L'ONF

En 1970, la production diminue, mais en revanche la distribution des films au Canada atteint un chiffre record. À la Production anglaise, le climat de morosité qui règne à l’Office se reflète dans les films, alors qu’à la Production française, c’est le climat politique du Québec qui motive les troupes. Si certains films de cinéastes francophones sont l’objet de controverses ou manquent quelque peu d’objectivité, ils n’en sont pas moins le fruit d’un désir sincère de parler des vrais problèmes et de chercher des solutions.

Déçu par toutes les mesures d’austérité, le commissaire Hugo McPherson démissionne en juillet. Au mois d’août, Sydney Newman, qui a œuvré longtemps à l’étranger, à la télévision, avant de travailler au Conseil de la radiotélévision canadienne, est nommé commissaire. André Lamy, d’Onyx Films, devient commissaire adjoint. Tous deux possèdent une vaste expérience dans les industries du film et de la télévision. Leur tâche consiste à trouver rapidement le moyen de donner une impulsion nouvelle au personnel de la production en lui proposant un but : faire en sorte que le Canada reprenne le leadership que seul un organisme libre et subventionné par l’État peut avoir. Par exemple, seuls les deniers publics rendent possible la réalisation du programme Société nouvelle/Challenge for Change qui exalte l’imagination des groupes communautaires, des sociologues, des politiques, des sociétés de télédistribution et autres, au Canada et aux États-Unis.

Une ère nouvelle s’ouvre à l’ONF. On entreprend des études en profondeur, on réévalue les objectifs et les méthodes, on concrétise une certaine réorganisation et on élabore des plans pour l’avenir. Sans négliger de traiter les films en profondeur et avec sincérité, on vise à injecter une certaine dose de spectaculaire dans quelques-uns d’entre eux, pour mieux atteindre le grand public. L’Office prend des mesures qui permettront à ses films, dans une juste proportion, de passer à la télévision d’État aux heures de pointe. Cette entente de diffusion avec Radio-Canada n’a pu être conclue qu’à la suite de concessions, de la part de l’Office, ayant trait aux annonces publicitaires, un sujet qui soulève, pour des raisons d’éthique, une opposition tenace de la part du personnel de la production et des membres du conseil. Après des mois d’autoanalyse et de discussions, le conseil décide finalement d’accorder cette concession pour que les films de l’Office puissent être vus par le plus grand nombre possible de personnes.

Les bases d’une nouvelle programmation des films et de nouvelles méthodes de distribution sont jetées, et l’ONF s’engage hardiment dans la nouvelle technologie. En effet, l’Office consent à ce que les films de sa cinémathèque soient mis sur vidéocassettes en vue d’être retransmis à la télévision, en circuit fermé. Il s’agit là du plus grand nombre de films d’archives enregistrés sur bande magnétique à ce jour. Une centaine de cassettes sont d’abord mises en circulation en vertu d’une entente intervenue entre l’Office et des distributeurs au Canada et aux États-Unis.

L’ONF joue aussi un rôle très important dans l’étude, la mise au point et la production du matériel présenté par la Commission des expositions au pavillon canadien à l’Exposition universelle d’Osaka. Il coordonne les techniques audiovisuelles du spectacle et la production de trois films : Canada the Land (Canada pays vaste), The City (Osaka) et Super Bus, dont deux – The Land et The City – sont réalisés à l’Office. The Land, tourné en Panavision, donne, en huit minutes, un aperçu du paysage canadien dans toute sa variété. The City, un film d’animation, présente de façon humoristique les Canadiennes et Canadiens comme un peuple citadin. La cité semble s’étendre, grâce aux moyens modernes de transport et de communication, au point d’englober toute la population du Canada. The City est projeté sur un panneau lumineux géant constitué de milliers de plaquettes luminescentes de deux pouces de largeur. Ce panneau lumineux forme l’arrière-plan d’une pièce d’exposition en trois dimensions et d’un spectacle « de lumière » sur la vie dans la cité.

Les cinéastes et leurs œuvres

L’une des réalisations les plus remarquables de la Production anglaise, Of Many People (Un siècle d'homme), est un spectacle multimédia ambulant qui rappelle l’entrée du Manitoba dans la Confédération. Basé sur le roman de Gabrielle Roy, La petite poule d’eau, ce spectacle fait appel aux techniques de l’image multiple. L’utilisation de projecteurs synchronisés pour diapositives et films donne des résultats fort intéressants.

Toutefois, les anglophones semblent moins bien s’accommoder de budgets modestes que les francophones, étant davantage à l’aise dans un cinéma de fiction plus conventionnel et plus coûteux comme avec Waiting for Caroline (1967), Don’t Let the Angels Fall (Seuls les enfants étaient présents) (1968) ou Cold Journey qui sera tourné en 1972. Austérité oblige, quelques longs métrages de fiction à budget modeste sont tout de même produits, dont Prologue, dans lequel une jeune fille doit choisir entre un amoureux anglophone de Vancouver et un autre du Québec et entre deux conceptions politiques opposées.

Les cinéastes québécois, pour leur part, veulent participer au débat de société et à la montée de l’indépendantisme, qui mènera à la crise d’Octobre et à la promulgation de la Loi sur les mesures de guerre par le premier ministre Pierre Elliott Trudeau. Plusieurs films dénoncent la situation des francophones. Un pays sans bon sens! et L'Acadie, l'Acadie?!? proposent un plaidoyer pour l’indépendance du Québec et une réflexion sur la condition minoritaire des francophones au Canada. On est au coton, Cap d'espoir et 24 heures ou plus présentent tous trois une vision contestataire du Québec. Dans le climat perturbé qui succède à la crise d’Octobre, le commissaire Sydney Newman interdit la diffusion de ces trois films.

L’action sociale de Challenge for Change se poursuit. Dans la vallée de Drumheller, en Alberta, région minière désaffectée et défavorisée par un avenir économique incertain, un agent d’animation sociale de l’Université de Calgary est initié par Challenge for Change aux techniques de l’enregistrement sur bande magnétoscopique. Il encourage ensuite les habitants de la vallée à élucider eux-mêmes les problèmes auxquels ils doivent faire face. Lorsque, à Rosedale, un groupe de citoyens et de citoyennes assiste à la projection des enregistrements réalisés à Drumheller, ils s’initient fort rapidement aux techniques d’enregistrement et se mettent à interviewer de leurs compatriotes. Les bandes magnétoscopiques sont ensuite projetées au cours de réunions groupant une plus large audience, et des comités d’action se chargent d’étudier les problèmes soulevés, tels que l’expansion industrielle, les loisirs, les services publics (canalisations de gaz, d’eau et égouts). Par la suite, grâce à l’action conjuguée des habitants de la ville, quelques réalisations concrètes commencent à prendre forme. Challenge for Change aide à mettre sur pied une entreprise semblable à Vancouver, Moose Jaw, Winnipeg, Hull, Ottawa, Saint-Jean (Nouveau-Brunswick) et Saint-Jean (Terre-Neuve).

En outre, à titre de collaborateur avec le Service de l’éducation permanente de la Memorial University of Newfoundland, Challenge for Change apporte son concours à la réalisation de six films : The Move, The Past – The Present – The Future, Introduction to Labrador, Urbain and Arthur Leblanc on Cooperatives, Tignish Cooperatives et The Specialists at Memorial Discuss the Fogo Films.

Société nouvelle, le pendant français de Challenge for Change, entreprend au cours de l’année de nombreux projets d’un intérêt captivant : Un lendemain comme hier, tourné dans la région du Lac-Saint-Jean et à Montréal, étudie les conflits qui surgissent de la transition d’un environnement rural à un environnement urbain; La noce est pas finie, long métrage de fiction réalisé avec la participation d’un groupe de citoyens et de citoyennes du Nouveau-Brunswick, est à la fois une expérience d’animation culturelle et un sociodrame; Qu'est-ce qu'on va devenir présente une étude de Baie-Saint-Paul, symbole de la situation des petites villes du Québec; Mines d’or porte sur les conséquences de la suppression, par le gouvernement, des subventions à l’exploitation des mines d’or; Région 80, sur les forêts du Québec, comprend la réalisation de films et d’enregistrements sur bande magnétique. L’un des projets de Société nouvelle pour la diffusion de ces bandes concerne la création de trois canaux de télévision communautaires : à Normandin (destiné à desservir cinq villes), à Dolbeau-Mistassini et à Saint-Félicien.

Recherche et applications technologiques

L’ONF tourne plusieurs productions sous-marines, et le Service de recherche développe des hydrophones à large bande passante (20 Hz à 150 kHz) pour la prise de son de ces films.

Il conçoit aussi une tireuse de réduction image par image pour la transcription de films 35 mm sur films 16 mm en utilisant un mélange des couleurs primaires, rouge, vert et bleu, dans les proportions requises pour obtenir la source lumineuse désirée.

Une lentille oscillante capable d’exposer automatiquement les ombrages continus dans les titres est mise au point.

L'ONF

Un projet issu de Société nouvelle, le Vidéographe, est inauguré au centre-ville de Montréal. Il s’agit du premier centre d’artistes en production vidéographique créé au Canada. L’initiateur du projet, Robert Forget, ainsi qu’un groupe de cinéastes et de productrices et producteurs de l’Office veulent démocratiser la production et la diffusion de documents audiovisuels.

Dès son ouverture, le Vidéographe remporte un très grand succès. Il comprend, sous un même toit, un centre de production en vidéo légère, un vidéothéâtre et une vidéothèque de consultation. Des jeunes, qui n’auraient pas accès normalement aux techniques du cinéma, peuvent s’exprimer à l’aide du ruban magnétoscopique. Vingt-six œuvres sont réalisées et présentées dès la première année d’activité. En 1973, Robert Forget recevra le prix John Grierson, remis par le Canadian Film Awards à une personne dont le travail rejoint les préoccupations du fondateur de l’ONF. Cette même année, le Vidéographe sera incorporé comme organisme à but non lucratif et, par la suite, il mettra sur pied un réseau de diffusion indépendante de vidéos. Trente-cinq ans plus tard, en 2008, sa vidéothèque compte près de 1500 bandes distribuées dans les festivals, les musées, les établissements scolaires et les salles, ainsi qu’à la télévision.

Trois grandes conférences se tiennent au bureau central de l’ONF à Montréal. La première, Cinéma Canada, est organisée avec le concours de l’Educational Film Library Association et du Film Library Information Council des États-Unis. William Sloan, directeur de Film Library Quarterly, qualifie cette rencontre de « l’un des plus grands événements du cinéma non commercial ». Le Conseil international des médias de l’enseignement, rattaché à l’UNESCO et représentant 21 pays, se réunit en Amérique du Nord pour la première fois dans ses 21 années d’existence; le discours d’ouverture est prononcé par l’ex-premier ministre Lester B. Pearson. La troisième grande conférence réunit des bibliothécaires des bibliothèques publiques du Canada. Elle aura des incidences sensibles sur les projets d’expansion de la distribution de films de l’Office aux communautés dans les prochaines années.

Les cinéastes et leurs œuvres

Le long métrage Mon oncle Antoine, une œuvre de Claude Jutra qui, au cours des vingt dernières années, a réalisé une grande variété de films, connaîtra un succès sans précédent. Tourné dans un petit village, c’est l’un des rares films à peindre l’atmosphère unique du Québec. Scénarisé par Clément Perron, il raconte l’histoire d’un adolescent dont la curiosité des choses de la vie l’amène à découvrir le monde des sensations et sa rudesse, celui de la souffrance, de la vie et de la mort. Mon oncle Antoine remporte plusieurs prix prestigieux et obtient huit Canadian Film Awards. Il est jugé comme le « meilleur film canadien de tous les temps » au Festival of Festivals de Toronto, en 1984. À la suite d’un sondage mené par les Rendez-vous du cinéma québécois, en 1992-1993, les spécialistes du cinéma le mettront en tête de liste des dix meilleurs films québécois de tous les temps.

Le financement des longs métrages de la Production française est régi par un accord qui prévoit des avances de fonds par le distributeur, à valoir sur le montant des recettes provenant de l’exploitation commerciale du film. La comédie musicale IXE-13 est réalisée en vertu d’un accord financier de ce genre. Dans cette catégorie, on compte aussi Le temps d'une chasse, projeté dans les salles de cinéma à l’automne 1972, et Taureau, dont la sortie est prévue pour le début de 1973.

En matière de documentaire, trois œuvres viennent compléter la série de films consacrés à la vie de Québécois dont l’empreinte a fortement marqué le Canada français : Québec : Duplessis et après... analyse l’influence de la doctrine politique de l’ancien premier ministre sur le Québec actuel; Peut-être Maurice Richard dépeint la vie de l’un des plus grands joueurs de hockey de tous les temps; et Je chante à cheval avec Willie Lamothe étudie la personnalité fort originale de ce « cow-boy » canadien-français.

