa protagoniste Nadia Zouaoui qui, après 18 ans d’absence, retourne dans sa Kabylie natale; les rencontres faites par celle-ci font découvrir la vie de femmes coupées du reste du monde et subordonnées à leur mari. Cette œuvre courageuse a été saluée par le prix Caméra au poing aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal. Enfin, avec Le blues de l'Orient, gagnant du Prix du meilleur reportage au Festival international du film sur l’art, Florence Strauss offre une ode au métissage et à l’ouverture à l’autre, portée par les notes intemporelles de la musique arabe classique.

La relève s’est illustrée avec des films comme Symphonie Locass, de Martine Asselin et Marco Dubé, qui ont vu de jeunes musiciens plongés dans les œuvres de Mozart explorer des sonorités plus contemporaines, ou encore Cottonland, de Nance Ackerman avec la collaboration de Edward Buchanan, dont l’analyse de la dépendance qui frappe toute une communauté en proie au marasme économique a raflé plusieurs prix importants au Atlantic Film Festival en septembre. Le programme PICLO a aussi favorisé l’émergence de jeunes cinéastes de communautés de langues officielles minoritaires, comme le Franco-Ontarien Claude Guilmain, auteur d’un premier court métrage intitulé Portrait d'un parfait inconnu, touchant témoignage sur la vie difficile d’un frère décédé trop rapidement.

L'ONF

Incroyable début d’année! Pour la 12e fois depuis sa création, l’ONF remporte un Oscar® à Los Angeles. Cet honneur, décerné par l’Académie des arts et des sciences du cinéma est dû à l’œuvre de la cinéaste Torill Kove qui, avec The Danish Poet (Le poète danois), a complètement conquis l’Académie. C’est la deuxième fois que cette animatrice se retrouve en lice pour cette prestigieuse récompense, son premier film professionnel My Grandmother Ironed the King’s Shirts (Ma grand-mère repassait les chemises du roi) ayant été sélectionné en 2000. Pour l’ONF, il s’agit d’une 69e nomination aux Oscars®, ce qui en fait l’organisation ayant obtenu le plus de nominations à l’extérieur de Los Angeles. Outre la célèbre statuette, cette coproduction ONF/MikroFilm AS, de Norvège, a reçu un total de 20 prix dont le Génie du meilleur court métrage d’animation. Dans The Danish Poet, la cinéaste se demande si on peut retracer la suite des événements ayant mené à sa naissance et si notre existence n’est que le fruit d’une coïncidence.

Après Los Angeles, c’est à Cannes que l’ONF se fait encore une fois remarquer, alors que Madame Tutli-Putli remporte deux prix à la 46e Semaine internationale de la Critique. Il s’agit du Grand Prix Canal et du Petit Rail d’or, tous deux décernés au meilleur court métrage. Cet époustouflant film d’animation image par image emporte le spectateur dans une exaltante odyssée existentielle. Porté par une musique originale et envoûtante, ce film utilise des techniques visuelles révolutionnaires et repousse les frontières de l’animation de marionnettes. Madame Tutli-Putli est le premier film professionnel des cinéastes Chris Lavis et Maciek Szczerbowski. Outre ces deux prix à Cannes, Madame Tutli-Putli a gagné 20 autres prix, dont celui du meilleur court métrage d’animation aux prix Génie décernés par l’Académie canadienne du cinéma et de la télévision.

Au Marché international des programmes documentaires MIPDOC, l’ONF présente une projection spéciale du long métrage Faith Without Fear (Oser sa foi) de Ian McLeod. Dans ce film, Irshad Manji – auteure controversée du livre Musulmane mais libre – se demande comment l’islam, une religion favorisant la justice, en est venu à reposer sur la terreur. Elle parcourt le Moyen-Orient, l’Europe de l’Ouest et l’Amérique du Nord dans le but de concilier sa foi en Allah avec la vie au 21e siècle.

L’Office dévoile le nom du gagnant de « Content 360 », un concours international de création d’applications et de contenus innovateurs et interactifs pour la technologie mobile et à large bande organisé dans le cadre du MIPTV/MILIA. Plus de 80 projets venus de partout dans le monde ont été soumis à ce concours cette année.