Treize films spéciaux d’une heure sont vendus au réseau anglais de Radio-Canada, pour diffusion aux heures de pointe. Deux d’entre eux permettent aux téléspectateurs de faire la connaissance de Canadiens de grande renommée : Norman Jewison, Filmmaker, portrait authentique de cet expatrié canadien durant la réalisation d’une production de dix millions de dollars, Fiddler on the Roof et Jablonski, sur ce pianiste de concert canadien d’origine polonaise. D’autres films sont destinés à alerter l’opinion : Atonement (Compte à rebours) et Death of a Legend (La fin d'un mythe) évoquent les menaces qui planent sur l’environnement naturel; Sad Song of Yellow Skin (Le jaune en péril) et The India Trip (Un voyage en Inde) donnent un aperçu de ce que les autres nations attendent de l’Occident; A Matter of Fat (Qui perd gagne) traite des dangers de l’obésité et des effets d’un excès de poids sur le caractère d’un homme.

En écho à la nouvelle politique du gouvernement fédéral sur le multiculturalisme, l’ONF entreprend la réalisation de 60 films destinés au personnel enseignant pour faciliter l’apprentissage de l’anglais ou du français, langue seconde, par le truchement du drame, de la comédie, du mystère et du mélodrame. Les séries Toulmonde parle français, Filmglish et Adieu Alouette démontrent de façon objective les avantages qui découlent de la connaissance d’une autre langue.

Le programme Challenge for Change/Société nouvelle s’efforce de renverser les barrières qui bloquent la compréhension et la communication entre gens qui partagent des intérêts et des problèmes communs ainsi qu’entre gouvernants et gouvernés. Nell and Fred aborde le problème de la vieillesse et pose la question à savoir si les services assurés aux vieillards répondent à leurs besoins affectifs. Encounter on Urban Environment relate le déroulement d’un séminaire d’une semaine réunissant des spécialistes de diverses disciplines ainsi qu’un vaste échantillon de citoyens et citoyennes de la région de Halifax-Dartmouth. Jouant un rôle de catalyseurs, les spécialistes mènent les membres d’une communauté à procéder à une autoanalyse remettant en question cette communauté même, les services gouvernementaux et privés, ainsi que la responsabilité des individus dans l’édification de l’avenir de leur propre communauté.

Après une expérience initiale de formation avec une équipe de production amérindienne, qui avait débuté en 1968, la Production anglaise, conjointement avec le ministère des Affaires indiennes, met sur pied le Programme de formation des Indiens. À la suite des succès obtenus, six Indiens de diverses régions du Canada entreprennent un cours de deux ans sur la production et la distribution cinématographiques.

Le Studio d’animation, le plus jeune de tous les services de la Production française, fait preuve de vitalité et de confiance, avec l’adoption de nouvelles techniques. Le film pilote d’une nouvelle série ayant pour thème des légendes esquimaudes, Le hibou et le lemming : une légende eskimo, obtient l’approbation d’un des commanditaires, le ministère des Affaires indiennes et du Nord. Plusieurs courts métrages réalisés par le Studio sont projetés dans les salles de cinéma du Canada, parmi lesquels Les bibites de Chromagnon/The Little Men of Chromagnon et Modulations, deux films bilingues.

Le Studio collabore une fois de plus avec le Conseil national de la recherche pour mettre les ordinateurs au service de la technique d’animation et des effets spéciaux. Des travaux sont entrepris dans un nouveau domaine expérimental, l’exécution directe du dessin sur film 70 mm à l’aide d’un appareil mis au point par Jean de Joux et l’Optical Systems Corporation de Los Angeles. Le chef de studio René Jodoin engage Peter Foldès pour assurer la direction artistique du projet. Une première série de tests constitue le film Metadata, qui place l’ONF et le CNR à la tête de ce domaine. Un autre jalon dans le développement de cette technique sera la réalisation du film La faim/Hunger en 1973.

Le compositeur Maurice Blackburn crée l’Atelier de conception sonore pour la réalisation de trames sonores à l’aide d’instruments acoustiques. L’expérience se poursuivra jusqu’en 1974.

Diffusion des films

Les ressources des 27 bureaux de l’ONF qui prêtent des films directement au public ont été mises à dure épreuve au cours de l’année, les réservations ayant été au nombre de 365 396, ce qui constitue une augmentation de 60 %. Les écoles sont toujours en tête pour les prêts de films, totalisant 60 % de ces demandes. Pour encourager la formation de services communautaires de distribution de films d’un bout à l’autre du pays, l’Office met sur pied un nouveau programme en vertu duquel une réduction de 50 % est accordée aux bibliothèques qui achètent un certain nombre de films et qui en assurent la distribution dans leur communauté.

Parmi les films les plus demandés, en français, mentionnons : Dimensions, Vertige, Vogue-à-la-mer, La Terre est habitée!, Un pays sans bon sens!, Au pays de King Size, Les animaux en marche, Hold-up au Far West et L'ours et la souris. En anglais : Neighbours/Voisins, Pas de deux, Nobody Waved Good-bye (Départ sans adieux), Paddle to the Sea (Vogue-à-la-mer), I Know an Old Lady Who Swallowed a Fly, The Rise and Fall of the Great Lakes, What on Earth! (La Terre est habitée!) et Cosmic Zoom (Zoom cosmique).

Au Canada, un « vieux » film connaît une « seconde carrière » remarquable, en raison des nouvelles relations établies par le Canada avec la Chine. Intitulé Bethune (Bethune, héros de notre temps), ce film retrace l’histoire de ce médecin canadien qui est devenu une figure légendaire en Chine. Terminé par 1’ONF en 1964, et diffusé pour la première fois par Radio-Canada en 1965, ce film a fait l’objet de reprises aux réseaux français et anglais de Radio-Canada.

L'ONF

Le Cabinet accepte la politique du gouvernement en matière de films, soumise par le ministre Gérard Pelletier. On y suggère pour l’ONF la décentralisation des services de production en faveur de centres régionaux et une plus grande activité dans le domaine du film éducatif, le partage de sa production de films commandités avec l’entreprise privée et la création du Bureau des festivals pour appuyer la mise en marché des films canadiens au pays et à l’étranger. Ces mesures répondent aux récriminations de l’industrie privée et ramènent l’ONF à sa vocation éducative d’origine, si chère à John Grierson.

À l’été, la régionalisation des activités est officiellement amorcée. Le seul bureau survivant des mesures d’austérité, celui de Vancouver, devient le Centre de production de Vancouver. Un bureau sera ouvert à Halifax au début de 1973, de même que des studios à Winnipeg et à Edmonton en 1974, et un autre en Ontario, à Toronto, en 1976.

Deux sujets controversés font la manchette des médias. En premier lieu, la division Halifax-Darmouth de la Monarchist League of Canada conteste le fait que l’ONF ait retiré de ses cinémathèques trois de ses films portant sur les visites royales. De fait, ces films en particulier et beaucoup d’autres ont été retirés, soit parce qu’ils faisaient l’objet d’une faible demande ou parce qu’ils n’étaient plus d’actualité; ils ont été transférés à la Cinémathèque d’archives, et le public peut encore les obtenir sur demande. La deuxième question a trait à l’ordre donné par le commissaire Sydney Newman d’interrompre la réalisation du film 24 heures ou plus, par suite d’un conflit avec le réalisateur indépendant Gilles Groulx quant au message du film. Selon le commissaire, le public canadien ne lui pardonnerait jamais d’avoir autorisé la réalisation et la distribution d’un film qui préconise le renversement des systèmes politique et économique au Canada. Ce film sera quand même terminé en 1973, mais il ne pourra être distribué qu’en 1976, quand l’interdit sera levé sur les trois films censurés six ans auparavant, soit Cap d'espoir, On est au coton et 24 heures ou plus.

Au cours des dernières années, l’utilisation de plus en plus grande de pellicule couleur pour les productions a fait diminuer le traitement de films noir et blanc à un point tel qu’il n’est plus rentable pour l’Office, ne comptant que pour 20 % du potentiel des laboratoires. Après délibération, il est décidé de confier ce travail à des laboratoires de Montréal, Ottawa et Toronto. Le personnel et les installations de l’ONF seront désormais affectés à satisfaire les demandes croissantes de traitement de pellicule couleur. Seul un petit service de traitement noir et blanc sera conservé pour certains travaux très spécialisés.

Une autre tendance liée à l’évolution du médium concerne le ruban magnétoscopique, qui est en train de supplanter la pellicule pour une partie de plus en plus grande du tournage en noir et blanc. Les transferts sur pellicule des rubans magnétoscopiques de type industriel sont exécutés surtout pour le programme Société nouvelle/Challenge for Change. Pour les cinéastes, l’enregistrement sur rubans magnétoscopiques présente certains avantages, puisque la postsynchronisation instantanée permet de juger immédiatement de la qualité de l’exécution. Avec la pellicule, en revanche, il faut reprendre la scène en cas de doutes, d’où une augmentation des coûts.

Les productions de l’Office remportent 86 prix à des festivals internationaux. Le film d’animation Zikkaron, réalisé par Laurent Coderre, obtient le Grand Prix pour la technique au Festival international du film de Cannes, en France. On assiste également à une augmentation des mentions spéciales décernées au personnel et aux films de l’ONF. En effet, le réalisateur Colin Low reçoit le premier prix Grierson pour sa contribution exceptionnelle au cinéma canadien au Canadian Film Awards, et un hommage est rendu à Norman McLaren pour son travail de pionnier dans le domaine de l’animation. McLaren est acclamé à New York au premier Festival international du film d’animation des États-Unis, et une rétrospective de ses œuvres est présentée au Musée d’art de Philadelphie. Colin Low et Norman McLaren se distinguent aussi en recevant chacun un doctorat honoris causa d’une université canadienne : le premier, de l’Université de Calgary, le deuxième, de l’Université York.

Les cinéastes et leurs œuvres

L’ONF et le ministère des Affaires extérieures veulent utiliser toutes les possibilités du film pour faire mieux connaître le Canada à l’étranger. Un nouveau film commandité par ce ministère, Here Is Canada (Voici le Canada) raconte l’histoire du pays, de sa population, de son industrie, de ses sciences et de ses arts. Il est présenté à l’Exposition commerciale canadienne, qui se tient pendant douze jours à Pékin, en Chine, à laquelle l’ONF participe. La présentation des films de l’Office connaît un immense succès. Quelque dix mille personnes assistent chaque jour aux projections, dont celle de Here Is Canada, qui remporte un véritable triomphe. L’Office réussit, en un temps record de trois semaines, à en créer la version chinoise.

À la télévision, la série de douze films Adieu Alouette, diffusée par le réseau anglais de Radio-Canada, est très appréciée. Parmi les films qui remportent le plus de succès, il convient de signaler The Ungrateful Land: Roch Carrier Remembers Ste-Justine (Une terre ingrate - Roch Carrier se souvient de Sainte-Justine), sur le romancier et auteur dramatique Roch Carrier, Why I Sing (Je chante pour...), sur l’artiste Gilles Vigneault, La gastronomie, Une job steady… un bon boss, de l’humoriste Yvon Deschamps, ainsi que les deux épisodes sur Le Devoir, Part 1: 1910-1945, Do What You Must et Le Devoir, Part 2: 1945-1973, The Quiet Revolution.

Pour souligner le décès de John Grierson, survenu le 19 février 1972 à Bath, en Angleterre, à l’âge de 73 ans, le Programme anglais fait un devoir de mémoire avec Grierson (Monsieur John Grierson). On y évoque la vie et l’œuvre du père du documentaire et fondateur de l’ONF, et les divers visages de John Grierson, homme du 20e siècle, éducateur, réalisateur, propagandiste et pionnier des communications modernes. Le film sera présenté à la télévision en mai 1973.

Les longs métrages québécois remportent un succès grandissant, et trois films destinés aux salles sont terminés durant l’année. Le temps d'une chasse, de Francis Mankiewicz, raconte les aventures de trois hommes et d’un garçonnet au cours d’une expédition de chasse à l’orignal qui tourne au tragique; il remporte trois Etrogs au Palmarès du film canadien, en version originale avec sous-titres en anglais. Taureau, de Clément Perron, qui relate une histoire d’amour dans un village où règne l’intolérance à l’endroit d’une famille, passe à l’écran dans tout le Québec; en plus, une version sous-titrée en anglais est présentée à Toronto. Le troisième long métrage commercial, O.K. ... Laliberté, de Marcel Carrière, qui sortira à l’automne 1973, montre les difficultés que doit affronter un homme de 40 ans qui quitte sa femme et son emploi pour refaire sa vie.

Deux artistes qui deviendront célèbres au cours des prochaines années, le metteur en scène André Brassard et l’écrivain Michel Tremblay, signent un film de fiction de 30 minutes, Françoise Durocher, waitress, le premier comme réalisateur et scénariste, le second, comme auteur du texte. C’est l’histoire de 25 serveuses portant toutes le même nom : Françoise Durocher. Le film est présenté au cours de l’émission de prestige Les Beaux Dimanches, à Radio-Canada, aux heures de grande écoute, et il obtient un prix au Palmarès du film canadien.