Le 11 juin, le directeur du Programme anglais, Tom Perlmutter, entre en poste comme commissaire du gouvernement à la cinématographie et président de l’ONF. Il possède un solide bagage en production télévisée et en coproduction internationale pour le secteur privé, et il a aussi été au cœur des transformations qu’a connues l’Office au cours des cinq dernières années. Aux États généraux des arts et de la culture, à Caraquet, au mois de mai, l’ONF fait la promesse d’implanter un projet-pilote d’e-cinéma en Acadie. Quatre mois plus tard, à l’occasion de la tenue du Festival international du cinéma francophone en Acadie, l’Office dévoile le nom des partenaires du projet, lequel sera une première au pays et une occasion exceptionnelle pour le public d’expérimenter ce moyen d’avant-garde de distribution numérique. Ce projet rassembleur, d’une durée de trois ans, est possible grâce à l’appui du PICLO, le Partenariat interministériel avec les communautés de langue officielle du ministère du Patrimoine canadien.

Les cinéastes et leurs œuvres

Avec la mort de l’ex-dictateur Augusto Pinochet, le Chili revient à la une de l’actualité, et c’est dans ce contexte qu’en janvier, après avoir voyagé dans plusieurs festivals internationaux et remporté plusieurs prix prestigieux, le film de Patricio Henriquez sur Le côté obscur de la Dame Blanche est lancé dans plusieurs villes au Québec. L’Esmeralda est l’un des plus beaux voiliers du monde, mais derrière la beauté de la Dame Blanche, comme les Chiliens la surnomment, se cache le passé trouble de ce bateau-prison qui a servi de centre de torture au lendemain du coup d’État de 1973. Trente ans plus tard, l’impunité demeure et les victimes de la dictature demandent justice.

Avec Baghdad Twist, le réalisateur Joe Balass incarne le souvenir visuel de la vie d’une famille en Irak avant sa fuite vers son nouveau pays d’adoption, le Canada, à l’automne 1970. Le film porte à l’écran une collection inédite d’images d’archives, de films et de photographies de famille provenant de Bagdad. Il lève le voile sur la communauté juive d’Irak autrefois florissante, sur ses dernières et périlleuses années dans ce pays et sur sa capacité remarquable à trouver le réconfort dans l’ombre de la peur.

Un film qui fera date dans l’histoire du cinéma canadien est Late Fragment, la première fiction interactive en Amérique du Nord. Réalisé par Daryl Cloran, Anita Doron et Mateo Guez, ce film étend le vocabulaire du cinéma du 21e siècle, en donnant au spectateur la possibilité de naviguer dans les intrigues qui s’entrecroisent et d’intervenir dans le déroulement de l’histoire d’un simple clic de télécommande. Il a fait sensation à son lancement au Festival international du film de Toronto et au Festival du nouveau cinéma de Montréal.

En 1999, Richard Desjardins et Robert Monderie avaient déclenché tout un débat avec leur film coup de poing L'erreur boréale, qui dénonçait la déforestation au Québec. Ils reviennent cette année avec Le peuple invisible, dans lequel ils dressent, à l’aide d’une solide mise en contexte historique, un portrait troublant de la situation des Algonquins qui vivent depuis longtemps dans des conditions difficiles, victimes d’une rupture de leur équilibre avec le milieu naturel.

Un autre documentaire qui donne matière à débat, Les épouses de l'armée, dessine un portrait percutant de l’existence difficile des conjointes de militaires. Lorsque son mari a joint l’Air Force, la réalisatrice Claire Corriveau a découvert un monde singulier, entièrement subordonné aux besoins de l’armée, au détriment de la famille. Isolées, souvent seules, soumises à des déménagements successifs, les épouses de militaires n’ont pas la maîtrise de leur vie. Ce film rappelle qu’elles sont les premières victimes collatérales d’une armée qui, sans leurs sacrifices et leur travail dans l’ombre, ne pourrait pas mener à bien ses opérations.

Un luxueux bateau de croisière glisse sur le Yangzi, mythique voie navigable que les Chinois appellent simplement « le fleuve ». Mais le Yangzi est sur le point d’être transformé par le barrage hydroélectrique le plus important de l’histoire. Le barrage des Trois-Gorges, symbole contesté du miracle économique chinois, constitue la toile de fond épique de Up the Yangtze (Sur le Yangzi), un long métrage documentaire saisissant sur la vie au cœur du rêve chinois du 21e siècle. Le cinéaste sino-canadien Yung Chang dépeint la vie paysanne de façon émouvante et brosse un tableau saisissant de la Chine contemporaine.