Dans le programme Société nouvelle/Challenge for Change, les problèmes des grandes agglomérations urbaines, le transport en commun et les conséquences de l’évolution sociale pour la femme sont les principaux sujets de film de l’année. Urbanose, une série traitant des problèmes urbains, est présentée aux heures de pointe au réseau français de Radio-Canada; les idées avancées au cours de ces émissions sont rapidement mises en application par des groupes de citoyens et citoyennes. Ces films sont également à l’affiche du Musée des beaux-arts de Montréal, au cours de son programme d’été centré sur la cité. À Québec, un distributeur de l’ONF dirige l’opération « Arrive en ville » en présentant la série Urbanose à la télévision communautaire et par câble, afin d’éveiller la population aux problèmes de la rénovation urbaine.

Les efforts soutenus en vue de mettre sur pied un studio d’animation dynamique sont couronnés de succès, et la critique internationale reconnaît la valeur des travaux réalisés. Balablok, un dessin animé sur la futilité de la guerre – des cubes, des blocs ou des cercles décident que tout le monde devrait se rassembler – est accepté dans la catégorie des courts métrages au Festival international du film de Cannes et remporte la Palme d’or. Une autre réalisation, Le vent, qui parle du monde merveilleux de l’enfance et des caprices du vent, obtient une médaille d’or au premier Festival international du film d’animation des États-Unis à New York, et Dans la vie... est jugé le meilleur film d’animation au Palmarès du film canadien.

Recherche et applications technologiques

L’année a été exceptionnellement fructueuse pour les Services techniques et artistiques; ils comptent, en effet, deux premières mondiales parmi leurs principales réalisations. Des demandes de brevet ont été déposées pour deux inventions, à savoir : le système d’horloge électronique Time Index et un procédé de montage d’une bande vidéo d’un demi-pouce.

Le système d’horloge électronique Time Index est l’un des projets de recherche les plus importants de l’ONF. Plus maniable et efficace que la claquette, il permet une synchronisation silencieuse des éléments audio et visuels. Durant le tournage, une caméra et un magnétophone impriment, indépendamment l’un de l’autre, un code de temps sur la pellicule et le ruban. Des appareils électroniques lisent ces codes durant la synchronisation et permettent, au montage, de faire correspondre exactement le son et l’image. La nouvelle de l’invention s’est répandue en Europe après la présentation d’un document sur cette question aux réunions de la Society of Motion Picture and Television Engineers (SMPTE) à Los Angeles, Toronto et Montréal. L’ONF a été invité à faire une démonstration de l’appareil en Angleterre au mois de juin.

Le procédé de montage des bandes magnétoscopiques d’un demi-pouce vise à éviter les lenteurs et la monotonie du système utilisé précédemment, lequel exigeait des coupures nettes à certains moments. Les résultats obtenus n’étaient que trop souvent un simple effet du hasard. Le nouveau procédé élimine le danger des coupures faites au petit bonheur et permet un montage automatique de la bande. Des exposés ont été présentés à diverses réunions des sections composant la SMPTE.

Parmi les autres inventions, une nouvelle méthode pour masquer les égratignures de la pellicule a été trouvée, ce qui permet de prolonger la durée de la copie et de préserver la qualité des négatifs qui servent à la reproduction à plusieurs exemplaires.

Un autre progrès concerne l’enregistrement d’une image unique sur une bande vidéo d’un demi-pouce. Cette façon de faire permet d’effectuer une postsonorisation immédiate pour vérifier les séquences d’animation, sans plus attendre le traitement et le tirage de la pellicule.

Après avoir élaboré, en 1970, des hydrophones à large bande passante (20 Hz à 150 kHz) pour prise de son sous-marine, l’ONF vient de produire un système d’interphone et d’éclairage pour ce type de tournage. Les nouveaux hydrophones servent à améliorer les communications entre les plongeurs, de même qu’entre ceux-ci et les personnes à la surface. Ils ont été utilisés avec succès pour plusieurs productions, y compris des séquences tournées sous les glaces de l’Arctique dans Sub-igloo, un film fascinant qui permet de voir, sur les lieux mêmes, la délicate mise en place d’un observatoire sous-marin dans la mer polaire.

Un autre projet intéressant est la conception et la mise au point de systèmes mobiles de télévision, en circuit fermé, pour un programme de l’Agence canadienne de développement international réalisé en Tunisie. Des techniciens de ce pays seront entraînés, sous la direction de l’ONF, à utiliser ces systèmes conçus pour aider le gouvernement tunisien à diffuser des renseignements pratiques et clairs aux fermiers, afin d’améliorer les récoltes.

L'ONF

L’ONF reçoit fréquemment, à son bureau central de Montréal, des hauts fonctionnaires, du personnel enseignant, des élèves, des cinéastes, des distributeurs de films en provenance de différentes provinces du Canada ou de l’étranger. Parmi les visiteurs de marque, cette année, l’Office a reçu le Secrétaire d’État du Canada, M. Hugh Faulkner, qui a inauguré l’édifice John Grierson, nommé en mémoire du fondateur de l’ONF. Mme Indira Gandhi, première ministre de l’Inde, ainsi que M. Lev Kulidjanov, président de l’Association des cinéastes de l’URSS et membre du Soviet suprême, ont chacun demandé à visiter les installations de l’Office.

Le Centre de photographie publie des albums de photos et organise des expositions d’œuvres réalisées par des photographes canadiens. Le dernier de ces albums, Canada, obtient un grand tirage. Ce volume a été préparé à la demande du bureau du premier ministre Pierre Elliott Trudeau pour être présenté à la reine et aux chefs d’État qui assistent à la Conférence du Commonwealth, à Ottawa. Une maison d’édition publie une version à prix populaire de cet album qui est tellement prisé par le public qu’il doit être réédité.

Le Bureau des festivals du Secrétariat d’État a confié au Service de l’information et de la promotion de l’ONF le mandat de coordonner les efforts déployés en vue de la promotion de tous les films canadiens au Festival international du film de Cannes. Devant le succès de ce projet, le Secrétariat d’État demandera à l’ONF de recommencer l’année prochaine.

Le British Film Institute rend hommage à l’Office en organisant, durant deux semaines, une rétrospective de 60 films réalisés durant les 35 années d’existence de l’Office. La Society of Film and Television Arts de Grande-Bretagne avait, au préalable, décerné à l’ONF le prix Robert Flaherty pour le film Grierson (Monsieur John Grierson), pour le meilleur documentaire de long métrage, ainsi que le prix du meilleur court métrage pour Tchou-tchou.

Les cinéastes et leurs œuvres

Jusqu’aux années 1970, sauf à de rares exceptions, le cinéma était fait par des hommes, et les femmes étaient reléguées au rôle d’assistantes. Une première série importante, En tant que femmes, produite par Anne Claire Poirier, met fin à cette suprématie. Non seulement les films de cette série parlent-ils de la situation de la femme, mais ce sont des femmes qui en assurent la mise en scène et participent à presque toutes les étapes de la production et de la distribution. Les quatre premiers films de la série présentés sur le réseau de Radio-Canada traitent de la mise en place de garderies d’État (À qui appartient ce gage?), des modes de relations possibles de la femme avec l’homme (J'me marie, j'me marie pas), de la perte d’identité de la femme qui ne vit qu’en fonction de sa famille (Souris, tu m'inquiètes) et de l’histoire du Québec réécrite au féminin (Les filles du Roy). À l’occasion de la première diffusion, un standard spécial est installé à l’ONF, permettant au public de téléphoner pour faire part de ses commentaires. La réaction de ce dernier dépasse tellement les prévisions que les circuits sont complètement encombrés par les appels. La compagnie de téléphone insiste alors pour que l’Office fasse installer des lignes supplémentaires pour les émissions suivantes. Un cinquième film sur la réalité vécue par les adolescentes (Les filles c'est pas pareil) est en cours de production, et un dernier, sur les problèmes de la contraception et de l’avortement (Le temps de l'avant), viendra compléter la série en 1975.

Depuis sa création en 1964, le Programme français aide fréquemment de jeunes cinéastes de l’extérieur en leur prodiguant des conseils techniques ou en leur prêtant de l’équipement pour réaliser leurs premiers films. En 1973, Jean Roy, responsable du Service de la caméra, officialise cette activité en mettant en place l’Aide artisanale au cinéma et à la formation. Ce programme changera quelques fois de responsable et même de nom au cours des années (Programme d’aide à la production indépendante en 1985, Aide au cinéma indépendant [Québec] en 1989, Aide au cinéma indépendant [Canada] ACIC en 1994), mais il poursuivra toujours son mandat d’offrir son savoir-faire ainsi que ses services à des cinéastes dont les projets de film sont particulièrement novateurs sur le plan de la forme ou du contenu.

Le programme Société nouvelle/Challenge for Change se poursuit, et neuf ministères fédéraux font maintenant partie, avec l’ONF, du comité interministériel : Agriculture, Société centrale d’hypothèques et de logement, Communications, Affaires indiennes et du Nord, Travail, Main-d’œuvre et Immigration, Santé et Bien-être social, Expansion économique régionale et Secrétariat d’État (Citoyenneté). À North York, en banlieue de Toronto, une grève survenue à l’usine Artistic Woodworkers fournit l’occasion d’illustrer l’aide que ce programme peut apporter à la population. Le comité représentant les grévistes a demandé au délégué de l’ONF de filmer les altercations entre policiers et grévistes. Une courte bande vidéo a ensuite été présentée au maire de Toronto, aux différents conseils et à la police métropolitaine. Cet apport de renseignements a permis de prendre des mesures propres à calmer et à corriger une situation qui risquait de devenir explosive.

L’Office étend ses services jusqu’à Halifax, en vue de créer le Centre de production des provinces de l’Atlantique. Celui-ci entrera en activité le ler avril 1974. On utilisera alors les services et les installations techniques de ce centre, et l’on fera appel aux cinéastes de la région. Ce n’est que lorsqu’il faudra réaliser des films dans les deux langues, anglaise et française, que l’on aura recours aux ressources du Bureau central.

À Vancouver, on augmente l’effectif du Centre de production, en raison, tout particulièrement, de l’intérêt manifesté par les réalisateurs locaux à l’égard des techniques d’animation. Les objectifs de production sont atteints, et huit films documentaires ainsi que cinq films d’animation éclair d’une minute chacun sont réalisés.

Diffusion des films

Le sujet le plus populaire de l’année est sans contredit Cry of the Wild (Le chant de la forêt). Projeté d’abord dans le nord de l’Alberta, ce film remporte ensuite un succès foudroyant aux États-Unis et au Canada, où il est présenté simultanément dans de nombreuses salles de cinéma. En novembre, il est projeté dans 235 salles dans l’ouest des États-Unis. À la fin du mois de décembre, 165 salles en retiennent des copies. En janvier suivant, il sera à l’affiche dans 50 salles de la ville de New York, où il rapportera plus d’un million de dollars, chiffre dépassé uniquement par The Exorcist pendant la même semaine. Ce film connaît le même succès au Québec, en février. En outre, la version française Le chant de la forêt est à l’affiche de 24 cinémas simultanément. À la fin de l’année, les recettes dépassent 4,5 millions de dollars, et la distribution se poursuit au Canada, aux États-Unis et ailleurs.

Le Service de distribution adopte une politique spéciale de repiquage des films afin de répondre à une demande croissante et de maximiser la distribution. Ainsi, l’Office accorde aux organismes d’enseignement le droit de convertir certains films sur bande magnétoscopique pour pouvoir les diffuser au moyen de leur système de télévision scolaire. Des ententes sont signées avec les ministères de l’Éducation de l’Alberta, de la Colombie-Britannique, du Manitoba, de l’Ontario et du Québec.

L'ONF

Le premier mandat de cinq ans de Société nouvelle/Challenge for Change s’achèvera en 1975. L’ONF est convaincu que le programme doit se poursuivre et il élabore des plans pour en assurer la continuation. Les arguments en faveur du programme sont nombreux, et les accomplissements aussi. À Halifax, par exemple, 24 détenus du pénitencier de Springhill ont participé à un projet de vidéo qui a donné lieu à un nouveau type de dialogue entre les prisonniers, les responsables de l’établissement et les membres de la communauté. À Thunder Bay, le réseau anglais de Radio-Canada a diffusé une vidéo sur la cessation des activités d’une industrie de base à Armstrong. Cette présentation a par la suite donné lieu à l’ouverture, par une société de pâte à papier de la région, d’une zone d’exploitation forestière, créant ainsi de nouveaux emplois. Dans le Bas-Saint-Laurent, des gens de la région ont participé à la réalisation de Chez nous, c'est chez nous, qui traite de la fermeture des paroisses marginales, de même qu’à celle d’une vidéo intitulée Les travaillants, dans laquelle ils font part des mesures qu’ils désirent prendre pour améliorer leur situation. La revanche, qui traite de la gestion des entreprises au Lac-Saint-Jean, est distribuée aux communautés dans les régions possédant des industries forestières au Québec et au Nouveau-Brunswick, ainsi que parmi les groupements syndicaux.

La Production française ouvre ses premiers centres de production hors Québec, dans les principales concentrations francophones canadiennes, soit à Moncton et à Winnipeg, et, l’année suivante, à Toronto. Dans chacun de ces bureaux, un producteur délégué entreprend, en collaboration avec le Comité d’action régionale, un programme de repérage de cinéastes et d’artisans, d’entraînement et de production artisanale. Cette ouverture de l’ONF se veut une promesse à long terme d’une interprétation du pays encore plus authentique, puisqu’elle est réalisée par des cinéastes vraiment enracinés dans le milieu faisant l’objet de leurs films.

À la Production anglaise, on s’est penché plus qu’à l’ordinaire sur les préoccupations d’un monde en évolution. La création du Studio sur l’environnement a été précédée par deux ans de recherche sur le rôle que peut jouer le film dans l’éveil de la conscience écologique. Ce studio, dirigé par Roman Bittman, est déjà engagé dans la production de plus de 40 films et fournit ainsi une aide canadienne à la recherche de solutions aux problèmes mondiaux de l’alimentation, de l’énergie et des ressources.

Deux films, La faim/Hunger et The Family That Dwelt Apart, sont sélectionnés pour un Oscar® à Los Angeles, preuve de la haute estime internationale dont ne cessent de jouir les films d’animation à préoccupations sociales de l’ONF. Parmi d’autres honneurs remportés, on compte un Prix spécial du jury pour le film La faim/Hunger présenté au Festival international du film de Cannes et, pour la quatrième fois pour l’ONF au cours des six dernières années, le prix Robert Flaherty pour le meilleur film documentaire attribué à Cree Hunters of Mistassini (Chasseurs cris de Mistassini) par la Society of Film and Television Arts de Grande-Bretagne.

Les cinéastes et leurs œuvres

Après le coup d’envoi donné l’année précédente avec En tant que femmes, c’est au tour de la réalisatrice et productrice Kathleen Shannon, au Programme anglais, de donner la parole aux femmes avec la série Working Mothers. Ses onze films traitent des difficultés et des contradictions de la vie des femmes, et soulèvent les questions de l’accès à l’éducation, l’accessibilité aux soins pour les enfants et l’égalité des salaires.

Après cette série, Kathleen Shannon décide de mettre sur pied le Studio D, la première unité féministe de production de films établie dans le monde. Six réalisatrices permanentes et plusieurs productrices se joignent à ce studio, ainsi que du personnel de soutien. Près de la moitié des films sont dirigés par des réalisatrices indépendantes venues de partout au pays. Pendant 22 ans, le Studio D produira d’énormes succès et obtiendra une importante notoriété internationale. Trois films remporteront un Oscar® : I’ll Find a Way (Je trouverai un moyen), de Beverly Shaffer, sur l’histoire d’une courageuse petite fille de 9 ans atteinte du spina-bifida (1978); If You Love This Planet (Si cette planète vous tient à coeur), de Terre Nash, un vibrant appel en faveur du désarmement nucléaire, qui sera interdit par le ministère de la Justice des États-Unis, étant considéré comme de la propagande politique (1983); et Flamenco at 5:15 (Flamenco à 5 h 15), réalisé par Cynthia Scott, une leçon de danse donnée par Susana et Antonio Robledo (1984).

Les films du Studio D suscitent souvent la controverse et, en 1981, ce sera au tour de Not a Love Story: A Film About Pornography (C'est surtout pas de l'amour - Un film sur la pornographie) à faire les gros titres et à attirer des foules considérables dans les cinémas du monde entier. Peut-être un des films les plus honnêtes et stimulants au sujet de la pornographie jamais réalisé, il sera cependant considéré comme trop provocant par le Ontario Censor Board, qui en interdira la diffusion. Quelques années plus tard, ce sera la sortie de Forbidden Love: The Unashamed Stories of Lesbian Lives, qui provoquera énormément de réactions. Ce sera le premier film important à traiter de la culture lesbienne au Canada des années 1950 et 1960. Le film connaîtra un énorme succès, autant au cinéma qu’à la télévision, et vaudra au Studio son premier prix Génie.

En 1986, Kathleen Shannon sera décorée de l’Ordre du Canada pour l’ensemble de son œuvre au sein du Studio D et sa contribution à la cause féministe.

En dépit de ses accomplissements, en 1996 le Studio D sera fermé à la suite d’une période de restructuration à l’ONF. Il aura produit plus de 125 films et suscité l’admiration et le respect partout dans le monde. Son héritage sera présent grâce à ses films et survivra à travers les centaines de réalisatrices indépendantes au pays luttant avec le même esprit que celles qui ont courageusement ouvert la voie.

En 1971, la Production anglaise avait mis sur pied le Programme de formation des Indiens, conjointement avec le ministère des Affaires indiennes et du Nord. Deux productions émergent cette année de ce programme d’apprentissage : Our Land Is Our Life (Nos terres, source de vie), une analyse de ce qui est en jeu dans les revendications territoriales des Autochtones s’ils acceptent la compensation financière accordée par le gouvernement pour le projet hydroélectrique de la Baie-James. L’équipe de tournage qui venait de terminer Our Land Is Our Life, ayant été retenue sur place par une tempête de neige, a continué les prises de vues ; c’est ainsi qu’a été réalisé Cree Hunters of Mistassini (Chasseurs cris de Mistassini), lauréat du prix Robert Flaherty pour le meilleur documentaire. Les deux films sont utilisés dans les rencontres des Cris pour les amener à décider des réclamations à faire concernant leurs terres et les stimuler à exercer des pressions en vue d’obtenir une meilleure éducation pour leurs enfants et de contrer l’expansion industrielle et technologique sur leurs territoires.

Un film très intéressant réalisé pour le ministère de la Défense nationale sera présenté à l’occasion d’expositions itinérantes. The Dual Role (Le rôle double) utilise pour la première fois le système à double piste sonore qui permet d’entendre l’anglais, le français ou les deux langues à partir d’une même bande optique. Cela réduit le nombre de copies nécessaires et permet l’adaptation immédiate aux besoins du public. Il s’agit d’une percée importante pour le fonctionnement à prix réduit des services bilingues.

Operation G.A.T.E. ainsi que son équivalent français Opération E.T.G.A sont présentés en première au septième Congrès météorologique mondial à Genève. Produits par Don Virgo et réalisés à l’intention du Service de l’environnement atmosphérique et du Service des pêches et des sciences de la mer d’Environnement Canada, ces deux films canadiens traitent du très important Programme de recherche sur l’atmosphère globale.

Recherche et applications technologiques

Cette année, les Services techniques ont marqué des progrès sensibles dans les techniques de photographie sous-marine, d’enregistrement sonore sous l’eau et de détection entre deux eaux de l’objet à filmer. Les résultats de ces travaux de recherche ont été largement diffusés, et cela a certes contribué au succès des émissions diffusées sur l’Arctique. Au système de télévision sous-marin mis au point l’année dernière, on a ajouté un caisson sous-marin pour caméra de télévision en couleurs Fernseh, fabriqué pour Radio-Canada.

Les Services techniques ont également élaboré un nouveau procédé peu onéreux de sous-titrage. Les sous-titres sont imprimés sur une bande séparée et reproduits sur l’écran par un projecteur de cinéma distinct du projecteur principal et synchronisé grâce à un simple dispositif à griffes. Ce système permet d’offrir des sous-titres en plusieurs langues à peu de frais, puisqu’on n’utilise qu’une seule copie du film.

Une partie de ce dispositif de bande séparée a été adaptée pour composer un système sonore semblable au précédent. Ce système sonore comprend un magnétophone de prix modique transformé pour fonctionner en synchronisation avec le projecteur. On peut ainsi ajouter une seconde langue sans avoir à supporter le coût d’une nouvelle copie du film.

L'ONF

Le commissaire adjoint André Lamy est nommé commissaire au mois d’août en remplacement de Sydney Newman, dont le mandat, qui se terminait en juillet, n’avait pas été renouvelé par le gouvernement. Selon ce qu’André Lamy mentionne dans son premier rapport annuel de 1975-1976, il est temps pour l’ONF de se tourner vers l’avenir du film canadien et d’examiner le rôle prépondérant que l’Office sera alors appelé à jouer. Dans cette perspective, il établit un plan d’action quinquennal dans le but de renouveler et de rétablir le rôle de l’ONF en tant que force stimulante significative.

Le plan quinquennal vise le progrès du film canadien dans son ensemble. Pour s’en rendre compte, il suffit de considérer l’orientation des principaux secteurs tels qu’ils sont exposés dans le projet : la régionalisation, l’information sur les films et leur distribution, les services techniques, le bureau d’Ottawa, la gestion financière et les ressources humaines. Chacun de ces secteurs reflète non seulement les besoins d’exploitation et les objectifs de l’ONF, mais aussi les facteurs qui façonnent le cycle complet de la production, de la distribution et de l’utilisation des films au Canada.

L’élaboration d’un programme de production intégré dans chaque région importante du Canada est une priorité pour André Lamy et, en quatre ans, la proportion du budget consacré aux régions passera de 20 à 50 %. La régionalisation a pour objectif d’élargir le cadre des ressources culturelles concentrées à Toronto et à Montréal, pour en arriver à représenter de façon plus complète la diversité et l’expérience qui caractérisent le Canada. En même temps, le projet contribuera à l’épanouissement de nouveaux talents et à l’essor de projets de films locaux.

La distribution des films constitue également un élément important dans la réalisation des objectifs, car elle touche toute l’industrie canadienne du film. En raison de la faible population et du vaste territoire du Canada, il est presque impossible, sauf à une grande entreprise, d’assurer à long terme la distribution de films à la grandeur du pays. Même l’ONF, avec ses 27 bureaux répartis sur tout le territoire, ne peut répondre seul à la demande de services de films communautaires. Il existe donc un réel besoin de fusionner et de coordonner les activités en vue de favoriser la distribution et l’utilisation des meilleurs films canadiens en tout premier lieu. Dans cet objectif, l’ONF travaille à la mise sur pied d’un réseau national informatisé de distribution visant à présenter des films canadiens à la population canadienne et à accorder aux producteurs et productrices d’ici, ainsi qu’aux distributeurs un certain avantage dans la concurrence sur le marché national et international.

Les cinéastes et leurs œuvres

En juin, les efforts de l’ONF portent leurs fruits : le programme Société nouvelle/Challenge for Change est renouvelé pour un mandat de trois ans. L’utilisation de la vidéo se poursuit dans les communautés. À Toronto, le représentant régional travaille en étroite collaboration avec les collèges communautaires de Sheridan et de Humber pour produire des vidéos qui reflètent les préoccupations concernant les possibilités d’emploi, le logement, les garderies et la pollution industrielle et environnementale. À Vancouver, plusieurs vidéos ont servi à la prise de conscience des citoyens qui ont été encouragés à intervenir lorsqu’on a voulu déclarer « industrielle » la municipalité jusqu’alors résidentielle. Ethelbert, petite agglomération agricole du Manitoba en voie de dépérissement, a bénéficié de l’intervention d’un représentant de Société nouvelle/Challenge for Change pour discuter avec les fonctionnaires du ministère de l’Agriculture de la province des possibilités d’améliorer la situation. Pour la première fois depuis des années, les habitants ont manifesté un esprit communautaire; ils ont créé un journal, mis sur pied une chambre de commerce, un immeuble de services du gouvernement, une clinique vétérinaire, une maison pour personnes âgées et une patinoire.

À la Production française, plusieurs films posent un regard critique sur la société. Par exemple, qu’arrive-t-il à l’homme lorsqu’on lui refuse le droit de vivre dans sa propre maison ou sur une terre qui est traditionnellement la sienne? Ces questions sont étudiées dans deux films, l’un de Georges Dufaux, Au bout de mon âge, et l’autre de Pierre Perrault et Bernard Gosselin, Un royaume vous attend. Pour Pierre Perrault, c’est le début d’une aventure qui se poursuivra dans deux autres films, Le retour à la terre (1976) et Gens d'Abitibi (1980), centrés sur un plaidoyer pour la terre et un genre de vie plus humain. Un homme en particulier, Hauris Lalancette, portera la parole de ces gens qui ont cru aux promesses de la colonisation des années 1930 et leur grande déception causée par la fermeture des terres des années 1970. Avec Pierre Perrault, il établira, dans C'était un Québécois en Bretagne, Madame!, des parallèles surprenants entre deux coins de pays laissés-pour-compte. Ce personnage haut en couleur se retrouvera, des années plus tard, dans le film de Denys Desjardins, Au pays des colons (2007), où trois générations de Lalancette persistent à construire leur avenir sur leur terre et à vivre de l’agriculture en dépit des contraintes de la mondialisation et du contrôle du territoire par les compagnies minières et forestières.