Engagés dans une véritable course contre la montre et disposant de moyens limités, les travailleurs humanitaires n’ont qu’une fraction de seconde pour décider qui recevra des soins, qui obtiendra de la nourriture, qui vivra, qui mourra. Dans Triage: Dr. James Orbinski’s Humanitarian Dilemma, le réalisateur Patrick Reed suit le Dr James Orbinski, lauréat du prix Nobel de la paix en 1999 à titre de président de Médecins Sans Frontières, et médecin de terrain durant la famine en Somalie, le génocide du Rwanda et autres catastrophes, alors qu’il s’engage dans la mission la plus difficile de sa vie – écrire un livre profondément personnel et controversé qui tente de tirer un sens de tout cela.

Les enfants sont-ils poussés à devenir de petits adultes avant l’heure? C’est la question que pose Sophie Bissonnette dans Sexy inc. Nos enfants sous influence, une analyse de l’inquiétant phénomène de l’hypersexualisation de l’environnement ainsi que ses effets nocifs sur les jeunes. Ciblés de plus en plus tôt par les spécialistes du marketing et les médias, ils sont bombardés d’images sexualisées et sexistes. Le film invite la société à se mobiliser pour mettre un terme à ce phénomène inquiétant. Après avoir connu un très grand succès en Amérique du Nord, Sexy inc. remportera, en novembre 2008, le prix UNICEF au Concours du prix Japon, une compétition internationale réservée aux médias éducatifs et créée en 1965 par le diffuseur public japonais NHK. Une adaptation du film en version scolaire destinée aux 10 à 15 ans est en préparation.

Encensé aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal, le film de Denys Desjardins donne une vision différente de la saga abitibienne dans Au pays des colons. Dans un habile jeu de miroirs entre passé, présent et avenir, il retrouve Hauris Lalancette, personnage central d’une série de films tournés au début des années 1970 par Pierre Perrault et Bernard Gosselin (Un royaume vous attend, Le retour à la terre, Gens d'Abitibi, C'était un Québécois en Bretagne, Madame!). Son fils Dany et sa petite-fille Laurie sont d’improbables survivants d’un mode de vie qui, pour le plus grand nombre, s’est révélé une décevante utopie. Juxtaposant leurs témoignages aux films d’archives et aux images des documentaires de l’époque, Au pays des colons soulève des questions fondamentales sur le développement des régions.

Alors que le contenu mobile s’empare d’une part de plus en plus grande du marché mondial et transforme la relation avec les médias, l’ONF participe avec Film Australia à l’une des toutes premières coproductions internationales dans ce nouveau média. mobiDOCS: Confessions in a Digital Age présente dix mobimétrages de deux minutes créés pour être diffusés sur des appareils mobiles, en ligne, à la télévision et au cinéma. Dans cette nouvelle série expérimentale, cinq cinéastes du Canada et cinq de l’Australie s’échangent des confidences au sujet des relations, de la nature et de la technologie. Deux des titres de la série, Marree Man et Begging for Change sont en nomination pour des prix Mobile au MIPCOM.

L'ONF

Promesse faite, promesse tenue! Le 17 janvier, l’ONF inaugure officiellement en Acadie un premier réseau de salles équipées en e-cinéma, en collaboration avec l’Université de Moncton, une bibliothèque publique et trois sociétés culturelles du Nouveau-Brunswick. Le cinéma numérique consiste en la transmission d’œuvres audiovisuelles par truchement numérique : un serveur reçoit les films par téléchargement avant la projection en haute définition. À l’aide d’un équipement aussi réduit qu’un serveur, un projecteur ou un téléviseur muni d’un système haute définition et un système de son, le public peut vivre une véritable expérience cinématographique, aux images d’excellente qualité. Bouctouche, Caraquet, Edmundston, Kedgwick et Moncton sont les villes hôtes de ce projet novateur.

Bonne nouvelle au Programme anglais : le 24 janvier, Cindy Witten est nommée au poste de directrice générale du Programme. Figurant parmi les chefs de file de la programmation de contenu factuel au Canada, elle est reconnue pour sa capacité à dénicher de nouveaux talents et à prendre des risques en matière de création. Elle possède aussi la motivation et l’audace nécessaires pour maintenir l’ONF à l’avant-garde de la production média novatrice.