Les films pour distribution communautaire constituent la majeure partie de la production anglaise durant l’année. Le Studio D produit une série de courts métrages illustrant les modes de vie des enfants dans différentes régions du Canada. Beverly Shaffer réalise les deux premiers films de la série : My Name Is Susan Yee, sur le quotidien d’une jeune écolière canadienne d’origine chinoise dans le centre-ville de Montréal, et My Friends Call Me Tony, où un jeune garçon aveugle fait partager aux spectateurs une journée dans sa vie.

Les principaux thèmes de l’Année internationale de la femme et le rôle qu’a joué le Canada en tant qu’hôte de la Semaine internationale de la musique ont inspiré plusieurs nouvelles productions. Au Studio D, Maud Lewis, A World Without Shadows (Maud Lewis - Sans ombre) permet de faire la connaissance d’une grande artiste et de son art, alors que Great Grand Mother raconte l’histoire des femmes des Prairies, du début de l’immigration jusqu’à leur victoire lorsqu’elles deviennent les premières à obtenir le droit de vote au provincial. Musicanada, film d’une heure sur la musique au Canada, est présenté au cours de la Semaine internationale de la musique. Il met en vedette des personnes et des groupes de toutes les parties du Canada qui se sont distingués dans ce domaine.

L’atelier de production en super 8 mm de Frobisher Bay, mis sur pied par l’ONF pour former des cinéastes inuits, connaît un essor considérable, mais dans une direction toute particulière. En effet, les cinéastes ont décidé de se regrouper pour produire une émission de télévision hebdomadaire de quinze minutes dans leur propre langue. L’ONF leur offre son appui financier et technique pour la réalisation de l’émission inuite Nunatskiakmiuit.

Sur la scène internationale, le Programme anglais a fourni le personnel et l’équipement nécessaires à la formation en média en Afrique, en Asie, en Amérique centrale et en Amérique du Sud, en vue d’aider ces pays à produire des films pour la conférence des Nations Unies sur les établissements humains qui aura lieu en 1976. Dans la même perspective internationale, l’Office a lancé l’ensemble multimédia Coup d’œil sur le développement international/Spotlight on Development, une étude des modes de vie et des cultures au Kenya, en Malaisie et en Algérie.

Au bureau d’Ottawa, le Centre de photographie du gouvernement canadien a réalisé une production spectaculaire : une carte du Canada mesurant 480 cm sur 80 cm, destinée à la conférence sur le droit de la mer au Japon. Le Centre a également produit un livre bilingue, Entre amis/Between Friends, que le Canada offrira en cadeau aux États-Unis à l’occasion du bicentenaire de ce pays. Produit au coût de 1,2 million de dollars, l’album sera l’un des plus grands succès de l’histoire de l’édition canadienne. La collection de 246 photos en couleurs représentant le Canada et ses habitants connaîtra un tirage initial de 20 000 exemplaires de présentation. Le ministère des Affaires extérieures en offrira 13 000 de la part du peuple canadien au président, aux législateurs, à des bibliothèques publiques et à des établissements d’enseignement aux États-Unis. Les 7 000 exemplaires restants seront distribués aux municipalités, aux bibliothèques publiques et aux établissements d’enseignement du pays. Les éditeurs de l’édition commerciale, McClelland and Stewart, prévoient un tirage de 90 000. Durant 40 semaines au palmarès du livre canadien, Entre amis/Between Friends récoltera 5 M$ de ventes au détail.

Diffusion des films

L’Office étudie un système informatisé de prêts enregistrés, en vue d’offrir le meilleur service possible à la population à un coût minimal. Le système manuel de prêts, en cours à ce moment, est déjà saturé et pourtant, les demandes de service augmentent. Aussi, à la suite d’une étude détaillée, l’Office met un système informatisé à l’essai dans la région de l’Atlantique en vue de rendre le prêt d’un film aussi facile que la réservation d’une place en avion.

Au cours de l’étude sur l’aide à l’éducation, l’équipe de Média et Recherche a fait la découverte suivante : si les films canadiens n’atteignent pas tout l’auditoire qu’ils pourraient, dans le milieu de l’enseignement ou parmi le public en général, c’est par manque d’information et de méthodes fiables et efficaces pour renseigner le public sur les films et les endroits où il peut se les procurer. L’ONF propose donc d’établir un catalogue informatisé des films, à l’échelle nationale, réunissant les secteurs public et privé, et de l’intégrer au système informatisé de prêts à l’étude. La proposition est acceptée par les membres du conseil d’administration, et la date fixée pour la mise en vigueur du système est 1980.

Les productions de l’ONF, dont plusieurs premières, atteignent le record de 34 heures de grande écoute à la télévision. Atlanticanada, qui comprend une série de courts métrages sur les gens, les endroits et les choses intéressantes à voir dans les provinces de l’Atlantique, a fait l’objet d’une émission de télévision spéciale de deux heures et demie à l’échelle nationale. The Heatwave Lasted Four Days est le premier long métrage canadien vendu à un réseau commercial américain, ABC. Le film Action: The October Crisis of 1970 (Les événements d'octobre 1970) a été télédiffusé au cours de la même soirée sur le réseau CBC en anglais et à Radio-Canada en français. Deux réseaux ont acheté pour la première fois un film de l’ONF : CTV a présenté Why Rock the Boat? et Radio-Québec a diffusé Le soleil a pas d'chance, qui a attiré un public de 800 000 personnes. Le total cumulatif de l’auditoire pour les films de l’ONF a dépassé, pour une deuxième année, le milliard.

Une société de télédistribution sur la Rive-Sud fait l’expérience de la télévision sur demande. Six réseaux de télédistribution sont libérés, de sorte que les clients peuvent appeler et demander à voir, sur leur appareil individuel et à l’heure de leur choix, n’importe quel film inscrit dans le catalogue. L’ONF offre 200 films au public avec ce programme expérimental.

Recherche et applications technologiques

L’approche des Olympiques de 1976 et du tournage des Jeux de la XXIe olympiade de Jean-Claude Labrecque amène la conception du système Chronocode, lequel permet de synchroniser plusieurs caméras et magnétophones.

L'ONF

À titre de cinématographe officiel des Jeux de la XXIe olympiade tenus à Montréal, l’Office organise le plus vaste projet coopératif jamais entrepris par la cinématographie canadienne, dans lequel sont engagés un nombre sans précédent de créateurs et de techniciens venant d’un peu partout au pays. Le mandat pour ce film a été établi conjointement avec le Comité international olympique (CIO) et le Comité d’organisation des Jeux olympiques (COJO). Le film de deux heures qui en résulte raconte à la fois l’histoire et l’aspect humain des Jeux. La première mondiale du film a lieu au Cinéma Saint-Denis, à Montréal. Le lendemain, le film est présenté à l’ouverture du Marché international des producteurs de télévision (MIP-TV), à Cannes. Cet événement constitue la première européenne du film qui, à la demande du maire de la Ville de Cannes, est également projeté pour les résidents de la ville. Il est ensuite diffusé sur les réseaux français et anglais de Radio-Canada, et la Société Air Canada le passe durant ses vols internationaux. Des projections sont prévues dans l’ensemble du pays.

Le commissaire André Lamy décide que les temps ont changé depuis la crise d’Octobre de 1970 et qu’il serait maintenant approprié de lever l’interdit qui pèse depuis six ans sur le film Cap d'espoir, de Jacques Leduc. L’ironie de la chose veut que ce soit le même André Lamy qui, alors qu’il était commissaire adjoint, avait porté à l’attention du commissaire Sydney Newman l’aspect controversé de ce film et des deux autres censurés à la même époque, On est au coton et 24 heures ou plus. L’Office étant reconnu comme un lieu de liberté de création, l’interdit de diffusion des trois films est en contradiction totale avec cette philosophie. De plus, André Lamy apprend que le Conseil québécois pour la diffusion du cinéma a décidé de distribuer une copie pirate du film de Denys Arcand, On est au coton. Même si, légalement, il aurait eu le droit d’interdire cette distribution, il décide de ne pas poser ce geste qui entacherait la réputation de l’ONF. Dans le cas de 24 heures ou plus, le cinéaste Gilles Groulx acquiesce finalement à la demande de la direction d’apporter des changements à la narration, en échange de la promesse d’André Lamy d’en mettre deux copies en distribution. En 1977, le film sera considéré par l’Association québécoise des critiques de cinéma comme le meilleur film des cinq années précédentes. Cela met fin à l’épisode de la censure à l’ONF.

Le secrétaire d’État, John Roberts, comparaissant devant le Comité permanent de la radiodiffusion, des films et de l’assistance aux arts, annonce que le Canada confiera au secteur privé plus de 50 % des commandites de films, ce qui aura des répercussions sur l’ONF. Pour contrer les effets négatifs de cette décision, l’Office crée le Conseil de révision des films commandités.

Des films de l’Office sont fréquemment sélectionnés par Hollywood pour recevoir la célèbre statuette, mais c’est la première fois que trois sont choisis la même année : The Street (La rue), réalisé par Caroline Leaf, Volcano: An Inquiry into the Life and Death of Malcolm Lowry (Le Volcan : une réflexion sur la vie et la mort de Malcolm Lowry), dirigé par Donald Brittain et John Kramer, et Blackwood (David Blackwood), réalisé par Tony Ianzelo et Andy Thomson. Plusieurs autres prix ont été attribués à ces films, dont deux prix Génie à The Street, cinq Génie à Volcano et le Grand Prix du Festival international du film sur l’art pour la qualité de l’image à Blackwood.

À l’occasion du Canadian Film Awards, Tom Daly reçoit le prix John Grierson pour sa contribution exceptionnelle au cinéma canadien, et Caroline Leaf, le prix Wendy Michener en tant qu’hommage spécial rendu par le jury à une artisane ou un artisan du cinéma canadien.

Les cinéastes et leurs œuvres

La réalisation du film officiel des Jeux de la XXIe olympiade exige un effort collectif sans précédent à la Production française. Le producteur exécutif Jacques Bobet, le réalisateur Jean-Claude Labrecque et les réalisateurs associés, Jean Beaudin, Marcel Carrière et Georges Dufaux, coordonnent le travail d’une équipe de 168 personnes, partagée en 9 groupes qui parcourent les 28 sites olympiques à Montréal, Kingston et Bromont. Par l’utilisation de la technique du cinéma direct, ils réalisent un film intimiste qui illustre et fait sentir comment les athlètes participant aux Jeux vivent quotidiennement cet événement. Werner Nold, chef monteur, et ses 4 adjoints consacrent 5 mois au montage des 100 000 mètres de pellicule, pour aboutir à un film de 2 heures qui comporte une soixantaine de séquences répondant chacune à une logique et à un rythme de montage propres. Les premières personnes à le voir sont unanimes pour affirmer que l’ONF a magistralement réussi une mission unique en son genre. Le montage de deux films satellites, ...26 fois de suite! et Nelli Kim, a été entrepris sous la direction de Jacques Bobet à partir du métrage tourné pendant les Jeux.

Une autre réalisation importante de l’année, J.A. Martin photographe, de Jean Beaudin, est applaudie par la critique dès son lancement. Le film se déroule dans une région rurale du Québec, au tournant du 20e siècle, à l’époque où le rôle de la femme en tant qu’épouse et mère était bien défini et rarement mis en question. Le film est sélectionné dans la compétition officielle du Festival du film de Cannes, où il remportera le Prix du jury œcuménique ainsi que la Palme d’or pour la meilleure interprétation féminine, celle de la comédienne Monique Mercure. Au pays, l’Académie canadienne du cinéma et de la télévision lui décernera sept prix Génie : meilleur long métrage de fiction, meilleure réalisation (Jean Beaudin), meilleur montage (Jean Beaudin, Hélène Girard), meilleure interprétation féminine (Monique Mercure), meilleure photographie (Pierre Mignot) et meilleur son d’ensemble (Jean-Pierre Joutel).

Le cinéaste Michel Régnier réalise une série de 30 films d’une demi-heure destinés à la formation du personnel des soins de santé en Afrique francophone. Une initiative de l’Office, le projet Santé-Afrique, est financée par l’Agence canadienne de développement international (ACDI) et officiellement appuyée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), pour qui la formation du personnel de la santé revêt une importance capitale. La recherche et la planification sont faites en collaboration avec des spécialistes de la santé africains et d’autres experts en vue d’assurer l’efficacité et l’intégration appropriée du travail. La deuxième phase du projet de cinq ans se poursuit jusqu’en janvier 1980; elle comprend la production complète des films, la tenue de stages de formation et la planification de l’opération de mise en distribution.