Le 21 avril, au Festival Hot Docs, le commissaire Tom Perlmutter lance le nouveau plan stratégique de l’ONF qui affirme clairement son plein engagement envers les défis qu’apporte la création dans un monde audiovisuel en pleine révolution structurelle. L’esprit de ce plan renvoie aux sources mêmes de l’ONF, soit soutenir les créateurs, privilégier l’imagination et la création socialement engagée dans toutes les formes de la technologie et rendre les résultats accessibles au public canadien. En préparation de ce plan, Tom Perlmutter a fait une tournée du pays en organisant des rencontres avec les principaux joueurs du domaine du documentaire, de l’animation et des nouveaux médias. Le Plan stratégique 2008-2013 renforce à tous points de vue le rôle essentiel de l’ONF, qui est complémentaire à l’industrie de l’audiovisuel. Il aborde les fondements essentiels des œuvres programmées à l’ONF, en se donnant le mandat d’être un point de référence mondial en innovation et création de contenu multiplateforme pour le documentaire social, le média communautaire engagé, la fiction alternative et l’animation d’auteur. Il parle également d’accessibilité et d’engagement citoyen pour favoriser le débat public et social sur toutes les plateformes.

Quatre prix internationaux consacrent, en juin, le caractère novateur de la programmation de l’ONF. À Banff, Four Wings and a Prayer remporte le prix Rockie de la catégorie Émission sur la faune et l’évolution naturelle; Up the Yangtze (Sur le Yangzi) partage le prix de la meilleure émission canadienne, et le très novateur site Web Filmmaker-in-Residence rafle le Rockie de la production diffusée sur Internet seulement. Le même mois, ce site reçoit le prix Webby de la meilleure série documentaire à New York.

En juin, la productrice Monique Simard prend les commandes du Programme français en étant nommée directrice générale; elle entrera en fonction le 18 août. Reconnue comme une figure majeure du documentaire au Québec, elle se démarque par son appui au cinéma socialement engagé, son énergie et sa vision claire pour l’épanouissement du documentaire d’auteur. Elle a une très bonne connaissance de l’ONF, ayant coproduit avec l’Office des œuvres comme Des marelles et des petites filles...et Les réfugiés de la planète bleue. Dès novembre, elle insuffle un vent de renouveau à sa Direction, en annonçant une réorganisation qui aura comme effets l’allègement de la structure et la mise en place de processus de travail plus efficaces, ce qui devrait permettre de réinvestir dans la création et de réinstaurer le programme de résidence pour les cinéastes.

En décembre, l’ONF lance le concours Tremplin 2009 destiné aux cinéastes de la relève des minorités francophones du Canada. Cette troisième édition pancanadienne est mise sur pied par le Studio Ontario et Ouest et le Studio Acadie de l’Office, en collaboration avec la Société Radio-Canada et avec l’appui du Partenariat interministériel avec les communautés de langue officielle (PICLO) du ministère du Patrimoine canadien. Le concours Tremplin permet aux cinéastes en herbe de réaliser un projet de court métrage documentaire dans des conditions professionnelles en plus de bénéficier d’ateliers de formation donnés par des professionnels chevronnés. À ce jour, 126 cinéastes y ont participé. De ce nombre, 33 finalistes ont été choisis et 14 courts métrages ont été produits.

Les cinéastes et leurs œuvres

La ville de Québec fête son 400e anniversaire et l’ONF ayant toujours été très présent dans cette ville participe de multiples façons à cet événement mémorable. Tout d’abord, deux longs métrages très attendus seront lancés en première mondiale. Avec Infiniment Québec, le cinéaste Jean-Claude Labrecque plonge dans le quotidien de sa ville natale pour en révéler tous les mystères et tirer du passé le fil d’Ariane de la mémoire qui, inlassablement, tisse l’identité de Québec. Dans Folle de Dieu, véritable thriller mystique réalisé par Jean-Daniel Lafond, la comédienne Marie Tifo affronte l’écriture incandescente de Marie Guyart, dite Marie de l’Incarnation, et le destin exceptionnel de la fondatrice du monastère des Ursulines de Québec. À Espace 400e, l’ONF offrira aussi de grands titres de sa collection, avec la projection de films choisis pour leur lien avec les thèmes de la programmation, dont les documentaires Mike Birch, le cow-boy des mers, Le peuple invisible et Symphonie Locass. L’hommage se poursuivra en janvier 2009 avec la production d’un coffret souvenir de 9 films de l’Office sur l’histoire de Québec, en 3 DVD, lequel sera distribué gratuitement dans plus de 26 000 écoles et bibliothèques publiques partout au pays. Le coffret comprend des films produits entre 1950 et 2008, dont Carnaval de Québec (1956), Mon parc, mes Plaines (2008), Infiniment Québec (2008) et Le cocher (1953). Le public canadien pourra poursuivre en ligne ce stimulant voyage au cœur de son histoire par l’entremise du site onf.ca/hommage-quebec.