Habitat, la première conférence des Nations Unies sur les agglomérations humaines à s’exprimer surtout par les moyens audiovisuels, s’est déroulée en Colombie-Britannique du 31 mai au 11 juin. L’ONF a joué un rôle primordial dans l’organisation de ce projet parrainé par l’Agence canadienne de développement international (ACDI) et le ministère des Affaires urbaines. Il a fourni son concours à la production de plus de 200 films et installations audiovisuelles présentés par les pays participants. L’ONF, en collaboration avec le Ministère et l’Université de la Colombie-Britannique, s’occupe aussi de produire les versions en diverses langues des films de la conférence et d’en faire la distribution. Le film canadien A Sense of Place (Une place au monde), une coproduction de l’ONF et du secrétariat de Habitat, a été tourné dans huit pays et montre le besoin des humains de trouver un lieu à leur convenance.

Au Studio d’animation, Jacques Drouin s’intéresse particulièrement à l’écran d’épingles, un assemblage de milliers d’épingles qui peuvent être déplacées pour former des dessins. À partir de cette technique, il crée Le paysagiste/Mindscape, pour lequel il remportera 17 prix, dont le Prix spécial du jury au Festival international du cinéma d’animation, à Ottawa.

Diffusion des films

La mise en chantier, en 1974, de six documents cinématographiques sur les personnes âgées a amené l’ONF à prêter son concours à l’organisation, à Montréal, d’une semaine sur « L’âge et la vie ». Désireux d’assurer un impact social à ces films, les artisans de quatre de ces œuvres ont sensibilisé des organismes soucieux de changer l’attitude du public envers le troisième âge. Ils ont obtenu des subventions du ministère québécois des Affaires sociales et du ministère fédéral de la Santé et du Bien-être, et l’ONF a mis au service du projet les installations de la production, l’information-publicité ainsi que ses services techniques. Un programme complet d’information et d’activités a pu ainsi être élaboré, dont un mini-festival cinématographique sur le vieil âge avec les films Rose et Monsieur Charbonneau, Les vieux amis, Blanche et Claire et Monsieur Journault, réalisés par Guy L. Côté, et Les jardins d'hiver et Au bout de mon âge, une réalisation de Georges Dufaux. L’impact de cet événement a été tel qu’il a largement débordé le cadre d’une semaine prévu à l’origine et qu’il a touché toute la province.

L’ONF inscrit 50 titres de Radio-Canada à son catalogue. Cette entente, appelée à se renouveler, contribuera à enrichir le catalogue de l’ONF et à accroître le nombre de films mis en circulation.

L'ONF

Dans le rapport annuel de l’année 1977-1978, on rappelle que ce qui distingue les produits de l’ONF de ceux des autres grands véhicules d’information, c’est, d’abord et avant tout, le fait que l’Office n’a pas à rendre compte quotidiennement des péripéties de la vie politique, culturelle, sociale et économique du pays. Contrairement aux journalistes, les cinéastes de l’ONF ne cherchent pas à faire la manchette. Il leur est donc possible de choisir leur sujet d’analyse en tenant compte de leur pertinence à long terme pour la population, de même que de témoigner de l’évolution de la vie sous ses aspects les plus divers. Alors, parce que leur but est différent, cherchant à comprendre, à expliquer et parfois à provoquer la réflexion et le changement plutôt que de simplement rapporter des faits, les cinéastes peuvent se donner le temps d’approfondir leur sujet et d’offrir une vue plus complète et plus fouillée des événements que celle livrée quotidiennement par les autres médias d’information.

Les films d’animation ont encore une fois fait honneur à l’ONF, alors que Spinnolio, de John Weldon, a reçu le Prix du meilleur film d’animation au Palmarès du film canadien et que The Metamorphosis of Mr. Samsa, de Caroline Leaf, a remporté le Prix spécial de la critique au Festival d’animation d’Annecy, en France. Ce festival a aussi décerné à l’ONF un prix pour l’ensemble de sa participation. Le film L'affaire Bronswik, de Robert Awad et André Leduc, a été lancé au Festival du film de 16 mm à Montréal, puis sera accepté dans la compétition officielle du Festival de Cannes en 1978.

Les cinéastes et leurs œuvres

Deux ans plus tôt, sous la direction de Jacques Leduc, débutait une expérience de cinéma-vérité ayant pour objet de chercher et de filmer, à mesure qu’ils survenaient et s’imposaient aux cinéastes, les événements mineurs mais significatifs composant le quotidien québécois du début des années 1970. Jacques Leduc et ses collaborateurs ont monté une série de huit films à partir du métrage tourné et l’ont intitulé Chronique de la vie quotidienne. Chaque film obéit à son rythme propre et constitue souvent une expérience nouvelle de montage, jouant sur le contraste ou le rapprochement entre des éléments en apparence disparates.

Une équipe de production, composée de Léo Plamondon, Bernard Gosselin et Michel Brault, veut faire connaître l’ingéniosité et l’habileté des artisans qui, loin de chercher dans la tradition des modèles rigides et des recettes toutes faites, savent plutôt y trouver une source d’inspiration. Treize films coproduits avec Radio-Canada dans le cours du programme Artisans québécois sont maintenant terminés, avec comme titre de série La belle ouvrage. Huit autres s’ajouteront à cet ensemble au cours des trois prochaines années.

La Production anglaise a tourné de nombreux films traitant de sujets historiques et politiques, dont trois du programme Mécanismes gouvernementaux sur les divers paliers de gouvernement : Flora: Scenes from a Leadership Convention, sur la vie politique fédérale, I Hate to Lose (Je déteste perdre), sur la politique provinciale, et The New Mayor (Winnipeg) sur l’administration municipale. La prochaine phase du programme cherchera à identifier qui gouverne, dans une série de six films portant sur la presse, le fonctionnarisme, le parlement, la puissance politique du monde des affaires, la procédure judiciaire et le fonctionnement d’un cabinet provincial (celui de l’Ontario). Les centres de production régionaux participeront à la production.

La série dramatique Adventures in History, produite pour le milieu de l’éducation, se révèle un succès. Trois films sont terminés, soit Strangers at the Door (Des étrangers à nos portes), The War Is Over (Elle est finie, la guerre), et Voice of the Fugitive (Frontière de la liberté). Par ailleurs, les tournages de Teach Me to Dance (Apprends-moi à danser) et de L'âge de la machine sont complétés. L’Agence de télévision éducative au Canada (ATEC), le réseau anglais de Radio-Canada et les Musées nationaux du Canada sont les principaux partenaires de l’ONF dans la réalisation de cette série. Les centres régionaux de production y participent, de même que le Studio multimédia, chargé de produire du matériel d’accompagnement.

Au Studio D, deux films attirent particulièrement l’attention : The Lady from Grey County, une biographie d’Agnes Macphail, la première femme élue au Parlement canadien, et Some American Feminists (Quelques féministes américaines), sur l’histoire du mouvement féministe de la dernière décennie, mettant en lumière Betty Friedan, Kate Millet, Rita Mae Brown et Ti-Grace Atkinson. Ce film a été projeté à la Modern Languages Association Conference à Chicago, au Festival of Light and Learning à Winnipeg et au Festival of Women in the Arts de la Nouvelle-Orléans.

Le programme Société nouvelle/Challenge for Change existe depuis dix ans, et plus de 150 films figurent à son catalogue, auquel de nombreux autres viennent s’ajouter. Parmi les principaux : Cree Way raconte comment une école dirigée par des Amérindiens réussit à intégrer les cultures indigène et occidentale; No Day of Rest fait connaître le travail quotidien d’un prêtre de Welland, en Ontario; Raison d'être suit l’évolution de deux personnes atteintes de maladies en phase terminale; Famille et variations présente un effort de réflexion sur la famille moderne; Québec à vendre illustre le défi vital que pose à l’ensemble de la société québécoise le problème de l’aménagement des terres arables.

Dans les Prairies, le fait saillant de l’année est le parachèvement de la série Energy and the Renewable Society, formée de 20 émissions d’une demi-heure coproduites avec ACCESS Alberta. La télédiffusion a permis au réseau ACCESS d’augmenter sa cote d’écoute du samedi soir, période où les réseaux sont en forte concurrence. Cinq films tirés de cette série feront l’objet d’une plus large diffusion. Il s’agit de Blowhard, Petroleum’s Progress, The Top Few Inches, A House on the Prairie (Une maison dans la prairie) et Three Rivers.

En 1976, l’ONF avait signé un accord de coproduction avec le Mexique (groupe Cine Diffusion SEP) pour trois longs métrages tournés par des Mexicains (Etnocidio/Ethnocide, Jornaleros et Le deal mexicain) et deux autres tournés par des Canadiens (Tierra y Libertad et Première question sur le bonheur). Deux films réalisés à l’intérieur de cet accord sont maintenant terminés. Il s’agit de Jornaleros, du réalisateur mexicain Edouardo Maldonado, qui dépeint la réalité des travailleurs agricoles qui doivent se déplacer d’une région à une autre, selon les besoins de main-d’œuvre dans les différents types d’exploitation. L’autre film s’intitule Première question sur le bonheur, réalisé au Mexique par Gilles Groulx en collaboration avec les habitants du village de Santa Gertrudis. Il relate l’expérience d’organisation économique et sociale vécue par ces gens après la mise en commun des moyens de production et la participation de toute la communauté à son organisation sociale et politique.

En animation, le film Histoire de perles/Bead Game, du cinéaste Ishu Patel, est sélectionné pour un Oscar®. Ce film s’intéresse à la nature compétitive de l’homme et à ses tentatives de survie et de conquête à travers les âges. Des milliers de perles sont disposées et manipulées de façon à créer des personnages réels ou mythiques. Dans ses films suivants, Après la vie/Afterlife (1978) et Priorité absolue (1981), Ishu Patel se servira d’une technique qu’il découvrira un jour, par hasard, lorsqu’une lumière filtrant à travers de la simple pâte à modeler transformera celle-ci en un médium radieux. Après la vie/Afterlife remportera plusieurs récompenses, dont le prix Génie décerné au meilleur film d’animation par l’Académie canadienne du cinéma et de la télévision et le Grand Prix de Montréal dans la catégorie court métrage au Festival des Films du Monde en septembre 1978.

Les cinq films de la série Animated Motion, produits par Norman McLaren et Grant Munro, analysent et classent les divers aspects du mouvement que les animateurs produisent ordinairement de façon intuitive. D’une simplicité graphique extraordinaire, les films révèlent toute la science et la maîtrise du mouvement qui caractérisent l’œuvre de McLaren.

Le Studio d’animation a produit, pour le ministère de l’Énergie, des Mines et des Ressources, un film d’une demi-heure, The Hottest Show on Earth, avec comme animateur le docteur David Suzuki. Présenté à la télévision de Radio-Canada en décembre, il constitue le premier d’une éventuelle série sur la crise de l’énergie. Le film a remporté le prix Génie du meilleur court métrage documentaire. Par ailleurs, le Studio a mis en chantier, pour l’UNICEF, un film spécial à l’occasion de l’Année internationale de l’enfant, qui aura lieu en 1979. Le Canada est l’un des dix pays invités à produire une séquence d’un film d’une heure qui illustrera les dix principes fondamentaux de l’UNICEF.

Diffusion des films

L’ONF commence à distribuer ses films en vidéocassettes. En un an, il s’en vend 702, comparativement à 10 304 films 16 mm; dix ans plus tard, le rapport sera inversé, passant à 15 744 vidéocassettes pour 1 302 copies de films 16 mm vendues.

Événement à souligner, l’ONF renoue avec l’une de ses premières méthodes de diffusion. En effet, quatre caravanes, équipées de tout le matériel de projection nécessaire et d’une réserve de films d’intérêt général, sillonnent l’ensemble du pays pendant les mois de juillet et d’août pour rejoindre la population canadienne là où elle se trouve, à la ville comme à la campagne.

Le bureau de Halifax organise, pour le compte de Pêcheries et Environnement Canada, le Festival international cinémarine sur la pêche et l’océan. Au cours de ce festival non compétitif, les œuvres de cinéastes de six pays participants alimentent des projections continuelles du 31 août au 7 septembre, à l’occasion de l’Exposition mondiale des pêcheries. Soixante-treize films sont aussi présentés en français et en anglais, dont un bon nombre produits par des Canadiens ou Canadiennes. Le fait saillant du festival est le film The Farming of Fish, une production du centre régional de l’Atlantique.

Fort du succès de Cannes, le film J.A. Martin photographe connaît une intéressante distribution commerciale en langue française au Canada, en Europe et en Afrique francophone, comme en font foi les ventes de copies en France et en Suisse, de même que les cessions de droits pour la télévision belge et 25 pays de l’Afrique francophone. À Paris, le film est à l’affiche dans cinq salles, en août, pour une durée de quatre mois, et fait une tournée de plusieurs villes de province, contribuant largement au prestige renaissant du cinéma canadien en Europe. La version anglaise du film est pour sa part présentée pendant de nombreuses semaines à Toronto et Vancouver, alors que le réseau anglais de Radio-Canada retient les droits de trois passages du film à la télévision.