Partenaire de longue date du Musée de la civilisation, l’ONF poursuit cette fructueuse collaboration avec le court métrage Champlain retracé. Réalisée par Jean-François Pouliot, cette production novatrice en stéréoscopie mêle habilement fiction et animation. Une spectaculaire projection en trois dimensions fera découvrir au public un Samuel de Champlain plus vrai que nature au Centre d’interprétation de Place-Royale, au cœur de Québec.

Pour souligner son centenaire et celui de la création du parc des Champs-de-Bataille, la Commission des champs de bataille nationaux a confié à l’ONF la production d’un court métrage documentaire. Mon parc, mes Plaines, réalisé par Carole Laganière, relate avec vivacité et humour les moments historiques des plaines d’Abraham. Le film sera présenté de façon permanente à la Maison de la découverte des Plaines d’Abraham après avoir été diffusé tout l’été sous le chapiteau du 100e anniversaire.

Autre ville, autre histoire... Durant six mois, en 1919, Paris est devenu la capitale de la planète. Les derniers coups de feu de la guerre la plus dévastatrice de tous les temps ont été tirés et l’ancien ordre mondial se trouve anéanti. Les délégations de plus d’une trentaine de pays se précipitent vers Paris afin d’entreprendre les pourparlers de paix les plus ambitieux de l’Histoire. Le cinéaste Paul Cowan s’est inspiré du livre culte de Margaret MacMillan et des archives existantes pour réaliser Paris 1919, qui plonge le spectateur au cœur de cet extraordinaire événement.

Après Le côté obscur de la Dame Blanche, Patricio Henriquez retrace, dans le documentaire Sous la cagoule, un voyage au bout de la torture, le parcours d’individus qui ont été torturés en toute illégalité par des états démocratiques sûrs de leur bon droit. En effet, avec le 11 septembre 2001, est né un nouvel ordre mondial. La guerre contre le terrorisme donne maintenant lieu à une violence institutionnalisée qui s’exerce en toute impunité. Revenant sur l’historique de la torture érigée en système par l’Inquisition catholique au Moyen Âge, de même que sur le passé peu glorieux d’une Amérique souvent complice des tortionnaires, Patricio Henríquez en appelle à la vigilance.

Bref comme un poème, fort comme un cri, dense et profond comme une prière, le film d’animation Robe de guerre/Robes of War trace le cycle impitoyable de la souffrance et de la vengeance. Où s’arrêtera la violence? Combien de morts faudra-t-il encore au nom de Dieu ou de la liberté? Les coups de pinceau de Michèle Cournoyer sont autant de blessures qui font exploser l’encre sur le papier.

Pour son troisième film réalisé à l’ONF, Nicolas Brault combine la technique de l’animation 2D sur tablette graphique et la chaleur de l’animation de sable, mettant ses dons de conteur au service d’un univers où l’humain et la nature sont finement liés. Dans Hungu, un enfant marche avec les siens dans le désert, sous le soleil d’Afrique. La mort rôde, mais l’âme d’une mère ressuscitée par la musique redonnera force et vie à l’enfant devenu un homme.

Une nouvelle série de six épisodes de trois minutes intitulée Mobile Stories s’inscrit dans une expérience de narration en ligne collective et mobile coproduite par iThentic et l’ONF, avec l’appui du Fonds d’innovation TELUS accessible par le Centre canadien du film. La série a été présentée au MIPDOC et au MIPTV/MILIA.

Accueilli avec enthousiasme au Festival international du film de Toronto en septembre, le film La mémoire des anges, de Luc Bourdon, est présenté deux mois plus tard au Festival du nouveau cinéma à Montréal. Hommage sensible et émouvant à la ville de Montréal ainsi qu'aux artisans du cinéma, ce long métrage symphonique composé d'extraits de films produits à l'ONF fera partie, avec deux autres productions de l'ONF (Drux Flux et Heaven on Earth) des dix meilleurs films canadiens de l'année 2008 sélectionnés par le Toronto International Film Festival Group, un jury national composé de cinéastes, de responsables de la programmation, de journalistes et de professionnels de l'industrie.

Cette année, le jour du Souvenir marque également le 90e anniversaire de l'Armistice de la Première Guerre mondiale. Pour souligner cet événement, l'ONF invite la population canadienne à prendre part aux commémorations, en présentant Entre les lignes, de Claude Guilmain. Le film est diffusé en continu durant 24 heures le mardi 11 novembre sur le site Web de l'Office et il est retransmis à la télévision le même jour. Ce documentaire poétique marie les lettres écrites à des proches par des militaires et des images d'archives saisissantes.