Le bureau de l’ONF à Londres participe à l’organisation de deux programmes fort bien reçus au National Film Theatre. Spotlight on Canada est inauguré par une projection spéciale de J.A. Martin photographe, laquelle sera suivie de 20 autres longs métrages, dont 5 de l’ONF. L’autre programme, une rétrospective de l’animation à l’ONF, donne du sujet une vue d’ensemble assez complète avec pas moins d’une centaine de films inscrits. Au cours de cette série, la BBC télédiffuse The Light Fantastick et, par la suite, des groupes plus restreints de films font la tournée des salles régionales.

Recherche et applications technologiques

Les Services techniques mettent au point un nouvel appareil d’entraînement de caméra par ordinateur. Quatre autres appareils sont en voie de réalisation en collaboration avec le Centre national de la recherche scientifique.

L'ONF

Le bilan de l’année est intéressant, en dépit des mesures d’austérité que le gouvernement a décidé d’imposer à la fonction publique fédérale et la réduction subséquente de 600 000 $ des crédits gouvernementaux loués à l’Office. L’impact de cette décision s’est répercuté sur l’ensemble des activités et a forcé certains réajustements. Le recours à des services de l’extérieur a été considérablement réduit, et les employés qui ont pris leur retraite après de nombreuses années de service n’ont pas été remplacés.

Au chapitre de la régionalisation, les ressources de production des centres régionaux ont été accrues, et le rythme de développement de ces centres a dépassé celui des services de production du siège social. Des liens de collaboration ont été établis entre les centres et les organismes régionaux avec lesquels ils sont appelés à travailler. L’activité s’est aussi traduite par une participation importante des ressources locales de production de l’industrie privée du cinéma. Dans le programme des commandites, notamment, 70 % des projets de film amorcés au cours de l’année ont été dirigés vers le secteur privé, de même que 35 versions et révisions, contre 20 à l’ONF. D’autres secteurs de coopération avec l’industrie canadienne du cinéma ont fait l’objet d’un apport de l’ONF, soit l’allocation d’un budget de 275 000 $ essentiellement réservé à mieux faire connaître les films canadiens produits dans le secteur privé et la signature d’une entente non exclusive avec une maison de distribution privée afin de faciliter l’accès au métrage d’archives de l’Office.

L’événement cinématographique le plus marquant de l’année est sans doute l’attribution de deux Oscars®, le premier au court métrage documentaire de Beverly Shaffer, I’ll Find a Way (Je trouverai un moyen), et le deuxième au film d’animation Le château de sable/The Sand Castle, de Co Hoedeman. En acceptant leurs prix à Hollywood, les deux cinéastes ont souligné l’importance d’un organisme tel que l’ONF, qui réunit les plus hauts standards de professionnalisme et d’expression artistique. Devant des millions de téléspectateurs du monde entier, ils ont remercié le peuple canadien « qui appuie l’ONF et en fait un lieu unique et spécial où créer des films ». I’ll Find a Way recevra une dizaine de prix au cours de sa carrière, et Le château de sable/The Sand Castle en remportera plus d’une vingtaine, dont le Grand Prix du Festival international du film d’animation à Annecy.

En septembre, à l’occasion de la quatrième biennale du Festival international du film de San Antonio, au Texas, l’ambassadeur du Canada aux États-Unis, M. Peter M. Towe, a rendu un chaleureux hommage à tous les artisans de l’Office, grâce à qui le cinéma canadien jouit d’une renommée internationale. « L’Office national du film, déclarait-il, est le témoignage vivant de l’héritage bilingue et multiculturel canadien et traduit bien notre volonté de réduire les écarts plus ou moins importants qui peuvent exister entre les populations, les collectivités et les régions du Canada. »

Également aux États-Unis, la Los Angeles Film Teachers’ Association a décerné son deuxième Prix annuel des humanités Jean-Renoir à l’ONF « parce que ses films nous ont procuré un élan vers le spirituel et ont élevé les cœurs de ceux qui les ont vus ». L’Office a aussi reçu un certificat d’appréciation pour les généreux services professionnels et éducatifs prodigués aux étudiants de la S. I. Newhouse School of Public Communications de l’université de Syracuse, à New York.

L’université de la Californie du Sud, à Los Angeles, a offert un cours original entièrement consacré à l’œuvre de l’Office. Intitulé « Derrière les écrans de l’ONF », le cours intensif de huit semaines a été conçu de façon à familiariser les étudiants et les étudiantes avec l’histoire, la technologie et le mode de fonctionnement de l’Office, en particulier avec ses techniques en animation et en film documentaire qui ont maintenant acquis une renommée mondiale.

Les cinéastes et leurs œuvres

Robert Forget succède à René Jodoin à la tête du Studio d’animation de la Production française et systématise l’utilisation de l’outil informatique. Cela mènera, au début des années 1980, à la mise en place du Centre d’animatique, en collaboration avec plusieurs universités et organismes de recherches canadiens.

En animation anglaise, John Weldon et Eunice Macaulay réalisent Special Delivery (Livraison spéciale), un film humoristique qui remportera un Oscar® à Los Angeles au printemps 1979. Deux autres films illustrent bien la recherche technique et conceptuelle qui se poursuit à l’Office : Interview permet la rencontre de deux talents et de deux styles de cinéma d’animation, alors que Caroline Leaf et Veronika Soul utilisent des techniques différentes en esquissant chacune le portrait de l’autre; dans Travel Log (Journal de voyage), Donald Winkler arrive à recréer une atmosphère de mystère par une habile juxtaposition de photographies et de réflexions tirées d’un carnet de voyage. Le film remporte un prix au Festival des courts métrages de Cracovie.

À la Production anglaise, le programme Mécanismes gouvernementaux s’est poursuivi avec l’addition de trois films : The Art of the Possible nous invite dans les coulisses du monde de la politique provinciale ontarienne; Reflections on a Leadership Convention (qui fait suite au film Flora: Scenes from a Leadership Convention) s’interroge sur la valeur d’un congrès dans le processus d’élection d’un chef de parti au pays; enfin, Tigers and Teddy Bears vient compléter un premier film intitulé I Hate to Lose (Je déteste perdre) réalisé après la dernière campagne électorale provinciale dans la circonscription de Westmount, à Montréal. Par ailleurs, l’étude tant attendue de Donald Brittain sur la bureaucratie dans le monde est en voie de production de même que le documentaire d’Arthur Hammond sur l’influence des partis travaillistes au pays. En politique étrangère, Solzhenitsyn’s Children… Are Making a Lot of Noise in Paris (Les enfants de Soljenitsyne... y a pas à dire, font du bruit à Paris) cherche à analyser les hauts et les bas de l’eurocommunisme, l’une des principales forces politiques du monde actuel.

Au Studio D, les femmes cinéastes continuent de produire des œuvres remarquables, dont : Benoît, huitième film de la populaire série Children of Canada; Patricia’s Moving Picture, l’histoire d’une femme, épouse et mère, qui réévalue sa vie par rapport à ses aspirations personnelles; Eve Lambart, qui raconte la demi-retraite d’une femme talentueuse et capable de subvenir seule à ses besoins; An Unremarkable Birth (Bien naître) sur ce que signifie la naissance d’un enfant du point de vue des droits et devoirs de la société et de ses parents. Le Studio D s’est beaucoup fait remarquer dans deux festivals consacrés aux films réalisés par des femmes, l’un à la Powerhouse Gallery de Montréal, et l’autre, au Women’s Video and Film Festival à Vancouver.

L’année est marquée par un ralentissement sensible du programme Société nouvelle/Challenge for Change à la suite du désistement de plus de la moitié des ministères participants, les restrictions budgétaires étant à l’origine de cette décision. Bien que la production de films et de bandes vidéo ait souffert de la situation, les représentants régionaux des Maritimes, de l’Ontario, du Québec, des Prairies, de la Colombie-Britannique et des Territoires du Nord-Ouest n’ont pas ralenti leurs activités auprès des groupes cibles du programme. Plusieurs films ont été terminés à Challenge for Change, dont : The Wages of Work, sur les petits salariés; une série de dix films sur la santé au travail, qui comprend Who Will I Sentence Now? et Our Health Is Not for Sale; ’round and ’round, un documentaire réalisé sous les auspices du Minto Family Life Centre de Moose Jaw et qui aborde une variété de problèmes familiaux; Paper Wheat, un film sur la pièce du même nom qui parle des pionniers de la Saskatchewan et du mouvement coopératif; The Nearest Point to Everywhere, qui traite du sous-développement à l’île du Cap-Breton.

À Société nouvelle, le film Les vrais perdants pose aux parents une série de questions sur les objectifs réels de l’éducation et de la formation qu’ils donnent à leurs enfants, et sur l’esprit dans lequel ils essaient de les aider à préparer leur avenir. Trois films complémentaires ont été produits à partir de séquences tournées en studio au cours d’une expérience inusitée à laquelle participait un groupe d’une douzaine d’enfants. Il s’agit de : Observation 1 - «Comme une balle de ping-pong»; Observation 2 - «La fièvre de la bataille»; Observation 3 - «Ah, les filles». En plus de ces films, quatre autres documents ont été terminés : Fuir, sur le suicide perçu comme un appel à l’aide; Les Borges, le quotidien des immigrants dans la société canadienne; De grâce et d'embarras, deux îles aux environs de Sorel qui incarnent la dichotomie ville et campagne, industrie et agriculture, consommation et tradition; Le menteur, un document étonnant par la précision, la quantité et la qualité de l’information qu’il contient sur l’alcoolisme.

En 1969, le gouvernement fédéral chassait de leurs terres 215 familles de 8 villages du Nouveau-Brunswick pour créer un parc national. Ces gens ont tout perdu : leurs maisons, leurs souvenirs, leur gagne-pain. Un seul a refusé de quitter son coin de terre. Kouchibouguac raconte les événements qui ont suivi l’expropriation, la lutte du résistant Jackie Vautour et, finalement, son échec. Fait rare, même si c’est le cinéaste Guy Borremans qui a mené le projet, le film est signé par un « collectif de l’équipe de production ».

La Production française a jeté les bases d’une nouvelle forme de collaboration entre l’ONF et Radio-Canada, qui s’est révélée fort intéressante. Il s’agit du financement conjoint du film Cordélia, dont le tournage a été complété au cours de l’automne. Inspiré du roman québécois La lampe dans la fenêtre, de Pauline Cadieux, le film raconte l’histoire de Cordélia Viau accusée d’avoir assassiné son mari avec l’aide de Samuel Parslow. Les deux furent reconnus coupables et condamnés à la pendaison en mars 1899. Ce long métrage de fiction, réalisé par Jean Beaudin, a par ailleurs permis à un grand nombre de techniciens de vivre une expérience de travail dans une production canadienne d’envergure, situation assez exceptionnelle dans le contexte où l’industrie cinématographique fonctionne plutôt au ralenti.

Le romancier et cinéaste Jacques Godbout s’est intéressé au traitement de l’information dans les médias avec Derrière l'image. Ce film sera suivi, en 1979, de Feu l'objectivité qui, centré sur les journalistes francophones et anglophones, à Québec, démontre que le sens de l’objectivité en matière de journalisme est avant tout une question de culture.

Depuis dix ans, le système scolaire fait l’objet d’une réforme de façon quasi permanente. Les enfants des normes, de Georges Dufaux, une série de huit épisodes d’une heure chacun, tente de pénétrer la réalité quotidienne et globale de l’éducation, au Québec, dans les polyvalentes. Cinq ans plus tard, le cinéaste retrouvera quelques personnages de cette imposante chronique pour capter leurs commentaires et voir ce que ces jeunes sont devenus dans Les enfants des normes - Post-Scriptum.

Un cinéaste de la Production française, Maurice Bulbulian, a été particulièrement prolifique durant l’année. Il a tourné Ameshkuatan - Les sorties du castor dans la région de la Basse-Côte-Nord, avec un groupe de Montagnais de la Romaine. Le film rappelle quelques légendes et aventures du temps, pas si lointain, où les Montagnais vivaient dans la forêt au cœur d’un pays qu’ils ont dû abandonner pour devenir manœuvres ou pêcheurs dans les villages du bord de la mer. Il a également terminé Les délaissés, film qui traite du monde des adolescents qui, à Monterrey, au Mexique, se droguent en utilisant des solvants industriels, et Tierra y Libertad, réalisé dans le programme de coproduction entre l’ONF et le Centro de produccion de corto metraje, à Mexico.

Diffusion des films

L’ONF annonçait, l’an passé, la mise en place d’un réseau de réservation de films par ordinateur. L’expérience, d’abord tentée dans la région de l’Atlantique, s’est révélée concluante, et l’ONF a procédé à l’implantation de ce système dans treize de ses centres de distribution. Toutes les régions du pays sont désormais reliées par leurs principaux centres à l’ordinateur central de l’Office, ce qui accélérera et facilitera grandement la réservation des films.

L’énergie fantastique déployée en 1976 à la réalisation des Jeux de la XXIe olympiade de Montréal s’est étendue cette année par la mise en œuvre de l’un des meilleurs programmes de distribution de l’histoire de l’Office, avec comme résultat l’achat par 63 pays des droits de télédiffusion du film.

Recherche et applications technologiques

De nouvelles techniques ont été mises au point pour le raccord de la pellicule à la bande vidéo. Il s’agit là d’un procédé fort intéressant qui laisse entrevoir la possibilité de simplifier certaines étapes de la production cinématographique. Le repiquage sur vidéocassettes des copies de travail des films et de la trame sonore permet maintenant des gains de temps et des économies d’argent appréciables à l’étape de l’approbation de la copie.

L'ONF

En janvier, le commissaire adjoint James de Beaujeu Domville est nommé commissaire en remplacement d’André Lamy qui occupait ce poste depuis 1975.

L’ONF fête son quarantième anniversaire de fondation. Quarante années de production cinématographique, quarante années passées à saisir sur pellicule les faits et gestes d’un peuple, à rendre compte des événements qui ont fabriqué son histoire, à parler du pays afin que tous ceux et celles qui l’habitent et le voient vivre le connaissent un peu mieux et l’apprécient d’autant. Pour l’occasion, Albert Kish réunit des images tournées par l’ONF au cours de toutes ces années et The Image Makers est télédiffusé à la fin de 1979.

À Los Angeles, au cours d’une soirée spéciale, l’Académie des arts et des sciences du cinéma rend un vibrant hommage à l’ONF « en reconnaissance de quarante années de réalisations cinématographiques remarquables, du rôle d’avant-garde que cette institution a joué dans le développement du documentaire, de l’encouragement et de la formation qu’elle a donnés à une génération de jeunes qui sont maintenant parmi les meilleurs cinéastes professionnels au monde. En reconnaissance, enfin, d’avoir su produire et distribuer des images belles et intelligentes. »

De l’autre côté de l’Atlantique, la British Academy of Film and Television Arts présente une rétrospective des films de l’ONF. Des chefs de file du cinéma anglais reconnaissent alors la contribution importante de l’Office au septième art. Au même moment s’ouvre, au Palais de Chaillot et au Centre Georges-Pompidou, à Paris, une rétrospective du cinéma de l’ONF préparée par la Cinémathèque française.

Au Canada, l’ONF a choisi de célébrer cet anniversaire avec éclat et de la manière la plus appropriée, soit en multipliant les projections dans tout le pays. En préparation de ces visionnages, les représentants de l’Office ont revu des centaines de films et en ont retenu un certain nombre, sélectionnés en fonction de l’importance particulière et de la signification que les auditoires de chacune des régions pouvaient y attacher. Au bureau central, à Montréal, l’ONF a ouvert toutes grandes ses portes et invité le public à venir y faire un tour. En cinq jours, plus de 15 000 visiteurs se sont promenés parmi des stands et des expositions, et ont assisté à des projections.

Au printemps, les élections fédérales sont remportées par le gouvernement conservateur dirigé par le premier ministre Joe Clark. La responsabilité de l’ONF est alors transférée du secrétaire d’État au ministre des Communications, David McDonald, qui se dit nostalgique de l’ONF du passé et favorable à une plus grande délégation de sa production vers le secteur privé.L’ONF apprend une nouvelle qui est loin d’être un cadeau d’anniversaire : aux suppressions de 600 000 $ de 1978 viennent s’ajouter de nouvelles dispositions financières qui conduisent l’Office à assumer désormais les dépenses de fonctionnement jusqu’alors à la charge du ministère des Travaux publics. Même si la situation financière freine la mise en chantier de programmes d’aussi grande envergure que par le passé, l’activité de l’Office est néanmoins fructueuse.

Aux festivals de films internationaux, l’Office décroche un nombre impressionnant de trophées et de prix, y compris un Oscar®, tandis qu’à la soirée de gala de la toute nouvelle Académie canadienne du cinéma et de la télévision, l’ONF se distingue en remportant seize prix. C’est Special Delivery (Livraison spéciale), un film humoristique sur l’amour, la mort, le sexe, le suicide… et la poste, réalisé par John Weldon et Eunice Macaulay, qui reçoit l’Oscar® du meilleur film d’animation.

Les cinéastes et leurs œuvres

Les récentes ententes avec la Chine permettent l’échange de cinéastes : tandis qu’une équipe chinoise est invitée à venir au Canada, une équipe de l’ONF, dirigée par Tony Ianzelo et Boyce Richardson, passe plusieurs mois en Chine et en rapporte deux documentaires. Le premier, North China Commune, traite de la vie quotidienne dans une commune à vocation agricole; le second, North China Factory, donne un aperçu de la vie des travailleurs et travailleuses du textile dans la ville industrielle de Shijiazhuang. Le cinéaste Michel Régnier ramène lui aussi un reportage de Chine, Un mois à Woukang, sur la vie quotidienne telle qu’elle se déroule dans un complexe sidérurgique. Un autre réalisateur, Georges Dufaux, tourne une trilogie : Gui Daò - Sur la voie -- Aller retour Beijing, la découverte de la Chine à travers les passagers du train qui fait la liaison Wuchang-Pékin, Gui Daò - Sur la voie -- Quelques Chinoises nous ont dit, des propos et confidences de jeunes filles membres de l’équipe de travail à la gare de Wuchang, et Gui Daò - Sur la voie -- Une gare sur le Yangzi, un questionnement sur la façon d’être et de penser des Orientaux.

Pour Anne Claire Poirier, le viol est un crime politique de domination qui passe par le crime sexuel. C’est là le propos du long métrage Mourir à tue-tête qui cherche à soulever le voile de la honte et de la peur qui cache, aux yeux de la société, la profonde humiliation, la dégradation physique et la perte d’identité de la femme violée. Pour mieux faire passer son message, la réalisatrice mêle fiction et documentaire, ce qui fait de ce film un des premiers que l’on classe dans la catégorie des docudrames. Le film est diffusé par Radio-Canada le 10 avril 1980. Toutefois, les anglophones réagissent assez négativement au propos qui, à leur avis, manque de nuances, ce qui mène le réseau anglais CBC à en refuser la diffusion sur ses ondes. Le même sujet, mais d’un point de vue fort différent, celui des violeurs, est abordé par Douglas Jackson dans Why Men Rape, un documentaire dans lequel dix hommes inculpés de viol racontent ce qui les a poussés à commettre un tel crime. Des avocats, des policiers, des jeunes, des hommes et des femmes qui fréquentent les bars pour célibataires discutent aussi de leurs comportements en matière de sexualité.

La Production anglaise a quelque peu délaissé le programme dramatique en cette année difficile. Cependant, les deux films terminés ont enregistré un succès certain. Revolution’s Orphans (Les enfants de la révolution), un drame d’une demi-heure réalisé par John N. Smith, s’est vu attribuer un Génie pour l’interprétation remarquable de l’acteur principal Rudy Lipp. Le film fait revivre le drame d’une famille qui cherche refuge au Canada après la révolution hongroise. Bravery in the Field (Le vieil homme et la médaille), de Giles Walker, raconte l’histoire d’un vétéran de Dieppe qui s’est fait voler sa médaille d’honneur par un adolescent. Ce documentaire suscite la controverse, et le chef des services administratifs de l’Association des amputés de guerre, Clifford Chadderton, envoie une lettre ouverte aux journaux le 8 mai 1980 pour dénoncer le fait que ce héros de la guerre est décrit comme un alcoolique. Le film obtient une nomination à l’Académie des art et des sciences du cinéma, à Los Angeles, et gagne deux prix Génie de l’Académie canadienne du cinéma et de la télévision.

Pour compenser le manque d’argent, la Production anglaise a augmenté le nombre de ses coproductions. Atmos, réalisé par Colin Low, a été produit avec la collaboration des firmes américaines Centro Cultural Alfa, San Diego Science Center et Science Museum of Minnesota. Utilisant le format OMNIMAX®, le film montre les différents phénomènes atmosphériques. Paperland: The Bureaucrat Observed, de Donald Brittain, produit conjointement par l’ONF et la Société Radio-Canada, jette un regard acerbe sur les bureaucrates et la bureaucratie aux quatre coins du monde. L’Académie canadienne du cinéma et de la télévision lui a décerné quatre prix Génie. Deux autres films documentaires ont été faits par la Production française, le Programme alimentaire mondial des Nations Unies et l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture. Le premier est axé sur l’éducation des nomades touaregs, au Niger; le second porte sur la nutrition des paysans aymaras des Hauts-Plateaux de la Bolivie. Azzel et Dominga sont signés par Guy L. Côté.

Le sport est populaire au Canada et, dans Going the Distance (Edmonton... et comment s'y rendre), on voit les athlètes qui vont participer aux Jeux du Commonwealth à Edmonton. C’est une coproduction ONF/ministère d’État, Santé et sport amateur/Fondation des XIe Jeux du Commonwealth. La mise en marché a été soigneusement mise au point, et le film a attiré des foules enthousiastes; il obtient aussi une nomination pour l’Oscar® de sa catégorie en 1980.

Les centres régionaux francophones ont produit six films au cours de l’année. En Ontario, Cano, notes sur une expérience collective présente les membres du groupe Cano, musiciens et chansonniers du Nouvel Ontario. En Acadie, on a réalisé Le frolic cé pour ayder, un rappel des événements du Frolic 1977, ainsi qu’un film de fiction, Les Gossipeuses. Dans les Prairies, le documentaire Du mauvais côté de la clôture présente le jésuite Martial Caron, citoyen du Manitoba et farouche défenseur de la langue et de la culture françaises, Mur de verre raconte l’histoire de la femme d’un détenu québécois isolé dans une prison de la Colombie-Britannique et Si on faisait des faces... est une improvisation théâtrale enfantine.

Diffusion des films

Cette année, la section informatique a accordé la priorité à la mise sur pied d’un système national d’information sur les produits de l’ONF. Grâce à un système souple et bilingue, appelé PRECIS, l’ordinateur a été alimenté des données descriptives de toutes les productions audiovisuelles distribuées par l’ONF : films, matériel multimédia, etc. L’ordinateur principal se trouve à l’Université de Toronto, qui dessert plus de 150 usagers : ministères provinciaux et fédéraux, établissements d’enseignement, bibliothèques publiques. Le public pourra bientôt avoir accès au système national d’information de l’ONF en s’adressant aux cinémathèques de l’Office disséminées dans tout le pays. La section informatique a complété le système de réservation de films par ordinateur en reliant au réseau déjà existant les quelques bureaux de distribution qui n’en faisaient pas encore partie.

Introduction

The Government austerity program had left its mark, and the start of the decade was slightly overshadowed by budget cuts, with the unions at loggerheads with NFB management. The situation deteriorated so much that commissioner Hugo McPherson resigned.

Although troop morale was low, production reached new heights − several films this decade enjoyed tremendous success and were acclaimed for their inventiveness. Two in particular, Claude Jutra’s masterpiece Mon oncle Antoine (Mon oncle Antoine), recognized as the greatest Canadian film of all time, and J. A. Martin photographe (J.A. Martin photographe), selected in official competition at the Cannes Film Festival, took Canadian film to screens the world over and were the first to enjoy widespread popular success.

The 1970s were very much a political decade for Canada. In Quebec, the separatist movement gave rise to direct cinema films examining political issues. In the midst of the October Crisis, Commissioner Sydney Newman imposed censorship on three controversial films: Cap d’espoir, an anti-establishment view of Quebec, On est au coton (Cotton Mill, Treadmill), about the textile industry, and 24 heures ou plus, a satire on consumer society. The screening ban was only lifted in 1976 by Commissioner André Lamy. Other documentaries dealt with nationalist themes, but were still distributed: Un pays sans bon sens! (Wake up, mes bons amis), a plea for Quebec independence, and L’Acadie, l’Acadie?!? (Acadia Acadia?!?), a look at the situation of minority francophones in Canada.

A major event in English Production was the creation in 1974 of Studio D, the world’s first women’s studio. It was founded by Kathleen Shannon, who had just directed and co-produced the series Working Mothers. On the French side, the series En tant que femmes dealt with the role, status and culture of women. Both initiatives put female directors at centre stage and spotlighted reality as experienced by women.

The official film of the Olympic Games in 1976 was entitled Jeux de la XXIe olympiade (Games of the XXI Olympiad). This boldly devised documentary brought together 168 people and was another chance for Technical Services to demonstrate their ingenuity, fine-tuning the Chronocode (multiple camera and recorder synchronization) system needed by director Jean-Claude Labrecque.

Challenge for Change, set up by the NFB in 1967 as part of the federal government’s anti-poverty program, and its French counterpart, Société nouvelle, established in 1969, continued honing new communication techniques to sensitize Canadians to changes in contemporary society and involve them in the issues. In other words, film and video were being used as catalysts for change.

For Distribution, the explosion of video technology marked the turning point of the decade. In 1971, downtown Montreal saw the inauguration by Robert Forget of Vidéographe, where young people could express themselves through videotape. It offered a production centre for lightweight video, a screening facility and a video library for consultation. The same year in Calgary the NFB opened the first self-serve 16 mm film library.