Un conflit au niveau provincial, celui-là, est au cœur du film La bataille de Rabaska, de Magnus Isacsson et Martin Duckworth. Pendant quatre ans, soit de 2004 à 2008, les cinéastes ont suivi la bataille menée par des citoyens contre le projet de terminal méthanier du consortium Rabaska sur la rive sud du fleuve Saint-Laurent, en face de l'île d'Orléans. Le Gouvernement du Québec a donné son aval au projet en octobre 2007, le début des travaux est prévu en 2010 et le gaz arrivera en 2014. Touchant, engagé, le documentaire fait l'objet de discussions animées aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal. (22 décembre) Un autre film de l'ONF, coproduit avec InformAction Films, reçoit un accueil enthousiaste aux RIDM. Réalisé par Philippe Baylaucq, Le magicien de Kaboul transporte le spectateur en Afghanistan où les efforts de reconstruction se déploient malgré la guerre qui fait rage contre les Talibans. Le héros du film a perdu son fils unique dans l'effondrement des tours du World Trade Center. Au lieu de cultiver un esprit de vengeance, il choisit d'aller à la rencontre du peuple afghan et de lui venir en aide, afin que de tels attentats ne se reproduisent plus.

Tout premier documentaire réalisé en « source libre », le film RiP: A Remix Manifesto est une expérience médiatique participative dans le cadre de laquelle le réalisateur Brett Gaylor rend les rushes de son film librement accessibles aux fins de remixage. Grâce à cette méthode d'application composite cinématographique, les remixages deviennent partie intégrante du film. Présenté au 21e Festival international du film documentaire d'Amsterdam, le 29 novembre, RiP: A Remix Manifesto reçoit le prix du public Dioraphte. Brûlant d'actualité, ce long métrage questionne le rôle du droit d'auteur à l'ère numérique. Aux Rendez-vous du cinéma québécois en février 2009, l'ONF présentera un atelier intitulé « Je l'ai pris sur Internet, ça appartient à tout le monde? », une rencontre qui débutera par la projection de RiP: A Remix Manifesto et sera suivie d'une discussion entre le public, le réalisateur et un groupe d'experts en droits d'auteur et en production multimédia.

Diffusion des films

En juin, l'ONF inscrit sept de ses courts métrages à la programmation de la nouvelle chaîne Internet de YouTubeMD, The screening room, laquelle présente aux internautes une sélection des meilleurs courts métrages internationaux d'animation. Les premiers films de l'ONF présentés sur www.youtube.com/ytscreeningroom sont Ryan et The Danish Poet (Le poète danois), tous deux gagnants d'un Oscar®, le premier en 2005 et le second en 2007.

L'ONF collabore de plus en plus fréquemment avec YouTubeMD pour la diffusion de ses films sur le Web. En juin, outre la présentation de la Compétition en ligne – Cannes 2008 qui comprenait les courts métrages des neuf finalistes, YouTube et l'ONF ont lancé les deux chaînes www.youtube.com/nfb et www.youtube.com/onf ,où l'on peut retrouver les bandes annonce et extraits des nouveautés documentaires de l'Office ainsi que des films d'animation.

L'ONF

Créé le 2 mai 1939, l'ONF fête cette année son 70e anniversaire. Pour marquer le coup, il offre à la population canadienne un présent inestimable : un Espace de visionnage en ligne inédit grâce auquel les internautes ont accès gratuitement, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept, et dans les deux langues officielles, à plus de 700 productions, films, bandes-annonces et extraits de sa collection pour la lecture en transit. Depuis les films historiques remontant à 1928 jusqu'aux productions contemporaines, dont des documentaires, des films d'animation ou de fiction primés, l'Espace invite les cinéphiles de toutes les régions à parcourir et à découvrir ce véritable trésor national. Sa mise en ligne en janvier est un élément clé du plan stratégique annoncé par Tom Perlmutter en avril 2008, dans lequel il était spécifié que l'ONF rendrait ses productions plus accessibles au public canadien. Il s'agit aussi de la dernière étape du passage au numérique à l'Office, une conversion qui avait été amorcée dès le début des années 1990.

À l'ONF, il va de soi qu'un anniversaire aussi important se célèbre en image! Et c'est à Jean-François Pouliot qu'est confiée la mission de dresser un portrait actuel de l'Office et de son rôle primordial dans le tissu social canadien et mondial. Savamment fabriqué, ONF 70 ans amalgame les genres, fraternise avec l'efficacité du cinéma direct et flirte avec la virtuosité des techniques d'animation. S'inscrivant à contre-courant de la tradition des films-hommages, ONF 70 ans ne recense pas les innombrables succès de l'Institution, mais place plutôt l'artiste au cœur même du propos. C'est un hymne à la liberté d'expression, au rôle essentiel du cinéma d'auteur et à la modernité.

Depuis 1994, les films et les cinéastes de l'ONF sont régulièrement honorés au prestigieux Festival du film Sundance et cette année ne fait pas exception, puisque deux films ont été sélectionnés. Coproduit par AM Pictures et l'ONF, Nollywood Babylon fait partie des seize titres choisis pour la compétition World Cinema Documentary du Festival qui a lieu du 15 au 25 janvier. Ce documentaire plonge le spectateur au cœur de la dynamique industrie cinématographique du Nigeria, la troisième en importance, après Hollywood et Bollywood, où sont créés plus de 2000 films par année. La deuxième production de l'ONF à Sundance, le court métrage d'animation The Real Place, rend hommage au dramaturge albertain John Murrell récompensé d'un Prix de la réalisation artistique à l'occasion du Gala des prix du Gouverneur général pour les arts de la scène.

L'ONF et le Centre canadien du film s'unissent pour mettre sur pied le Programme CCF-ONF de développement de longs métrages documentaires originaux destinés aux salles. D'une durée de six mois, le programme est créé à l'intention de cinéastes canadiens accomplis qui souhaitent traduire en image un concept de documentaire. Conçue afin de les aider à réaliser des films propres à faire évoluer le genre et à remporter des succès commerciaux et critiques, cette expérience d'immersion associe la résidence au CCF au mentorat de certains des documentaristes les plus talentueux du pays et du monde entier pour ce projet particulier. Une étape de recherche fournit aux participants le temps et les ressources nécessaires pour expérimenter diverses techniques de tournage, de montage, de traitement du son et de l'image, tout en précisant l'approche proposée pour la réalisation de leur projet. À la fin du programme, les projets seront évalués pour déterminer s'ils iront en production. Les cinéastes Yung Chang, Sarah Polley, Shelly Saywell et John Walker prendront part à la première édition.

La cinéaste Manon Barbeau qui, en 2004, avait mis sur pied le Wapikoni mobile, est invitée à joindre les rangs prestigieux des entrepreneurs sociaux d'Ashoka Canada. Il s'agit de la plus grande organisation internationale dont le mandat est d'encourager et soutenir l'innovation en matière d'entrepreneuriat social.

En février, à la 27e édition des Rendez-vous du cinéma québécois, au cours de laquelle pas moins de 23 productions de l'ONF sont présentées, l'Office remet pour la première fois le Prix à l'innovation à l'un des films de la section « Court métrage de fiction ». Ce prix consiste en une contribution de 5000 $ sous forme de services techniques dans le cadre de son programme ACIC (Aide au cinéma indépendant – Canada) au film s'étant le plus distingué par la qualité de son traitement formel.

Le même mois, l'Office lance un appel de propositions pour la réalisation de courts métrages sur le thème du racisme au travail. Intitulé « La tête de l'emploi/Work for All », ce projet a comme objectif d'informer le public, les employeurs et les employés des obstacles rencontrés par les minorités visibles et les peuples autochtones dans le monde du travail, tout en présentant des stratégies pour parvenir au succès en éliminant ces barrières. Réalisé en collaboration avec Ressources humaines et Développement des compétences Canada, le projet vise à devenir un puissant outil d'éducation et un stimulateur de changements sociaux.

Les cinéastes et leurs œuvres

La cinéaste Lina B. Moreco a signé plusieurs œuvres dans lesquelles le domaine de la santé occupait une place de choix. Son film sur l'acharnement thérapeutique en pédiatrie, Médecine sous influence, avait remporté en 2004 le prix Gémeaux remis au meilleur documentaire à caractère scientifique. Dans sa toute dernière production, Silence, on vaccine, elle questionne des chercheurs québécois, français et américains sur les rouages complexes qui régissent les effets secondaires des vaccins qui, chez certains individus, peuvent être la cause du développement de l'autisme ou de la sclérose en plaques. De quoi alimenter les débats entre partisans et dénonciateurs de la vaccination.

Une production tout à fait appropriée pour un visionnage en salle en janvier, Martha qui vient du froid, de Marquise Lepage, révèle l'une des pages les plus sombres et les plus méconnues de l'histoire canadienne. Au milieu des années cinquante, sous de fausses promesses de vie meilleure, le gouvernement déporte et abandonne à leur sort des familles inuites dans l'Extrême Arctique. C'est dans ce désert de glace que Martha Flaherty passe une enfance qui ne ressemble en rien à la vie idyllique décrite par son grand-père, le cinéaste Robert J. Flaherty, dans Nanook of the North. Le but du « déplacement » de ces familles était d'installer des citoyens canadiens sur un territoire contesté afin d'assurer la souveraineté du Canada dans cette région. À l'heure où la propriété de l'Arctique est à l'ordre du jour, ce récit est d'une saisissante actualité.

Introduction

Having weathered the storms of the preceding decades, the NFB vigorously embarked on the 21st century by, as usual, leading the way with technological innovations in production and distribution, encouraging creativity and expanding its presence in the diverse communities of Canada.

In 2003, Stéphane Drolet closely followed two citizen experiences with community mediation in Longueuil and Sherbrooke, Quebec. This resulted in the DVD Médiation de quartier (Community Mediation: Two Real-Life Experiences), containing useful suggestions for those involved in conflict resolution. Three years later, in the drama The Point, teens from a multiracial inner-city neighbourhood, working with professional filmmakers and writers, offer a fresh take on youth living on the wrong side of the tracks. Another highly innovative project was initiated by Manon Barbeau: the Wapikoni Mobile, a mobile production studio that travels to Aboriginal communities teaching young filmmakers about video production and giving them a chance to create their own works.

On the NFB Web site, the Parole citoyenne and CitizenShift sites encouraged citizens to think about crucial issues and question the powers that be. And the Filmmaker-in-Residence program illustrated the NFB’s desire to use film for establishing an authentic relationship with those at the heart of the action, as in Katerina Cizek’s immersion in the daily life of the staff of St. Michael’s Hospital in Toronto.

Given the success of the NFB CineRobotheque in Montreal, which opened in 1993, the NFB opened a similar centre in Toronto in 2002. The Toronto Mediatheque attracted thousands of visitors a year with a variety of activities, including an introductory animation workshop using the LunchBox Sync animation tool to let kids record their own stop-motion creations.

After the trials conducted in some Quebec universities in the mid-1990s, the CineRoute project opened its online film library in 2004, offering over 250 films for streaming in MPEG-4 format to NFB Film Club members with a high-speed connection. Four years later, the NFB partnered with YouTubeIM to webcast its films.

In 2009, the NFB celebrated its 70th anniversary by giving Internet users access to its online Screening Room. More than 700 productions – including films, trailers and clips from the Film Board’s impressive collection – were made available for free, 24 hours a day, seven days a week, completing the last stage in the NFB’s digital transition.

Another innovation concerned digital cinema. In 2007, the NFB undertook an e-cinema pilot project in five Acadian communities to distribute films in French to minority-language audiences. The experience would be used to assess the feasibility of a national e-cinema community network. The NFB also launched Shorts in Motion, a collection of micro-movies for viewing on mobile phones or online, so as to reach film fans everywhere, even on the move.

Creativity was also front and centre on the production side. Inspired by Russian film pioneer Dziga Vertov, Denys Desjardins decided to have a “camera eye” implanted to replace the eye he had lost as a child, and recounts the experience in his 2001 documentary Mon œil pour une caméra. Animator Munro Ferguson used the IMAX-developed SANDDE (Stereoscopic Animation Drawing Device) to make Falling in Love Again, the first animated film in 3D. Paul Morstad used the same technology for Moon Man in 2004.

That same year saw the release of one of the most widely acclaimed films in NFB history. Ryan, Chris Landreth’s brilliant short about Ryan Larkin, a gifted animator who had made groundbreaking films at the NFB before ending up on the street panhandling for spare change. Ryan earned 60 awards. These included the Genie for best animated short, a special citation from the Toronto Film Critics Association, the grand prize at CINANIMA in Spain, the new discovery award at the Festival du nouveau cinéma de Montréal, the award for best experimental film at the LA Shorts Fest, a Special Jury Award at the Annecy International Animation Film Festival and, to top it all, the 2005 Oscar® for best animated short.

Another animation first was the technique created by Chris Lavis and Maciek Szczerbowski for endowing the puppets in Madame Tutli-Putli with human expressions. The film received an Oscar nomination in 2008 for best animated short, the NFB’s 70th nomination for the coveted statuette.

One of the NFB’s latest innovations, combining live action with 3D animation, was offered to the public as part of Québec City’s 400th anniversary celebrations in the summer of 2008. Facing Champlain: A Work in 3 Dimensions, a drama about the city’s founder, was created by Jean-François Pouliot using SANDDE technology and installed at the Musée de la civilisation’s Centre d’interprétation de Place-Royale.